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« Ecoute, lecteur »

La Scène, Spectacles divers

Paris. Théâtre de l’Athénée. 18-IV-2008. Savinien de Cyrano de Bergerac (1619-1655) : L’Autre Monde ou les Empires et Etats de la Lune, roman. Extraits musicaux : Anonyme, Prélude ; François Dufaut, Prélude ; Sarabande ; Monsieur de Sainte-Colombe, Les Couplets ; Sarabande ; John Playford, Lady Catherine Ogle ; Kemp’Jig ; Nicolas Hotman, Bourrée ; Jean Lacquemant dit Dubuisson, Sarabande ; Allemande ; Giovanni Girolamo Kasperger, Colascione ; Canario ; Toccata Arpeggiata ; Marin Marais, Musette ; Diego Ortiz, Recercada Quarta. Adaptation et mise en scène : Benjamin Lazar ; Scénographie et costumes : Adeline Caron. Avec Benjamin Lazar, comédien ; Benjamin Perrot, théorbe, guitare et luth baroques, Florence Bolton, dessus et basse de viole.

L’Autre Monde ou les Etats et Empires de la Lune

On connaît encore mal le vrai Cyrano, dont la personnalité a subi sinon le prisme déformant, du moins l’inexactitude du personnage de théâtre ; le second nous avait partiellement masqué le premier, sans pour autant que cela atteigne d’ailleurs l’admiration que nous portons à Rostand et à son œuvre. L’art de la pointe et le panache étaient là, le poète libertin et libre-penseur restait dans l’ombre. C’est un peu du vrai Cyrano, Savinien de Cyrano de Bergerac, que restitue sous nos yeux Benjamin Lazar, en faisant revivre, à travers son spectacle, le merveilleux conteur qu’il dut être, ainsi qu’en témoigne l’écriture de l’Autre Monde ou les Etats et Empires de la Lune. Le jeune metteur en scène et comédien, à qui l’on doit déjà de très remarquées mises en scène de théâtre et d’opéras baroques, adapte pour la scène les histoires rocambolesques, fantastiques et philosophiques du roman de Cyrano. L’adaptation dramatique semblait une évidence, tant le roman est théâtral et fait la part belle aux rebondissements, à travers une narration vive et un œil enjoué, distant et élégamment critique. « Ecoute, lecteur », écrit Cyrano dont se fait l’inégalable porte-parole.

Nul besoin d’être philologue pour comprendre et apprécier la langue imagée de Cyrano. Outre la diction parfaite de , l’art du comédien nous rend la déclamation baroque naturelle et même indispensable, assez exotique pour être savoureuse, assez proche de nous pour être constamment intelligible. Les sous-entendus du texte, esquissés à traits légers, resserrent encore les liens de complicités entre narrateur et lecteurs, acteur et spectateurs – on ne sait plus –, et expliquent aisément la censure qu’encourut un tel texte. L’éclairage à la bougie, l’intimisme de la scénographie et le ton du conteur parviennent à donner l’illusion que le comédien parle à chacun d’entre nous en particulier, qu’il s’agit d’un dialogue à mi-voix dans un cabinet de curiosités. Le geste est aussi précis que le mot, quelques accessoires suffisent au comédien pour figurer machines et décors.

Achevant de créer un climat féérique, l’ensemble (Florence Bolton et ) accompagne les aventures narrées par Cyrano, avec les morceaux de compositeurs contemporains (Monsieur de Sainte Colombe, , et surtout les entêtants Prélude et Sarabande de François Dufaut) mais aussi d’amusants bruitages. On ressort ébloui de ce voyage par lequel Cyrano réclame « un seul pays où l’imagination même fut en liberté ».

Crédit photographique : © Nathaniel Baruch

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