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Minimal Maximal, la création à l’honneur au Ballet de Genève

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Genève. Grand théâtre. 10-XI-2019. Minimal Maximal. Ioannis Mandafounis, Andonis Foniadakis et Sidi Larbi Cherkaoui. Fearful Symmetries (création). Chorégraphie : Ioannis Mandafounis. Lumières : Davis Kretonic. Musique : John Adams (Fearful Symmetries)
Paron (création). Chorégraphie : Andonis Foniadakis. Assistant à la chorégraphie : Pierre Magendie. Scénographie et lumières : Sakis Birbilis. Costumes : Anastasios-Tassios Sofroniou. Musique : Philip Glass (Concerto pour violon n°1). Violoniste : Alexandra Conunova
Fall. Chorégraphie : Sidi Larbi Cherkaoui. Assistants à la chorégraphie : Jason Kittelberger, Acacia Schachte et Robert Waddell. Musique : Arvo Pärt (Fratres, Spiegel im Spiegel et Orient & Occident). Violon solo : Alexandra Conunova, alto solo : Frédéric Kirch, piano solo : Daniel Inbal. Avec les 22 danseurs du Ballet du Grand théâtre de Genève et l’Orchestre de la Suisse Romande, direction : Daniel Inbal

Minimal Maximal propose deux nouvelles créations des chorégraphes et , et la reprise d’une pièce de , Fall. Un programme intelligent qui donne à voir la danse d’aujourd’hui dans ses différents états.

Dans ce programme orienté vers la création contemporaine, Philippe Cohen, directeur du Ballet de Genève depuis 17 ans, choisit de présenter deux créations, sur les musiques de et . Il les associe à une troisième pièce, signée , sur une musique d’. Le titre du programme, Minimal Maximal, renvoie bien entendu à la musique minimaliste, qui constitue le fil conducteur de la soirée et, par contraste, à la puissance des œuvres chorégraphiques, qui confèrent un effet maximal à ces musiques.

Les deux nouvelles créations sont confiées à des chorégraphes déjà reconnus sur la scène internationale bien que peu programmés en France. Le Grec connaît bien la compagnie genevoise : Paron est sa cinquième pièce pour la compagnie. , chorégraphe genevois de 39 ans, qui a dansé au Nederlands Dans Theater et dans la compagnie de William Forsythe, a déjà une quarantaine de pièces à son actif, dont des créations pour l’Opéra national grec. Cette création à Genève représente toutefois une étape importante dans son parcours car c’est la première fois qu’il crée pour un si grand nombre de danseurs (22), qu’il compose une pièce écrite alors que son travail est davantage basé sur l’improvisation, et qu’il ne danse pas lui-même dans sa pièce.

La soirée s’ouvre avec Fearful Symmetries, la pièce de Ioannis Mandafounis, sur une musique de , dont le titre est tiré du célèbre poème de William Blake, Tiger, Tiger.

Dans un style d’allure décontractée, les danseurs, vêtus de jeans, t-shirts et baskets à la Forsythe, s’échauffent sur scène pendant que les spectateurs s’installent dans la salle. La pièce commence sans transition sur les premiers accords musicaux. Le langage chorégraphique joue sur la déconstruction, maintient un contraste constant entre ondulations souples et extensions. Les corps sont emmenés dans des extrêmes allant du complet relâchement à la tension maximale. Le rapport entre le groupe et les individus est mis en valeur dans un mouvement perpétuel. Les tableaux de groupe créent un apparent effet de désordre, chaque danseur jouant sa propre partition. Puis la cohérence de l’ensemble se dessine, les effets de canon se multiplient, faisant apparaître la rigueur de la composition. Les danseurs sont ainsi mis individuellement en valeur au sein même du groupe. Certains se détachent dans des duos ou des solos. Moderne et personnel, Fearful Symmetries transmet la joie de danser, fait naître un élan de groupe, sur un rythme tourbillonnant et enlevé, mené tambour battant par la musique d’Adams.

En deuxième partie est présentée Paron (qui signifie « le moment présent » en grec), la nouvelle création d’Andonis Foniadakis. Sur le célèbre Concerto pour violon n° 1 de , magnifiquement interprété par la violoniste et l’, les 22 danseurs évoluent sur le flot continu de la musique. Les costumes fluides, sortes de jupes-pantalons sans distinction entre les hommes et les femmes, accentuent l’effet de fluidité du mouvement, qu’accompagnent les deux croissants de lune suspendus qui tournent doucement sur eux-mêmes. Si le vocabulaire gestuel est assez réduit, l’effet visuel est admirable. Les danseurs semblent emportés par les vagues musicales, sans à-coups ni arrêts. Le deuxième mouvement du concerto, plus sombre et profond, laisse place à deux couples, qui dansent en écho. Les duos, ciselés avec précision, mettent magistralement en valeur l’émotion de la musique, dédiée par Glass à son père décédé. La fluidité est toujours là mais davantage au service de l’abandon et du lâcher prise, accentué par les ondulations des cheveux longs et détachés des danseuses et les longues jupes des danseurs.

Dans le dernier mouvement, la scène est plongée dans la pénombre et seul un dispositif de miroirs réfléchissant les spots lumineux permet d’éclairer les danseurs. Cette belle création, si elle ne propose pas un langage chorégraphique profondément renouvelé, parvient à dialoguer avec la musique de Philip Glass et met en exergue les qualités des danseurs de la compagnie.

Pour finir, le programme présente une reprise de Fall de Sidi Larbi Cherkaoui, pièce créée en 2015 pour le Ballet des Flandres. La pièce a été réadaptée de manière substantielle pour la compagnie de Genève. Tout d’abord, les pointes, présentes à l’origine, ont été remplacées par les demi-pointes, et le nombre de danseurs a été réduit de 32 à 22. Ces modifications ont permis d’orienter cette pièce au vocabulaire très néoclassique vers une esthétique plus contemporaine. Les trois morceaux d’, Fratres, Spiegel im Spiegel aux somptueuses et dramatiques notes de piano, et Orient & Occident, sont joués par l’. Les danseurs évoluent au centre d’un carré entouré de draps blancs, secoués comme par le souffle du vent. Le premier mouvement, au rythme lent, a toutefois du mal à capter l’attention. Les ensembles sur Spiegel im Spiegel parviennent davantage à créer l’émotion, mais l’ensemble de la pièce laisse l’impression d’une juxtaposition d’effets esthétiques manquant d’intériorité.

La leçon de ce programme est peut-être que c’est le minimal dans l’art qui produit les effets maximaux. La soirée propose un panorama riche et diversifié de la création contemporaine, avec deux chorégraphes à suivre et une compagnie aux danseurs talentueux.

Crédits photographiques : © GTG/Grégory Batardon

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Genève. Grand théâtre. 10-XI-2019. Minimal Maximal. Ioannis Mandafounis, Andonis Foniadakis et Sidi Larbi Cherkaoui. Fearful Symmetries (création). Chorégraphie : Ioannis Mandafounis. Lumières : Davis Kretonic. Musique : John Adams (Fearful Symmetries)
Paron (création). Chorégraphie : Andonis Foniadakis. Assistant à la chorégraphie : Pierre Magendie. Scénographie et lumières : Sakis Birbilis. Costumes : Anastasios-Tassios Sofroniou. Musique : Philip Glass (Concerto pour violon n°1). Violoniste : Alexandra Conunova
Fall. Chorégraphie : Sidi Larbi Cherkaoui. Assistants à la chorégraphie : Jason Kittelberger, Acacia Schachte et Robert Waddell. Musique : Arvo Pärt (Fratres, Spiegel im Spiegel et Orient & Occident). Violon solo : Alexandra Conunova, alto solo : Frédéric Kirch, piano solo : Daniel Inbal. Avec les 22 danseurs du Ballet du Grand théâtre de Genève et l’Orchestre de la Suisse Romande, direction : Daniel Inbal

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