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Au Léman Lyriques Festival, un Wagner sans ambition

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Genève. Victoria Hall. 6-XI-2019. Richard Wagner (1813-1883) : Extraits de l’acte II de Tristan und Isolde et de l’acte III de Siegfried. Michael Jarrell (né en 1958) : Des nuages et des brouillards. Petra Lang (Isolde, Brünhilde). Torsten Kerl (Tristan, Siegfried). Marion Grange (Brangäne). Hae-Sun Kang (violon). Orchestre symphonique OSE! et musiciens de la Haute école de musique de Genève. Direction : Daniel Kawka

Genève. Bâtiment des Forces Motrices (BFM). 8-XI-2019. Richard Wagner (1813-1883) : The Ring ohne Worte, arr. Lorin Maazel. Alain Carré, comédien. Orchestre symphonique OSE! et musiciens de la Haute école de musique de Genève. Direction : Daniel Kawka

Un festival lyrique qui explorerait les œuvres d’un compositeur différent à chaque nouvelle édition, c’est l’idée pour le moins séduisante que propose le tout nouveau Léman Lyriques Festival et son directeur artistique, le chef d’orchestre .

LEMAN LYRIQUES FESTIVAL.01

À tout seigneur tout honneur, ouvre les feux de cette première édition du Léman Lyriques Festival. Pour l’occasion, la scène du Victoria Hall s’est parée de deux pointures du chant wagnérien avec la soprano et le « heldentenor » Torsten Kerl. Ainsi, en ouverture de concert, sans autre forme de prélude, nos deux vaillants chanteurs attaquent la Deuxième scène du second acte de Tristan und Isolde. À pleine voix. Et ils en ont, de la voix. Dans les premiers rangs de la salle, avec l’acoustique peu favorable à l’écoute de l’orchestre situé largement au-dessus des têtes des spectateurs, l’agression vocale des solistes est manifeste. On croit entendre les éclats d’une scène de ménage alors qu’il s’agit d’un duo d’amour. Peut-être qu’un regard à l’autre aurait donné l’illusion de la romance amoureuse, mais las, chacun reste planté dans son travail. Si (Isolde) donne un par-cœur parfait avec une voix bien projetée, ses aigus semblent un peu courts. Droite, presque immobile, sonore, sans vibrato excessif, elle impressionne sans toutefois émouvoir. À ses côtés, le ténor Torsten Kerl (Tristan) accuse de très légères hésitations qui confinent à donner une humanité, une fragilité plus touchante à son personnage. Quand du balcon descend la voix de (Brangäne), sa voix, admirablement lyrique et mesurée, apparaît comme un délice, une bienfaisance auditive dans cet univers de puissance vocale.

Après l’entracte, un replacement stratégique dans des rangs plus distants de la scène permet d’entendre l’orchestre et les solistes dans un échange sonore mieux équilibré. Petra Lang et Torsten Kerl entament l’ultime scène de Siegfried où le héros retrouve Brünhilde. Un moment musical plus habité qui voit deux chanteurs jouant ce qu’ils chantent en se regardant enfin. La soprano est fascinante avec sa présence imposante, sans artifices, sans atours clinquants, sans joaillerie ni tenues sophistiquées, toute entière dédiée à l’expression vocale. Est-ce un effet de cette prise de conscience théâtrale ? L’orchestre, plus présent, soutient le chant.

Plus tôt dans la soirée, le Concerto pour violon et orchestre baptisé Des nuages et des brouillards du compositeur genevois offre à la violoniste coréenne Hae-Sun Kang la possibilité d’une démonstration technique avec une frénésie instrumentale superbement maîtrisée. Cependant, l’œuvre de garde son plus grand intérêt dans les sonorités orchestrales brumeuses qu’il réussit à imposer en mélangeant à dessein les sons des différents pupitres.

LEMAN LYRIQUES FESTIVAL.02

Le surlendemain, la scène du théâtre du Bâtiment des Forces Motrices offre ses planches au « Ring » sans le chant, une reprise des musiques de la célèbre légende du Niebelung de dans un arrangement du chef d’orchestre (et compositeur ?) Lorin Maazel, qui, entre autres « manipulations » de la partition wagnérienne remplace les personnages de l’intrigue par des instruments solistes. Ainsi, la flûte personnifie-t-elle Sieglinde, alors que le trombone serait Siegmund ou Siegfried. En résulte une œuvre quelque peu lavée de la puissance évocatrice de la musique de Wagner. Parfois même, on frise la musique de film « à l’américaine ».

Cette heure et demie de musique condensée et souvent terne est heureusement entrecoupée par la voix lumineuse du comédien , lisant des extraits de la nouvelle Siegfried, nocturne d’Olivier Py. Un bonheur d’articulation, de projection vocale, d’intonations qui sont autant de musiques de syllabes, d’évocations tantôt joyeuses, tantôt tragiques. Véritable baume d’une langue française articulée et expressive qui transforme l’œuvre musicale en un concerto pour voix humaine et orchestre.

Du côté de l’orchestre, le bonheur est plus problématique. En effet, comme lors de la soirée précédente, l’ et les musiciens de la laissent une impression mitigée quant à leur préparation. De fréquents décalages, quelques imprécisions qu’on pourrait attribuer à un manque de répétitions, voire à une carence technique, confirment ici ce que nous avions décelé sans pouvoir l’identifier précisément lors de sa précédente prestation. Cet ensemble manque encore d’ambition, d’envergure, de maturité. Sous la baguette trop souple de , la musique s’installe plutôt que d’être imposée. Le romantisme de Wagner s’accommode peu de cette sagesse.

Crédit photographique : © Vincent Lepresle/Mégagence

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Genève. Victoria Hall. 6-XI-2019. Richard Wagner (1813-1883) : Extraits de l’acte II de Tristan und Isolde et de l’acte III de Siegfried. Michael Jarrell (né en 1958) : Des nuages et des brouillards. Petra Lang (Isolde, Brünhilde). Torsten Kerl (Tristan, Siegfried). Marion Grange (Brangäne). Hae-Sun Kang (violon). Orchestre symphonique OSE! et musiciens de la Haute école de musique de Genève. Direction : Daniel Kawka

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