Festivals, La Scène, Opéras

Meigui Zhang, une Pamina pour l’avenir

Plus de détails

Verbier. Salle des Combins. 3-VIII-2019. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Die Zauberflöte, opéra en deux actes sur un livret d’Emmanuel Schikaneder. Chef de chant : Caroline Dowdle. Avec Eric Ferring, Tamino ; Meigui Zhang, Pamina ; Julien van Mellaerts, Papageno ; Yannick Spanier, Sarastro ; Maria Sardaryan, Die Königin des Nacht ; Michael Bell, Monostatos, 2ème prêtre, 1er esclave ; Clara Barbier Serrano, Papagena ; Olivia Boen, 1ère Dame ; Alexandra Yangel, 2ème Dame ; Victoria Karkacheva, 3ème Dame ; Matthew Buswell, L’Orateur ; Jolyon Loy, 1er Prêtre, 2ème esclave ; Jessy Leriche, Eudes Brassier de Jocasse, Alexandre Degisors, les trois enfants. Nathan Lee (célesta). Oberwalliser Vokalensemble. Verbier Festival Junior Orchestra, direction musicale : Stanislas Kochanovsky.

Die Zauberflöte.03Pour son concert final, l’Académie de chant du Verbier Festival s’emploie à rendre plaisante, jusqu’à l’enthousiasme, une Flûte Enchantée qui profite d’une mise en espace intelligente, enjouée et dynamique.

L’an dernier l’Académie de chant avait présenté Rigoletto de Giuseppe Verdi, une entreprise qui s’était révélée au-dessus des moyens vocaux de bien des chanteurs d’alors. Mozart et sa Flûte Enchantée sont-ils plus facilement atteignables à des chanteurs d’opéra en devenir ? On pourrait le croire au vu de cette mouture 2019. Et pourtant, l’exercice des opéras de Mozart, si évident dans la musique, si aisé à l’écoute, est difficile à chanter car il fait appel à l’authenticité, à la pure simplicité du chant.

Même si certains airs de la Flûte Enchantée paraissent faciles (qui ne les a pas fredonnés dans l’intimité de sa douche ?), leur interprétation requiert d’immenses capacités vocales. Pour exemple, les deux airs de la Reine de la Nuit ne souffrent d’aucune approximation au risque de tomber dans la caricature. Ces arias demandent outre une grande force physique, une technique de chant et une agilité vocale exceptionnelles. De même les airs de Sarastro requièrent un legato impeccable et une très grande étendue du registre de basse. Ajouter à cela un orchestre prompt à la dynamique d’une partition étincelante, vous aurez une première image des difficultés qu’on peut trouver en s’attachant à la production d’un tel opéra.

Cette année, la surprise a été à la mesure du contentement offert. Certes le ne peut rivaliser avec les grandes phalanges des maisons d’opéras. Ce serait présomptueux de comparer ces musiciens âgés de 15 à 18 ans avec leurs aînés. Même si, perdu entre les violoncelles et les percussions, la présence de , un phénomène du piano de 17 ans, ici dynamisant au célesta les interventions de Monostatos, cet orchestre manque encore bien évidemment de l’étoffe, du corps, de la force nécessaire pour imprimer le caractère profond de cette musique. A certains moments cependant, ils jouent si bien qu’on oublie leur inexpérience et les limitations physiques naturelles de leur âge. C’est donc avec un soutien orchestral sérieux, appliqué, parfois peut-être un peu scolaire que les chanteurs de l’Académie se présentent sur la scène de la salle des Combins.

Die Zauberflöte.02
Avec brio, le ténor américain (Tamino) envoie un lumineux Zu Hilfe! zu Hilfe!. Avec son beau placement de voix, résonnant puissamment sans aucune émission nasale, il est un Tamino décidé. D’un style franc, capable de vocalises parfaites, on se réjouit par avance de la romance Dies Bildnis ist bezaubernd schön qu’il chante bientôt avec une sensibilité dépourvue de toute mièvrerie. Un ténor à suivre.

A ses côtés, la soprano chinoise (Pamina) s’inscrit comme la révélation de cette soirée. Quelle beauté de voix et quel admirable phrasé ! Avec ses aigus pleins, chauds, vibrés, elle possède un charme vocal rare. La voix est grande, riche, conduite de manière exemplaire. Dans son personnage, elle révèle une séduction envahissante, un charisme inné qui fait de cette jeune soprano (25 ans) une Pamina pour l’avenir.

Dans le rôle mythique de la Reine de la Nuit, la soprano arménienne démontre des capacités vocales époustouflantes. Débarquant sur la scène comme une furie, gesticulant, fulminant, elle entonne un O zittre nicht, mein lieber Sohn d’une véhémence extraordinaire. Les vocalises assassines de cet air sont envoyées avec une aisance apparente incroyable. Jusque dans les suraigus, le vibrato reste présent, la voix belle, jamais criarde. Avec la basse (Sarastro), le chant est là avec toutes ses notes mais le personnage mériterait d’être plus investi. Le soin qu’il apporte à l’interprétation de ces deux airs (O Isis und Osiris et In diesen heil’gen Hallen) semble s’affaisser dès que la basse allemande se retrouve à chanter dans l’action du livret. Si le chant du baryton néozélandais (Papageno) demande encore à s’affiner et à s’affirmer –particulièrement dans le registre grave -, ses dons de comédiens le promettent à une brillante carrière. Parmi les autres protagonistes, la soprano américaine (1ère Dame) affirme son autorité avec une projection vocale exemplaire, une voix bien timbrée et une diction parfaite. Sans oublier la présence touchante des trois enfants (Jessy Leriche, Eudes Brassier de Jocasse, Alexandre Degisors), trois rescapés des Petits Chanteurs à la Croix de Bois en tournée dans la région !

Pouvant apparaître conventionnelle, la direction de s’emploie principalement à assurer l’unité musicale de son orchestre, la concentration de ses musiciens parfois au détriment d’une interprétation plus passionnée, plus investie. Une attitude cependant responsable donnant ainsi aux solistes une assise solide à leur jeune et verte expression musicale.

Crédit photographique : © Diane Deschenaux

Plus de détails

Verbier. Salle des Combins. 3-VIII-2019. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Die Zauberflöte, opéra en deux actes sur un livret d’Emmanuel Schikaneder. Chef de chant : Caroline Dowdle. Avec Eric Ferring, Tamino ; Meigui Zhang, Pamina ; Julien van Mellaerts, Papageno ; Yannick Spanier, Sarastro ; Maria Sardaryan, Die Königin des Nacht ; Michael Bell, Monostatos, 2ème prêtre, 1er esclave ; Clara Barbier Serrano, Papagena ; Olivia Boen, 1ère Dame ; Alexandra Yangel, 2ème Dame ; Victoria Karkacheva, 3ème Dame ; Matthew Buswell, L’Orateur ; Jolyon Loy, 1er Prêtre, 2ème esclave ; Jessy Leriche, Eudes Brassier de Jocasse, Alexandre Degisors, les trois enfants. Nathan Lee (célesta). Oberwalliser Vokalensemble. Verbier Festival Junior Orchestra, direction musicale : Stanislas Kochanovsky.

Mots-clefs de cet article

Resmusica-bannière-01

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.