La Scène, Spectacles divers

Benjamin Lazar incarne Maldoror

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Paris. Théâtre de l’Athénée. 18-X-2019. Maldoror, d’après Les Chants de Maldoror du Comte de Lautréamont. Mise en scène et interprétation : Benjamin Lazar. Création sonore et musicale : Pedro Garcia-Velasquez et Augustin Muller. Images : Joseph Paris

Alors qu’il reprend L’Autre monde ou les États et empires de la lune, , seul en scène, plonge avec délectation dans les ténèbres des Chants de Maldoror du Comte de Lautréamont. Un spectacle total de mots, d’images… et de musique.

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« Il se jeta résolument dans la carrière du mal… atmosphère douce ! » Le jeune Isidore Ducasse, alias Comte de Lautréamont, inventait en 1869 Maldoror, ce personnage cruel à la soif d’infini qui allait inspirer des générations de poètes. parvient à se frayer un chemin dans une œuvre touffue et insaisissable. Invoquant l’océan tel un sorcier (« Je te salue vieil océan »), en costume bleu pailleté ; dérobant l’âme innocente d’un enfant tout en collant la noirceur de son âme sur son visage, par un artifice astucieux ; s’accouplant avec la femelle requin sous la lumière blafarde d’une suspension ; travesti et le visage fardé, entrant dans un couvent-lupanar étrange… en quelques scènes, le personnage protéiforme nous apparaît toujours plus obscur.

Comme pour l’œuvre de Cyrano de Bergerac, l’acteur-metteur en scène donne accès à un texte touffu et assez méconnu, suscitant l’envie de revenir à l’œuvre originale. Il réagence les textes, dont les extraits choisis ne se suivent pas dans l’ordre des six chants, et les conte avec talent, savourant les images, jusqu’aux plus emphatiques (« le pot de chambre rocailleux où se démène l’anus constipé des kakatoès humains ») et les phrasés. Le texte est intégré dans un spectacle total, sans effet inutile et de manière moins confuse que dans son récent spectacle Heptameron. La lumière crée des clairs-obscurs, des ombres chinoises ou une lumière pâle selon les besoins. La vidéo par ses images saccadées, renversées, mouvantes, semble donner accès au subconscient du héros.

La musique est également là, quoique nul musicien ne soit présent sur scène. C’est que l’humanité est bannie de Maldoror : restent quelques petits automates percussionnistes, réduits à leur plus simple expression, et la diffusion sonore par haut-parleurs. et (réalisateur informatique à l’IRCAM), qui collaborent souvent pour Le Balcon, proposent une création sonore au service du texte. C’est l’occasion de se souvenir que Pierre Henry avait composé la musique pour tout un feuilleton radiophonique dans les années 1990 dans un projet de grande ampleur. Ici, la musique n’est pas omniprésente, vient généralement souligner le geste ou le texte, mais peut devenir prégnante dans quelques scènes marquantes. Ainsi, elle renforce l’angoisse de la scène du naufrage d’un vaisseau au Chant II, par des rythmes percussifs de caisse claire et des automates, et donne une dimension incantatoire à la scène des chiens du Chant I (« Alors, les chiens, rendus furieux, brisent leurs chaînes […] »). Une scène fascinante interpelle tous les sens des spectateurs : pendant le récit du Chant IV (« Je suis sale. Les poux me rongent. Les pourceaux, quand ils me regardent, vomissent… »), les images d’insectes, batraciens, reptiles et d’incendie sont doublés des bruits travaillés de ces mêmes animaux et dont le son nous enveloppe, dans un spectacle cauchemardesque aux confins du subconscient.

Crédits photographiques : Benjamin Lazar © Jean-Louis Fernandez

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Paris. Théâtre de l’Athénée. 18-X-2019. Maldoror, d’après Les Chants de Maldoror du Comte de Lautréamont. Mise en scène et interprétation : Benjamin Lazar. Création sonore et musicale : Pedro Garcia-Velasquez et Augustin Muller. Images : Joseph Paris

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