A Child of Our Time de Tippett par Mirga Gražinytė-Tyla à Saint-Denis

Festivals, La Scène, Musique symphonique

Saint-Denis. Basilique-Cathédrale de Saint-Denis. 27-VI-2019. Henry Purcell (1659-1695) : Funeral Music for Queen Mary. Transcription de Steven Stucky. Michael Tippett (1905-1998) : A Child of Our Time, oratorio sur des textes du compositeur. Mary-Elizabeth Williams, soprano ; Dame Felicity Palmer, mezzo-soprano ; Joshua Stewart, ténor ; Matthew Brook, baryton-basse. Chœur de Radio France (chef de chœur : Edward Caswell). Orchestre National de France, direction musicale : Mirga Gražinytė-Tyla.

Grazinite Tyla cc Christophe Fillieule - lAprès une adaptation de Funeral Music for Queen Mary de Purcell par , la cheffe s’attelle à l’ample oratorio de , A Child of Our Time.

Le concert prévu par la cheffe du Birmingham Symphony Orchestra débute par une curieuse transcription de la Funeral Music for Queen Mary de  par , commandée par Esa-Pekka Salonen lorsqu’il dirigeait le Los Angeles Philharmonic. Aulieu de la structure en trois parties de chœurs et une Canzona orchestrale, le compositeur américain l’initie et la referme par une marche, en intégrant au milieu un Anthem et la Canzona. En plus de n’être qu’un vulgaire pastiche sans le côté décalé de la version au synthétiseur de Wendy Carlos pour Clockwork Orange de Stanley Kubrick, l’ouvrage ne permet même pas de profiter des instruments modernes de l’, aussi mal préparés individuellement que peu unifiés par .

On attend donc l’entrée des quatre solistes pour aborder l’oratorio de , A Child of Our Time, écrit par le compositeur anglais à la suite des évènements de la nuit de Cristal. Peut-être la chaleur extérieure a-t-elle perturbé une partie des musiciens, car même si le hautbois sonne moins aigre qu’en première partie et que les cordes, sous la première violon Sarah Nemtanu, offrent parfois un beau nappage sous le chœur, la tenue de l’orchestre français dans les mains de la lituanienne ne fascine jamais vraiment, en plus de montrer de nombreux décalages ou approximations. Le , exercé dès janvier 2018 avec Sofi Jeannin aux cinq spirituals de l’œuvre, est cette fois préparé par le spécialiste anglais Edward Caswell. Il introduit la première des trois parties sur l’idée que le monde se tourne du côté obscur, suivi par la mezzo-soprano . Si la voix se montre régulièrement instable et moins facilement audible lorsqu’elle descend dans le grave, elle offre encore du poids au texte. Bien soutenue par la flûte lors de l’Argument, elle est ensuite bien accompagnée par le chœur à l’Interlude.

Écrit dans la continuité des grands oratorios et passions du passé, à l’instar du Messie de Haendel, l’ouvrage utilise une voix de basse pour narrateur, représentée lors de ce concert par pour développer sans surplus de graves, mais par une prosodie travaillée, ses nombreuses interventions. Il est également associé à Palmer lors d’un échange dans la Partie II, puis tient l’un des moments les plus puissant de l’œuvre avec le Spiritual of Anger, dont le thème est bien connu en France, car similaire à celui utilisé par Claude Nougaro pour sa chanson Armstrong. Les parties de ténor solo bénéficient elles de l’artiste , dont la double formation jazz et classique permet de dévoiler toutes les facettes : tant dans les morceaux les plus classiques que dans les numéros plus souples. La soprano Mary-Elizabeth Williams complète le quatuor avec un registre aigu soyeux et typé, toutefois moins puissante dans le bas-médium. Apparue juste après le ténor, elle revient en tant que mère en fin de Partie II, avant de souvent chanter avec le reste du quatuor et un bien préparé. Celui-ci n’est pas pour autant enflammé ni poussé à développer l’émotion de ce superbe ouvrage, trop peu servi par la vision sans ampleur ni trouble de la jeune Gražinytė-Tyla.

Crédit photographique © Christophe Fillieule/Festival de Saint-Denis 2019

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.