Opéra Monde au Centre Pompidou-Metz

Aller + loin, Expositions, Opéra

Metz. Centre Pompidou-Metz. Du 22 juin 2019 au 27 janvier 2020. Exposition Opéra Monde. La quête d’un art total. Commissaire de l’exposition : Stéphane Ghislain Roussel.

TO BE SUNG - PASCAL DUSAPIN_JAMES TURRELLL’exposition Opéra Monde. La quête d’un art total, met en lumière les relations entre arts plastiques et opéra avec des documents passionnants, sans toujours répondre aux questions qu’elle pose.

L’opéra et l’art contemporain ont noué des relations déjà patinées par le temps, et il ne se trouvera guère d’amateur d’opéra pour ignorer ces interactions. L’exposition proposée par le Centre Pompidou-Metz aborde donc un thème fréquemment discuté dans le monde lyrique, mais le médium de l’exposition, naturellement, offre un angle très différent de celui du spectateur ou du critique dans l’instant de la représentation. Le commissaire de l’exposition, Stéphane Ghislain Roussel, a choisi d’ouvrir le parcours par une évocation du Coq d’or tel que monté par les Ballets Russes en 1914, avec les décors et costumes de Natalia Gontcharova : le recours à des artistes étrangers au monde du théâtre est une rupture qui a marqué durablement les arts de la scène – mais, dans l’entreprise de Diaghilev, l’opéra est à la traîne par rapport à la danse qui incarne le projet de fusion des arts de manière beaucoup plus essentielle que l’opéra.

L’exposition donne au terme opéra toute sa polysémie. Un opéra, c’est une œuvre, c’est la représentation de cette œuvre, c’est le bâtiment où elle est jouée, et c’est aussi un cliché qui réduit la diversité d’un genre artistique à une certaine idée de grandiose. L’exposition joue sur tous ces tableaux. Plusieurs sections sont consacrées à des œuvres précises, La Flûte enchantée vue par Kentridge et Kokoschka, Saint François d’Assise mis en images par Hermann Nitsch, ou les photos de quatre productions marquantes de Lulu de Chéreau à Marthaler en passant par Tcherniakov et Warlikowski. L’Opéra comme bâtiment est présent à travers les rideaux de scène commandés chaque année pour l’Opéra de Vienne et par le « village-opéra » de feu Christoph Schlingensief au Burkina Faso, où le mot opéra désigne moins un type de spectacle particulier que la haute ambition artistique et sociale du lieu.

Il reste, à la sortie de l’exposition, deux questions sans réponse. Que reste-t-il de l’opéra quand on l’expose ? On peut placer des vidéos, exposer des photos, des esquisses ou maquettes de décors, des costumes, mais l’exposition ne peut restituer ni la temporalité du spectacle ni l’espace du théâtre d’opéra. La seconde question est plus fondamentale encore : les artistes issus des arts plastiques ne surprennent certes plus personne à l’opéra, mais qu’apportent-ils que les artistes issus du monde de la scène n’apportent pas déjà ? L’exposition cite par exemple Am Anfang, le spectacle d’adieu de à l’Opéra de Paris : l’installation scénique d’Anselm Kiefer, entourée par la musique de était le moteur d’un spectacle qui n’avait d’opératique que le lieu. La ritualité de pacotille du Saint François déjà cité, comme du Tristan mis en vidéos par Bill Viola, à l’inverse, se surimposait aux œuvres jouées, au point d’en étouffer sans pitié les potentialités théâtrales. Quand Christoph Marthaler ou Krzysztof Warlikowski mettent en scène, aucun de leurs collaborateurs n’ont d’activité dans le monde de l’art contemporain : leurs spectacles concilient la plus grande puissante théâtrale à une force visuelle, plastique, qui n’a rien à envier aux artistes dont les arts plastiques sont la raison sociale.

© Pascal VICTOR 26/04/2007 PARIS FRANCE L'AFFAIRE MAKROPOULOSde Karel CAPEK, mise en scene de Krzysztof WARLIKOWSKI, direction musicale de Tomas HANUS , a l'OPERA DE PARIS (BASTILLE) a partir du 27 avril 2007. Avec: Angela DENOKE, Charles WORKMAN, Vincent LE TEXIER, Paul GAY, David KUEBLER, Karine DESHAYES, Ales BRISCEIN, Ryland DAVIES .
Et le visiteur étranger au monde de l’opéra, qui constituera sans doute la grande majorité des visiteurs de l’exposition ? Dès le hall du Centre Pompidou-Metz, il est accueilli par le gigantesque King Kong créé pour L’Affaire Makropoulos à Bastille par Małgorzata Szczęśniak, par ailleurs scénographe de l’exposition, et il y a de quoi casser bien des clichés sur l’opéra. L’exposition elle-même foisonne de noms que le novice a peu de chances de connaître, mais la force plastique de certains des éléments présentés se suffit à elle-même : la modernité des projections d’Eugène Frey et Ernest Klausz dès les premières décennies du XXe siècle montre à quel point la sainte tradition fantasmée par les spectateurs d’opéra les plus conservateurs est une vision réductrice de l’histoire de l’opéra comme théâtre.

Quelques œuvres contemporaines non destinées à la scène jalonnent le parcours, mais elles ne font guère le poids face aux maquettes de William Kentridge ou à la rare maquette originale du décor de la création de Parsifal, fascinantes l’une comme l’autre, à plus d’un siècle de distance. Le novice ne percevra guère la tension trop souvent irréconciliable entre les œuvres des plasticiens ayant fait un détour par l’opéra et le temps théâtral et musical, au moins aura-t-il sans doute une image plus positive de l’art lyrique comme pôle de créativité dans le monde contemporain.

Crédits photographiques : To be sung de Pascal Dusapin, décor de James Turrell, Théâtre royal de la Monnaie © Marthe Lemelle ; L’Affaire Makropoulos de Janáček, Opéra national de Paris  © Pascal Victor

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.