Cinq siècles d’ensalada musicale par la Cappella Mediterranea

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

Villeneuve-lès-Maguelone. Cathédrale de Maguelone. 13-VI-2019. Festival de musique à Maguelone. Lucas de Ribayaz (1626-1677), Joan Manuel Serrat (1943), Francisco Valls (1671?-1747), Frederico Mompou (1893-1987), Joan Baptista Cabanilles (1644-1712), José Marin 51618-1699), Mateo Flacha (1481-1553), Mateo Romero (ca 1575-1647). Mariana Florès et Maria Hinojosa Montenegro, sopranos ; Leandro Mazrziotte, alto ; Francisco Fernandez Rueda, ténor ; Hugo Oliveira, basse. La Cappella Mediterranea, Leonardo Garcia Alarcón : épinette, orgue et direction

maguelone christianC’est un programme très personnel que Leonardo García Alarcón a proposé au festival de Maguelone : Mediterráneo, du nom d’une chanson de Joan Manuel Serrat (musicien catalan contemporain), fait aussi référence au répertoire de prédilection de la , les musiques baroques du bassin méditerranéen. Un programme transversal où les chansons de Serrat alternent avec un large répertoire espagnol des XVIe et XVIIe siècles.

Dans la belle nef romane de l’ancienne cathédrale de Maguelone, entre mer et étangs, le public est au rendez-vous de la trente-sixième édition du festival de musique ancienne organisée par les Muses en Dialogue sous la houlette de Philippe Leclant. Pour ce concert original, les auditeurs doivent oublier leurs repères stylistiques et se laisser emporter dans une démarche autant poétique que politique, puisque Serrat s’est fait le chantre de la lutte contre les dictatures latino-américaines. La proximité avec le Siècle d’or espagnol n’est pas évidente. Toutefois, quelques judicieux ponts instrumentaux aident aux transitions d’une époque à l’autre, favorisés par les arrangements orchestraux de Quito Gato, le guitariste de l’ensemble, qui transforme telle chanson de Serrat en un traditionnel intemporel par l’ajout d’une introduction aux accents médiévaux. Et l’abside de Maguelone, à l’acoustique parfaite, résonne alors comme un vaisseau hors du temps d’une rive à l’autre.

Dès la première pièce, une Xacara de Ribayaz, cela swingue comme dans un bœuf de jazz, les instruments prenant tour à tour la parole à la suite de la viole de Margaux Blanchard. Et quand arrive sur scène Mariana Florès dans sa robe pailletée, le contraste est saisissant dans la première chanson de Serrat accompagnée par les cordes pincées. On connait la voix époustouflante de la soprano attitrée d’Alarcon, qui fait merveille dans l’émotion de ce répertoire, sans compter une présence scénique d’une sensualité exacerbée. Les instrumentistes se jouent des références stylistiques et tiennent leur rôle avec une grande musicalité. On remarquera Rodrigo Calveyra aux flûtes, Marie Bournisien à la harpe et Quito Gato qui passe avec facilité de la guitare baroque à la guitare classique et aux percussions. Le sommet de ce programme intemporel est atteint avec La Bomba de Matteo Flech, ensalada du XVIe siècle qui réunit les quatre chanteurs en un délire communicatif. L’ensemble Clément Jannequin nous avait initiés à ces partitions pleines de fantaisie et d’invention. Il nous semble les redécouvrir ici encore plus folles, plus théâtrales. Emmenés par la fougue de Mariana Florès, les chanteurs nous offrent là un mini-opéra mêlant espagnol, latin et onomatopées réjouissantes. Le programme se termine par un bel arrangement de Mediterráneo de Serrat, qui sera repris en deuxième bis après un grand moment d’émotion dû à la voix théâtrale de la chanteuse catalane Maria Hinojosa Montenegro dans une dernière chanson de Serrat. Un répertoire très populaire en Espagne et en Amérique du Sud qui mériterait d’être plus connu en France.

Crédit photographique : © Christian Glaenzer

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