Aux Étés de la danse, la Carmen de Johan Inger par la Compañia Nacional de Danza

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Paris. Théâtre Mogador. 11-VII-2019. Carmen. Festival Les Étés de la danse. Chorégraphie : Johan Inger. Assistante chorégraphie : Urtzi Aranburu. Musique : Rodion Shchedrin d’après Georges Bizet. Musique originale additionnelle : Marc Alvarez. Costumes : David Delfín. Dramaturgie : Gregor Acuña-Pohl. Scénographie : Curt Allen Wilmer (AAPEE). Conception d’éclairage : Tom Visser. Compañia Nacional de Danza, direction : José Martinez

Les Étés de la danse invitent la Compañia Nacional de Danza, dirigée par , pour une Carmen signée . Si le programme est de qualité, cette édition est réduite à la portion congrue comparée aux précédents programmes du festival.

Née de la rencontre entre la Suède et l’Espagne, la Carmen de a été créée en 2015 pour la Compagnie nationale d’Espagne. Dirigée par l’étoile du Ballet de l’Opéra national de Paris, José Martinez, depuis 2011, la Compañia Nacional qui battait de l’aile a repris du mordant et comprend des danseurs talentueux à la forte personnalité.

Chorégraphe inventif, capable de puiser dans le répertoire pour créer des œuvres personnelles et originales, comme son récent Pétrouchka, Johan Inger a su renouveler le thème de Carmen, tout en conservant l’esprit de l’œuvre. Sa création a été récompensée par le Prix Benois de la danse en 2016.

Le renouvellement commence par la musique, composée par Rodion Shchedrin, librement inspirée de l’œuvre de Bizet. Cette Carmen Suite a été créée en 1967 au Bolchoï pour son étoile Maïa Plissetskaïa, dans une chorégraphie d’. Le résultat est réussi : les airs les plus emblématiques résonnent aux oreilles des spectateurs comme autant de clins d’œil à l’œuvre originale, et l’ensemble, modernisé, convient bien à un ballet contemporain.

La narration suit les grandes étapes de l’intrigue mais Inger s’autorise des divergences. Ainsi, le personnage de Micaëla disparaît de l’histoire à laquelle est ajoutée la figure, allégorique, d’une enfant qui porte un regard innocent sur la violence de la société. Si l’idée est intéressante, sa réalisation l’est moins. Le personnage reste extérieur à l’œuvre, sans que l’on comprenne bien son rôle ni que sa présence n’enrichisse la signification de l’œuvre.

La scénographie confère à l’histoire un caractère intemporel, déconnecté du folklore espagnol. Les décors stylisés – panneaux amovibles, miroirs – permettent de renvoyer à des problématiques contemporaines comme celles de la violence conjugale, tout en laissant place à l’imaginaire. Les costumes, conçus par David Delfín, permettent d’identifier clairement les groupes de personnages, et de jouer entre références à l’Espagne – par le biais des jupes d’inspiration flamenca des femmes -, l’allégorie, avec les personnages tout de noir vêtu, et la modernité avec l’étincelante veste pailletée d’Escamillo ou les costumes-cravates. La robe rouge sang de Carmen marque de son sceau la destinée tragique de la jeune femme.

Interprétée par la blonde , Carmen est une femme libre et indépendante, à la sensualité assumée qui use et abuse de son pouvoir sur les hommes. Elle séduit le soldat qui l’arrête à la suite d’une bagarre à la manufacture de tabac, fait perdre la tête à Don José, séduit le fougueux Escamillo. Elle traine après elle les cœurs et sème la mort sur son passage. Don José en fera les frais. Aspiré dans la spirale infernale de la jalousie, il finira par tuer l’objet de son amour et de son tourment.
possède l’aura nécessaire pour tenir ce rôle exigeant mais aurait pu insuffler à son personnage un caractère plus sulfureux et provocateur grâce à davantage de lâcher-prise.
est un Don José passionné et excessif, très juste dans ses intentions. excelle dans le personne d’Escamillo, percutant, tentateur et à la technique affûtée.

Johan Inger a su concevoir une œuvre à la narration claire, aux ensembles solides et au rythme soutenu. L’intensité émotionnelle est là, portée par des interprètes de qualité. Le travail réalisé par auprès des danseurs est mesurable au niveau d’ensemble de la compagnie. Certes, la chorégraphie d’Inger ne comporte pas la difficulté technique d’un classique, et certains passages cèdent un brin à la facilité, mais la précision et la rigueur du travail de la compagnie sont évidents.

L’on ne peut que regretter que la Compagnie nationale d’Espagne ne propose qu’un programme unique, ne permettant pas d’apprécier un éventail plus large de son répertoire. Cela est d’autant plus étonnant que les précédentes saisons des Étés de la danse nous avaient habitués à des programmes plus riches et diversifiés.

Crédits photographiques : © Jesus Vallinas

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