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Jukka-Pekka Saraste et l’ONF dans Sibelius, Mahler et Janáček

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Paris. Auditorium de Radio France. 20-VI-2019. Jean Sibelius (1865-1957) : Les Océanides, op. 73. Gustav Mahler (1860-1911) : Lieder extraits du corpus Des Knaben Wunderhorn. Sarah Connolly, mezzo-soprano. Leoš Janáček (1854-1928) : Messe Glagolitique. Simona Šaturová, soprano. Mati Turi, ténor ; Mischa Schelomianski, basse. Iveta Apkalna, orgue. Chœur de Radio France (chef de chœur : Nicolas Fink). Orchestre National de France, direction : Jukka-Pekka Saraste

ukka-pekka_saraste_hiroyuki_ito dirige l’ dans un programme Sibelius, Mahler et Janáček à la Maison de la Radio, avant de retrouver la phalange avec Mahler et sa magistrale Symphonie n°8 aux Chorégies. 

A l’heure où Daniel Harding dirige son dernier concert en tant que directeur musical de l’Orchestre de Paris, on s’étonne que , le même soir dans l’autre grande salle de concert de la capitale, ne fasse pas parti des prétendants à la succession. Intellectuel autant que consciencieux sur les œuvres, en plus d’être ouvert sur un répertoire non limité à Brahms et Beethoven, il excelle également dans Mahler, Bruckner et Sibelius. Et c’est justement avec le compositeur finlandais qu’il ouvre le programme pour les rares Océanides. Composé en 1914, l’ouvrage ramène Sibelius au poème symphonique, dans des sonorités marines à même de faire ressortir du National des impressions nordiques habituellement perçues en saison avec Mikko Franck et l’autre formation de la Radio. La petite harmonie particulièrement mise en valeur répond à tous les besoins de clarté et de mouvement de la partition, là où les cordes présentent déjà un flux légèrement plus chaud qu’à l’habitude.

Les violons bénéficient pour ce soir de au premier pupitre, magnifique dans ses soli lors des lieder Des Knaben Wunderhorn, en compagnie de . Le récital de la mezzo-soprano au Wigmore Hall en mars nous avait encore fasciné par l’intelligence de la diction et la capacité de la chanteuse à donner force à chaque mot. Elle confère la même puissance au cinq lieder abordés ce soir, tous enregistrés une décennie plus tôt par elle aux côtés de Dietrich Henschel et Philippe Herreweghe. Passé Rheinlegenden et son Neckar parfumé du Rhin, bien appuyé par les bois, Verlohe Müh’ déploie la douleur de Connolly, dans un chant mesuré sur le souffle, mais toujours contrôlé pour magnifier le texte. Puis Wo die schönen Trompeten blasen laisse de la place aux cuivres, avant les deux lieder du corpus les plus touchants, Das irdische Leben, conduite inéluctable vers la mort, portée dans ses profondeurs par la mezzo, et l’Urlicht tiré de la Deuxième Symphonie de Mahler, splendidement accompagné par les trompettes, puis le hautbois et le violon, dans un ensemble toujours maintenu à une parfaite pureté par le chef.

La Messe Glagolitique de débute après un court entracte par les sonorités de cuivres embrasés, jamais trop étincelants mais parfaitement vivifiés, vite soutenus par les bois, et par un timbalier lui aussi toujours ajusté à l’ensemble. Saraste ne fait ici aucune recherche particulière de mise en avant de modernité ou de typicité tchèque. Il agence les affres et couleurs de la partition sans permettre aucun excès de nervosité, sauf lorsque l’orgue intervient dans ses parties solistes, impressionnantes sous les doigts et les pieds d’Iveta Apkalna, organiste attitrée de l’Elbphilharmonie de Hambourg. La première intervention du démontre la préparation parfaite de Nicolas Fink, en même temps qu’elle rappelle une fois de plus la qualité de cette formation dans tous les types de répertoire. Les cordes tendues soutiennent parfaitement l’atmosphère religieuse de l’œuvre, jusqu’à l’apparition éclatante de la soprano Simona Šaturová. Le ténor Mati Turi délivre ensuite ses parties sans hésiter à pousser à fond la voix, pour un timbre cuivré amené sur une ligne de chant tendue, mais en aucun cas rompue, dès le Gloria (Slava). La basse complète par sa profondeur de grave le quatuor vocal dans lequel on retrouve également . L’Intrada finale donne une dernière fois la primeur à l’, excellemment canalisé par la direction de Jukka-Pekka Saraste, dans cette version  de 1928 révisée peu avant la mort du compositeur.

Crédits Photographiques :  © Getty / Hiroyuki Ito ; Une © Felix-Broede

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Paris. Auditorium de Radio France. 20-VI-2019. Jean Sibelius (1865-1957) : Les Océanides, op. 73. Gustav Mahler (1860-1911) : Lieder extraits du corpus Des Knaben Wunderhorn. Sarah Connolly, mezzo-soprano. Leoš Janáček (1854-1928) : Messe Glagolitique. Simona Šaturová, soprano. Mati Turi, ténor ; Mischa Schelomianski, basse. Iveta Apkalna, orgue. Chœur de Radio France (chef de chœur : Nicolas Fink). Orchestre National de France, direction : Jukka-Pekka Saraste

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  • Antoine C

    Totalement d’accord sur la critique de la première partie – même si l’Urlicht était trop rapide à mon goût, mais avec Saraste il fallait s’y attendre !

    Par contre je ne comprends pas votre non appréciation de la Messe glagolitique. Le début était d’une très bonne qualité, malgré un certain manque de dynamique, de progression. Et puis, le vaste Credo débute… et l’orchestre perd sa cohésion avec des violoncelles qui pourraient être plus justes et coordonnés, une surarticulation du chef (pourquoi ce silence avant le premier solo d’orgue ?!), un choeur qui peine à être ensemble (la fraction gauche des femmes notamment). Le ténor n’aidait pas franchement le tout avec un timbre et un souffle fatigués (est-ce cela la ligne tendue…), une basse vaillante mais un peu gutturale. Quant au Finale, les cuivres, qui montraient depuis quelques temps des signes de fatigue, ont accumulé les désynchronisations et fausses notes… Bref, le souci était bien que l’orchestre était « canalisé », dans du Janacek et dans cette oeuvre qui ne demande pas de retenue mais de la ferveur panthéiste ! Il n’y a jamais vraiment eu la plénitude nécessaire, Saraste n’a pas, à mon goût, assez empoigné l’oeuvre, malgré des tempi souples. Reste l’ultime question de l’adéquation de la salle à l’oeuvre, et d’un besoin de canalisation pour éviter la saturation.

    • Martin Antoine

      J’ai bcp aimé ce concert et effectivement Saraste est un chef interessant; peut etre pas très médiatisé et ceci explique peut-être son parcours musical dans des orchestres moins étincelants que d’autres .
      Relative déception par une salle remplie aux 2/3 3/4 ! Janacek fait-il peur et mes 2 voisines disaient n’avoir jamais entendu parler de ce compositeur !
      La messe glagolitique est très éprouvante pour les chœurs dont le slavon est loin d’etre l’idiome le plus chanté ; ils ont été excellents . Idem pour l’orchestre et on pouvait se projeter dans les forèts moraves chères au compositeur .

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