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Hans Rosbaud et ses solistes magistraux dans Schumann

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Robert Schumann (1810-1856) : Symphonies n° 1 et 4 ; Ouverture de Jules César op. 128 ; Concerto pour violoncelle et orchestre op. 129 ; Concerto pour violon et orchestre WoO 23 ; Concerto pour piano et orchestre op. 54. Pierre Fournier, violoncelle. Henryk Szeryng, violon. Annie Fischer, piano. Orchestre symphonique de la SWR de Baden-Baden ; direction : Hans Rosbaud. 3 CD SWR Music. Enregistrés entre 1957 et 1961 à Baden-Baden, Studio V. Textes de présentation en allemand et anglais. Durée totale : 2:35:35

 

Le legs discographique de , un grand chef d’orchestre allemand, nous est restitué systématiquement par SWR Music depuis quelques années. Le label publie un triple disque d’enregistrements publics de la musique de .

Hans Rosbaud_Robert Schumann_SWR MusicLa lecture de la Symphonie n° 1 fascine par une enchanteresse mise en valeur de la petite harmonie, que Rosbaud fait sonner avec grâce, distinction, une sorte d’innocence et de naïveté, qui redonnent à cette partition son caractère féerique. Si nous admirons les atmosphères et les couleurs de cette interprétation, nous ne sommes pas totalement convaincus quant à la gestion du mouvement, principalement dans le Scherzo. Molto vivace, où les ralentissements du tempo paraissent exagérés, au point de rendre cette prestation un brin statique. Le charme revient dans le finale, combinant la verve et un sens de la rythmique exemplaire.

L’exécution de la Symphonie n° 4 est de bout en bout séduisante. En raison de la modération du vibrato, l’écoute fait penser à la dégustation d’un délicieux vin sec. Nous y trouvons autant d’énergie (le dernier mouvement est ahurissant de vitalité) que d’acuité et d’agilité, mais surtout la rigueur, ainsi que – un peu à l’encontre de cette dernière particularité – une certaine instantanéité du geste, la souplesse du trait et la fluidité. Toutes ces modalités font de cette prestation un cheval de bataille d’un régiment de cavalerie légère, tel un hussard ailé qui, loin d’envahir par la massivité, assure à l’interprétation la spontanéité, de même que cette intensité dramatique et la cohérence conceptuelle qui renvoient à Furtwängler et à Abendroth (tous les deux monumentaux et dominant la discographie), et qui font cruellement défaut à la lecture récente de John Eliot Gardiner.

Pour l’interprétation du Concerto pour violoncelle et orchestre, on admire chez , le maître de cette partition, et malgré quelques erreurs d’intonation de sa part, la chaleur et l’élégance, sans oublier cette aptitude à faire chanter l’instrument et d’en extraire les accents au plus profond de son âme. Cette fois-ci, nous y remarquons plus de poésie que de zèle, perceptible dans l’exécution donnée, treize ans et demi avant, sous la baguette de Wilhelm Furtwängler. Le dernier mouvement de l’œuvre se voit ici dominé par l’enthousiasme du soliste saisissant par une virtuosité étincelante, quoiqu’un peu plus discrète que celle qui illuminait la prestation flamboyante de Furtwängler, notamment à partir de la cadence (composée par Fournier lui-même), jusqu’à la fin du concerto.

En ce qui concerne la lecture du Concerto pour violon et orchestre par , parue en 2015 sous le label Hänssler Classic (dont les transferts sont moins satisfaisants que ceux de la présente édition), nous y avons affaire aux acrobaties d’un archet lisse comme la glace, mais aussi animé d’un feu de passion. Cet archet brillant, intègre et noble, s’entourant d’une nuée d’harmoniques aussi raffinés que radieux, qui nous fait découvrir l’une des plus splendides interprétations de cette page condamnée initialement à l’oubli par Joseph Joachim, le dédicataire de l’œuvre, et ramenée à la vie seulement dans les années 1930 par Georg Kulenkampff.

Last but not least, évoquons l’exécution concise et marmoréenne du Concerto pour piano et orchestre, baignée dans l’angoisse et l’empressement (les premiers accords de l’orchestre) comme dans la précision et la tendresse du toucher d’. Une autre rencontre au sommet, à thésauriser sans hésitation avec le reste de l’album.

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Robert Schumann (1810-1856) : Symphonies n° 1 et 4 ; Ouverture de Jules César op. 128 ; Concerto pour violoncelle et orchestre op. 129 ; Concerto pour violon et orchestre WoO 23 ; Concerto pour piano et orchestre op. 54. Pierre Fournier, violoncelle. Henryk Szeryng, violon. Annie Fischer, piano. Orchestre symphonique de la SWR de Baden-Baden ; direction : Hans Rosbaud. 3 CD SWR Music. Enregistrés entre 1957 et 1961 à Baden-Baden, Studio V. Textes de présentation en allemand et anglais. Durée totale : 2:35:35

 
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