Aller + loin, Discographies, Musicologie

Discographie autour de Léonard de Vinci

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Thomas Tallis (1505-1585) : Salvator mundi. Herbert Howells (1892-1983) : Salvator mundi. Claudio Monteverdi (1567-1643) : Era l’anima mia SV 96 ; Tempro la cetra, SV 117. Jean-Yves Daniel-Lesur (1908-2002) : Le jardin clos. Tomás Luis de Victoria (1548-1611) : Unus ex discipulis meis. Edmund Rubbra (1901-1986) : Amicus meus. Orazio Vecchi (1550-1605) : Daspuò che stabilao. Johan-Sebastian Bach (1685-1750) : The art of fugue n°1 BWV 1080. Clément Janequin (1485-1558) : La guerre. Josquin Desprez (1450-1521) : Agnus Dei. Tomás Luis de Victoria (1548-1611) : Alma Redemptoris mater. Cipriano de Rore (?-1565) : Or che’l ciel e la terra. Adrian Williams : Shaping the invisible. I Fagiolini, direction : Robert Hollingworth. 1 CD The Sixteen Productions. Enregistré à Angel Studios à Londres en septembre 2018. Notice en anglais. Durée : 71:34

Frater Petrus : Ave Maria. Marchetto Cara (1470-1525) : Ave Maria à 4 ; Vergine immaculata ; Ave Maria à 5 ; Gli pur gionto el giorno. Josquin Desprez (1450-1521) : Planxit autem David. Francesco Patavino (1478-1556) : Donne, venete al ballo ; Marchetto cara. Jean L’Héritier (1480-1551) : Ave Mater Matris Dei. Domenico da Piacenza (1390-1470) : Bel fiore. Francesco Spinacino (fl. 1507) : Recercare. Anonyme : Poi che t’hebbi nel core ; Fortuna desperata. Johannes de Pinarol (1467-1536) : Poi che t’hebbi nel core. Heinrich Isaac (1450-1517) : Fortuna desperata / Sancte Petre, ora pro nobis. Jacob Obrecht (1457-1505) : Agnus Dei. Anonyme : Rime, sonetto XVIII – Pétrarque ; Lucrecia pulchra. Hayne van Ghizeghm (1445-1497) : De tous biens playne. Bartolomeo Trombocino (1470-1535) : Non val’ acqua. Michael Pesenti (1475-1521) : L’acqua vale al moi gran foco. Firminus Caron (1460-1475) : Tanto l’afano. Johannes de la Fage (fl. 1520) : Elizabeth Zachariae. Clara Coutuly, soprano. Marnix de Cat, alto. Hugues Primard, ténor. Matthieu le Levreur, baryton. Marc Busnel, basse. Doulce Mémoire, direction : Denis Raisin Dadre. 1 Livret-CD Alpha. Enregistré à l’Abbaye de Noirlac en septembre 2018. Livret en français, allemand et anglais. Durée : 78:05

 

Léonard de Vinci a laissé de nombreux projets, dont certains n’ont jamais été accomplis. D’autres construits longtemps après sa mort, ont souvent fonctionné exactement comme leur concepteur l’avait imaginé, prouvant à la fois son talent artistique et son esprit d’invention hors du commun. Après la mise en lumière de sa viola organista et de sa lyre à bras, voici une discographie à l’occasion du cinquième centenaire de la mort du génie florentin.

Doulce MémoireOn le sait, à la Renaissance, l’artiste universel était un idéal à atteindre pour tout prétendant qui se respecte. Léonard de Vinci ne fit pas exception dans cette quête. S’illustrant pour des siècles dans la peinture avec seulement quinze à dix-sept tableaux selon les spécialistes, tous témoignant d’une recherche exigeante et hautement expérimentale de la part de l’artiste, Léonard de Vinci s’intéressa également à la sculpture, l’architecture, l’ingénierie, l’astronomie, les mathématiques, la poésie… mais aussi à la musique. Avec son instrument à cordes frottées sorti tout droit de son imaginaire, ses talents d’improvisateurs furent également reconnus à la cour du prince. De cette musique, plus de traces aujourd’hui. C’est donc là que musicologues et autres spécialistes de cette époque tiennent un rôle prédominant pour dépeindre l’univers et la sensibilité musicale du maître italien, peu connus encore aujourd’hui.

Que ce soit pour le directeur artistique d’, (Leonardo Shaping the invisible, The Sixteen Productions) ou celui de l’ensemble français Doulce Mémoire, (La musique secrète, Alpha), l’approche discographique semble à première vue la même : associer une œuvre picturale du peintre à une ou bien plusieurs œuvres musicales. La comparaison s’arrête là. Au-delà des choix scientifiques et argumentés de chacun, ceux-ci démontrent essentiellement la sensibilité propre à chacun face à une peinture dont la portée, autant technique qu’artistique, n’est plus à démontrer.

s’attache pour les dix tableaux sélectionnés, à les associer à des musiques s’inscrivant dans leur époque, s’interdisant ainsi tout anachronisme, mettant surtout en lumière les principales caractéristiques de chaque composition visuelle. Une analyse musicale comparative riche et captivante, guidée par la bienveillante expertise de Vincent Delieuvin, conservateur en chef du Patrimoine en charge de la peinture italienne du XVIᵉ siècle au département des Peintures du musée du Louvre. Ce parti-pris justifie ainsi un répertoire plus franco-flamand qu’italien, réalité de la vie musicale durant la période créatrice de Léonard. Le livret de cet enregistrement n’accompagne pas l’écoute : il fait partie intégrante du projet, tant par son aspect pouvant le qualifier de « petit livre d’art », que par chaque explication donnée à la sélection musicale adjointe à chaque peinture. Mais alors que cette offre ne peut que satisfaire tout heureux acquéreur, elle donne en vérité l’envie – le besoin ? – de retourner au Musée du Louvre qui possède la plus importante collection au monde des peintures du maître et qui lui consacre actuellement et jusqu’en février une grande exposition.

Pour , la démarche est radicalement différente. Pas complémentaire, différente. Il est amusant d’ailleurs de mettre en exergue la perception des deux protagonistes face au célèbre tableau de La Cène : alors que le Français estime qu’« aucune musique contemporaine [de l’œuvre] ne peut y répondre », l’estimant trop avant-gardiste en la comparant au stile concitato (style agité) créé dans le Combat de Tancrède et Clorinde par Monteverdi en 1628, le second n’hésite pas, avec un humour so british, de mettre en scène son ensemble vocal et instrumental à l’identique du Christ et de ses apôtres. Et alors que Doulce Mémoire choisit musicalement d’en faire l’impasse, l’associe à l’Unus ex discipulis meis de , composé en 1585, et à l’Amicus meus d’ composé en 1962 !

I FagioliniA partir de là, s’il fallait faire un choix, il pourrait se faire en fonction de la sensibilité de l’auditeur, car en termes d’interprétation, les deux ensembles font preuve tous deux d’une technique sans faille, d’une connaissance musicale érudite afin de révéler au mieux, et surtout au plus juste, les intonations et l’expressivité des musiques de chaque programmation.

Si l’auditeur préfère se rapprocher au plus près de l’art de Léonard de Vinci, c’est sans hésiter que nous conseillons le livre-disque de Doulce Mémoire. Le portrait d’Isabelle d’Este donne par exemple l’occasion de découvrir la volonté de la mécène de soutenir la musique italienne de son époque, celle-ci ayant eu une action décisive pour l’art nouveau de la frottole, première tentative de création d’un répertoire profane italien à la Renaissance. Et alors que ce premier exemple semble souligner une démarche historique du projet, les laudes à usage de la dévotion privée mis en parallèle avec L’annonciation, affirment tout l’attrait sensible de cette proposition. Denis Raisin Dadre les a effectivement choisis pour leur texte évidemment, tous dédiés à la Vierge Marie, mais surtout pour leur atmosphère intimiste et mystérieuse, ainsi que pour leur simplicité mélodique afin de peindre au plus près l’hortus conclusus, soit le jardin privé de la Vierge dans lequel se trouvent les deux personnages représentés sur la toile. L’Ave Maria de Frater Petrus, tout comme Bel fiore de Domenico da Piacenza, donnent la chance d’entendre le halo presque magique de la fameuse lyre à bras, représentée notamment sur le grand retable de La Vierge aux rochers. La musique est aussi l’occasion de dévoiler les récentes recherches des historiens de l’art, le Portrait de Musicien dévoilant les traits du compositeur plutôt que le maître de chapelle de Milan Franchinus Gaffurius, ou le musicien Atalante Migliorotti comme les scientifiques l’ont longtemps cru. C’est donc une musique synthétisant tout l’art du contrepoint du musicien le plus emblématique de cette période, soit le motet Planxit autem David, qui est choisie.

Mais si nous avons un conseil à donner au lecteur, c’est tout simplement de ne pas faire de choix ! Après avoir apprécié la brillante proposition de Doulce Mémoire, sur tous les points évoqués, qu’il est amusant de vivre le choc esthétique de l’ensemble I Fagiolini. Effet garanti ! On retrouve plusieurs toiles sous un prisme totalement nouveau, Le Jardin Clos du Cantique des cantiques de écrit en 1952 plutôt que l’Elizabeth Zachariae de Johannes de la Fage datant de 1520 pour l’énigmatique Saint Jean-Baptiste, et Shaping the invisible d’Adrian Williams composé l’année dernière pour Léonard de Vinci ! La démarche paraît bien moins solide si on la limite à l’aspect musicologique, historique – et érudite –, Denis Raisin Dadre nous faisant découvrir quelques-unes de ses découvertes comme la musique de Jean L’Hériter ou deux Fortuna desperata d’un anonyme ou d’, mais, reconnaissons-le, tout aussi sensible et personnelle. On s’approprie tous autant que nous sommes, une œuvre d’art selon une individualité qui nous est propre, agrémentant humainement la « musique secrète » de Léonard de Vinci qui n’a donc pas révélé tous ses mystères.

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Thomas Tallis (1505-1585) : Salvator mundi. Herbert Howells (1892-1983) : Salvator mundi. Claudio Monteverdi (1567-1643) : Era l’anima mia SV 96 ; Tempro la cetra, SV 117. Jean-Yves Daniel-Lesur (1908-2002) : Le jardin clos. Tomás Luis de Victoria (1548-1611) : Unus ex discipulis meis. Edmund Rubbra (1901-1986) : Amicus meus. Orazio Vecchi (1550-1605) : Daspuò che stabilao. Johan-Sebastian Bach (1685-1750) : The art of fugue n°1 BWV 1080. Clément Janequin (1485-1558) : La guerre. Josquin Desprez (1450-1521) : Agnus Dei. Tomás Luis de Victoria (1548-1611) : Alma Redemptoris mater. Cipriano de Rore (?-1565) : Or che’l ciel e la terra. Adrian Williams : Shaping the invisible. I Fagiolini, direction : Robert Hollingworth. 1 CD The Sixteen Productions. Enregistré à Angel Studios à Londres en septembre 2018. Notice en anglais. Durée : 71:34

Frater Petrus : Ave Maria. Marchetto Cara (1470-1525) : Ave Maria à 4 ; Vergine immaculata ; Ave Maria à 5 ; Gli pur gionto el giorno. Josquin Desprez (1450-1521) : Planxit autem David. Francesco Patavino (1478-1556) : Donne, venete al ballo ; Marchetto cara. Jean L’Héritier (1480-1551) : Ave Mater Matris Dei. Domenico da Piacenza (1390-1470) : Bel fiore. Francesco Spinacino (fl. 1507) : Recercare. Anonyme : Poi che t’hebbi nel core ; Fortuna desperata. Johannes de Pinarol (1467-1536) : Poi che t’hebbi nel core. Heinrich Isaac (1450-1517) : Fortuna desperata / Sancte Petre, ora pro nobis. Jacob Obrecht (1457-1505) : Agnus Dei. Anonyme : Rime, sonetto XVIII – Pétrarque ; Lucrecia pulchra. Hayne van Ghizeghm (1445-1497) : De tous biens playne. Bartolomeo Trombocino (1470-1535) : Non val’ acqua. Michael Pesenti (1475-1521) : L’acqua vale al moi gran foco. Firminus Caron (1460-1475) : Tanto l’afano. Johannes de la Fage (fl. 1520) : Elizabeth Zachariae. Clara Coutuly, soprano. Marnix de Cat, alto. Hugues Primard, ténor. Matthieu le Levreur, baryton. Marc Busnel, basse. Doulce Mémoire, direction : Denis Raisin Dadre. 1 Livret-CD Alpha. Enregistré à l’Abbaye de Noirlac en septembre 2018. Livret en français, allemand et anglais. Durée : 78:05

 
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