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Reprise de l’Affaire Makropoulos à Bastille

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Paris, Opéra Bastille, 16-IX-2013. Vec Makropoulos [L’Affaire Makropoulos], opéra en trois actes de Leoš Janáček sur un livret du compositeur. Mise en scène : Krzysztof Warlikowski ; décors et costumes : Malgorzata Szczesniak ; vidéo : Denis Guéguin ; lumières : Felice Ross. Avec : Ricarda Merbeth, Emilia Marty ; Atilla Kiss-B, Albert Gregor ; Vincent Le Texier, Jaroslav Prus ; Jochen Schmeckenbecher, Dr Kolenaty ; Andreas Conrad, Vítek ; Andrea Hill, Krista ; Ladislav Elgr, Janek ; Ryland Davies, Hauk-Šendorf. Orchestre et choeur de l’Opéra national de Paris, direction : Susanna Mälkki

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En ce début de saison, la dernière de Nicolas Joel, l’Opéra de Paris nous proposait une reprise de l’ère Mortier (2007) : L’Affaire Makropoulos, un opéra en trois actes de . Cet opéra, l’avant-dernier du compositeur, est assez court (un peu moins de deux heures sans entracte) et pour la première de cette année la salle était – surprenamment ? – loin d’être remplie. Avant même que l’opéra ne commence, on peut apercevoir une partie du décor, qui dépasse de notre côté du rideau : d’ores et déjà, on devine que le metteur en scène a employé les grands moyens.

Et en effet, après une introduction se limitant à une projection vidéo le temps de l’ouverture, le décor nous est entièrement dévoilé : une immense salle de réunion de style années vingt (l’opéra est censé se dérouler en 1922). Certaines parties sont mobiles, et se transformeront plus tard en toilettes, salle de bain, piscine. L’impression d’opulence, d’immensité qui se dégage de ce décor correspond bien à l’extravagance du personnage principal de l’intrigue, Emilia Marty. Brillamment incarnée par , cette femme, presque omnisciente, domine la scène, jouant avec les sentiments de tous les autres personnages et les manipulant pour obtenir ce qu’elle cherche. Mais c’est également un être perdu, déchiré et torturé, et , par son jeu d’actrice talentueux, traduit parfaitement ce contraste, qui imbibe l’oeuvre entière. Cependant, sa voix ronde, puissante, avec beaucoup de vibrato, conviendrait peut-être mieux à une héroïne de tragédie classique, plutôt qu’à un opéra moderne tel celui-ci. En effet, dans L’Affaire Makropoulos, l’orchestre est mis en valeur par rapport aux lignes de chant, ce qui ne permet pas aux chanteurs de briller complètement. Au début de l’opéra, les personnages masculins peinent d’ailleurs à se faire entendre par-dessus l’orchestre, se faisant plus remarquer par leur jeu d’acteur que par leur voix.

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La mise en scène de insiste sur l’intrigue et l’aspect extrêmement théâtral de l’oeuvre, et les chanteurs jouent le jeu avec brio. , en particulier, est convaincant en Jaroslav Prus, un parvenu qui a hérité d’une grande fortune et qui nous est tout de suite désagréable. C’est aussi grâce à la mise en scène que les personnages secondaires comme Krista (, dont on aurait bien aimé écouter plus longtemps la très belle voix) ou Janek (), qui chantent très peu, sont tout de même mis en valeur. Les costumes voyants caricaturent les personnages de façon très réussie. De plus, un parallèle est fait entre Emilia Marty et Marilyn Monroe tout au long de l’opéra. Cette idée, qui insiste à la fois sur le caractère contrasté du personnage, une artiste à la fois séductrice et instable, et qui suscite la fascination, peut paraître surprenante, mais est traitée de manière très convaincante. Pendant la longue ouverture, la projection vidéo nous montre déjà des images de la vie de l’actrice, ainsi que du film King-Kong de 1933. La musique étant à ce moment-là tantôt épique et tantôt assez sentimentale, avec de belles couleurs très expressives, l’utiliser en tant que « musique de film » fonctionne très bien. On peut cependant reprocher à certaines scènes de séduction de manquer de subtilité.

L’orchestre, dirigé avec précision par , maintient tout au long de l’opéra un jeu plutôt intimiste, ne parcourant véritablement le domaine des forte qu’aux quelques moments-clés de l’oeuvre : la musique de Janáček ne semble pas faite pour emplir entièrement la salle. Malgré cela, , en Gregor, est parfois peu audible, et quand sa voix nous parvient bien il ne réussit pas à l’empêcher d’être un peu forcée. , qui joue l’avocat de Gregor, n’est pas le meilleur acteur du groupe, mais sa voix profonde est de loin la plus agréable à entendre parmi les rôles masculins.

Cet opéra, dont le livret a été écrit d’après une comédie, possède néanmoins un pouvoir émotionnel indéniable, qui fut ici porté par la mise en scène, ainsi que par une musique fondée avant tout sur des ambiances plutôt que sur des thèmes ou des mélodies.

Crédit photographique : Attila Kiss-B. (Albert Gregor), (Emilia Marty), (Dr Kolenaty) ; (Krista),  (Emilia Marty) (c) Opéra national de Paris / Mirco Magliocca

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Paris, Opéra Bastille, 16-IX-2013. Vec Makropoulos [L’Affaire Makropoulos], opéra en trois actes de Leoš Janáček sur un livret du compositeur. Mise en scène : Krzysztof Warlikowski ; décors et costumes : Malgorzata Szczesniak ; vidéo : Denis Guéguin ; lumières : Felice Ross. Avec : Ricarda Merbeth, Emilia Marty ; Atilla Kiss-B, Albert Gregor ; Vincent Le Texier, Jaroslav Prus ; Jochen Schmeckenbecher, Dr Kolenaty ; Andreas Conrad, Vítek ; Andrea Hill, Krista ; Ladislav Elgr, Janek ; Ryland Davies, Hauk-Šendorf. Orchestre et choeur de l’Opéra national de Paris, direction : Susanna Mälkki

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