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Biennale de quatuors à cordes, les stars et les jeunes espoirs

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Paris. Philharmonie de Paris – Cité de la Musique. 16-19-I-2020. 9e Biennale de quatuors à cordes.
16-I-2020
19 h : Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Adagio et Fugue KV. 546 ; Viktor Ullmann (1898-1944) : Quatuor n° 3 ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Quatuor n° 11 op. 95 « Serioso ». Quatuor Dover.
20 h 30 : Joseph Haydn (1732-1808) : Quatuor op. 20 n° 2 ; Jörg Widmann (né en 1973) : 7. Streichquartett (Beethoven-Studie II) ; Beethoven : Quatuor n°13 op. 130/133. Quatuor Artemis.
17-I-2020
19 h : Haydn : Quatuor op.76 n°5 ; Dobrinka Tabakova : The Smile of the Flamboyant Wing ; Felix Mendelssohn (1809-1847) : Quatuor n°6 op. 80. Quatuor Goldmund.
20 h 30 : Pascal Dusapin (né en 1955) : Quatuor n° 4 ; Dmitri Chostakovitch (1906-1975) : Quatuor n° 8 ; Beethoven : Quatuor n° 14, op. 131. Quatuor Danel.
18-I-2020
15 h : Beethoven : Quatuor op. 18 n° 5 ; Deqing Wen (né en 1958) : Lament of the Grassland ; Franz Schubert (1797-1828) : Quatuor n° 14 D. 810 « La Jeune Fille et la Mort ». Quatuor de Shanghai.
17 h : Beethoven : Quatuor op. 18 n° 4 ; Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Quatuor n° 3. Quatuor Modigliani.
20 h 30 : Mozart : Quatuor n° 15 KV. 421 ; Chostakovitch : Quatuor n° 2 ; Beethoven : Quatuor n° 8 op. 59/2. Quatuor de Jérusalem.
19-I-2019
11 h : Haydn : Quatuor op. 33/5 ; Mozart : Quatuor n°21 KV. 575 ; Beethoven : Quatuor n° 12 op. 127. Quatuor Casals.
14 h 30 : Haydn : Quatuor op. 77/2 ; Beethoven : Quatuor à cordes n° 15 op. 132. Quatuor Castalian.
16 h 30 : Beethoven : Quatuor n° 16 op. 135 ; Béla Bartók (1881-1945) : Quatuor n° 3 ; Robert Schumann (1810-1856) : Quintette pour piano et cordes op. 44. Quatuor Hagen ; Kirill Gerstein, piano.

Les idoles ne sont pas infaillibles et la relève est assurée : la grande fête du quatuor à la Philharmonie de Paris livre quelques confirmations et quelques bonnes surprises.


Le public de la musique de chambre est censément vieillissant et en voie de disparition : à voir les salles pleines de beaucoup de ces concerts et l’enthousiasme d’un public où les jeunes (musiciens et simples amateurs) sont nombreux, il faut espérer que ces insupportables clichés finiront bien par disparaître.

Ce n’est pas la première fois que la Biennale de quatuors à cordes programme une intégrale Beethoven, et au moment même où le jouait à la Cité de la Musique une autre intégrale de ses quatuors, sous les doigts du Quatuor Belcea, se déroulait au Théâtre des Champs-Élysées. Il y a bien des manières plus créatives de rendre hommage que la fausse valeur qu’est l’exhaustivité, même pour un corpus exempt de points faibles comme celui-là. Beethoven donc est présent à tous les concerts des quatre derniers jours de cette Biennale 2020, à une exception près. Il est bon que la Biennale ait choisi de consacrer une bonne part des concerts à ceux qui ont influencé l’art de Beethoven en la matière, Haydn et Mozart : quatre quatuors de Haydn en dix concerts, c’est plus que dans la plupart des éditions précédentes de la Biennale.

Beethoven, inspirateurs et disciples

À l’inverse, l’influence considérable de Beethoven sur la musique des générations suivantes n’est guère éclairée par ces programmes. Pour le XXᵉ siècle, Chostakovitch est le mieux représenté : le propose une interprétation pudique et intense du Quatuor n° 8, et le offre un des plus beaux moments de cette biennale avec le Deuxième : ce qui fascine chez ces quatre musiciens est surtout la richesse du dialogue entre ses membres, quatre grands solistes à la voix forte. Leur force n’est pas seulement dans la transparence que cette individualisation des partenaires permet, elle tient plus encore à la densité du discours ainsi atteinte. Le met, quant à lui, le court Troisième Quatuor de au cœur de son concert ; un changement d’altiste en dernière minute ne semble pas affecter les qualités de l’ensemble : une sonorité solide, compacte, aux teintes souvent sombres, qui réussit aussi bien ce quatuor d’Ullmann que l’opus 95 de Beethoven.

Mais comment comprendre l’absence totale de la seconde école de Vienne dans cette programmation ? Comment comprendre l’absence de toute musique d’après 1945 (où sont Nono, Lachenmann, Kurtág ?) ? Il y a bien trois créations au programme de ces concerts, mais elles sont toutes trois purement anecdotiques, la plus satisfaisante restant celle de par le , hommage à Beethoven aussi agréable que peu créatif.

Goldmund et Castalian, place aux jeunes

Pour le XIXᵉ siècle même, Schubert se trouve réduit à une lecture prosaïque et maussade de La jeune fille et la mort par le Quatuor de Shanghai, très loin du niveau habituel de la Biennale, Schumann est présent par le Quintette où le est rejoint par (avec délicatesse et poésie, sans doute, mais beaucoup de prudence et peu de fantaisie), et Brahms est absent ; heureusement, et c’est l’un des meilleurs moments de tous ces concerts, le jeune met le public de l’Amphithéâtre K.O. avec le Sixième Quatuor de Mendelssohn : la fougue et l’énergie sont de belles qualités, mais elles ne servent la musique que quand elles sont servies avec un soin aussi grand de la qualité du son et une extrême précision rythmique : c’est ce que proposent les Goldmund, sélectionnés à très juste titre dans le programme Rising Stars des salles de concerts européennes.


Seul des derniers quatuors à échapper aux grands noms du genre, l’opus 132 échoit au jeune , distingué lui aussi par le programme Rising Stars. Leur concert s’ouvre par le Quatuor op. 76 n° 5 de Haydn : une réelle sensibilité à la forme s’accompagne d’une pointe de rusticité très viennoise. Dans l’opus 132 où on est habitué à plus d’élévation mystique, cette franchise de ton qui donne une impression d’immédiateté et d’urgence peut surprendre, mais elle est diablement convaincante.

Le , lui aussi, allie Beethoven à ses prédécesseurs, Haydn (op. 33 n° 5) et Mozart (KV. 575). Ses choix interprétatifs sont à l’opposé de ceux des Goldmund, mais cette délicatesse rococo, à la façon d’un salon aristocratique où il n’est pas besoin d’élever la voix, a une séduction aussi grande ; la musique semble comme arrachée au silence, et la moindre inflexion de dynamique en prend une force émotionnelle considérable. Peut-être l’opus 127 de Beethoven qui clôt le concert n’est-il pas tout à fait du même niveau, peut-être aurait-il fallu sortir un peu plus de cette délicatesse pour se hisser aux sommets de l’inspiration beethovenienne – les Casals en sont capables.

À côté de ces grands moments, la Biennale livre aussi quelques déceptions. Le , dont la composition n’a cessé de changer ces dernières années, livre un concert qui n’est pas conforme au niveau que cette formation avait atteint dans sa formation initiale : la prudence est de mise, et même si l’opus 130 bénéficie d’un peu plus d’engagement que le quatuor de Haydn qui ouvre le concert, l’ensemble reste maussade, avec une sonorité d’ensemble étonnamment pauvre.

Le fait un choix moins habituel pour accompagner son Beethoven (op. 18 n° 4) avec le Troisième Quatuor de Tchaïkovski. Dès les premières notes de Beethoven, on ne peut qu’être saisi par la beauté du son, mais le charme se dissipe vite. Les musiciens semblent n’avoir d’autre objectif que d’accomplir une fusion la plus complète possible des quatre instruments : la fluidité qui en découle est étonnante, mais c’est au détriment de l’expression, de l’agogique, de la variété des couleurs et de la dynamique. Il en découle une monotonie et un ennui que l’éclat du son ne rend que plus grands.

Le , lui, a de nouveau l’honneur de clôturer le festival, mais le résultat est beaucoup moins convaincant que lors de la dernière édition. Après le très beau concert de 2018, la prudence et la relative neutralité expressive que conserve l’ensemble pendant tout le concert est un peu déconcertante. Tant pis : les promesses de la jeune génération incarnée par les Goldmund ou les Castalian peuvent faire attendre avec confiance la prochaine Biennale.

Crédits photographiques ©  Nikolai Lund () ;Kaupo Kikkas ()

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Paris. Philharmonie de Paris – Cité de la Musique. 16-19-I-2020. 9e Biennale de quatuors à cordes.
16-I-2020
19 h : Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Adagio et Fugue KV. 546 ; Viktor Ullmann (1898-1944) : Quatuor n° 3 ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Quatuor n° 11 op. 95 « Serioso ». Quatuor Dover.
20 h 30 : Joseph Haydn (1732-1808) : Quatuor op. 20 n° 2 ; Jörg Widmann (né en 1973) : 7. Streichquartett (Beethoven-Studie II) ; Beethoven : Quatuor n°13 op. 130/133. Quatuor Artemis.
17-I-2020
19 h : Haydn : Quatuor op.76 n°5 ; Dobrinka Tabakova : The Smile of the Flamboyant Wing ; Felix Mendelssohn (1809-1847) : Quatuor n°6 op. 80. Quatuor Goldmund.
20 h 30 : Pascal Dusapin (né en 1955) : Quatuor n° 4 ; Dmitri Chostakovitch (1906-1975) : Quatuor n° 8 ; Beethoven : Quatuor n° 14, op. 131. Quatuor Danel.
18-I-2020
15 h : Beethoven : Quatuor op. 18 n° 5 ; Deqing Wen (né en 1958) : Lament of the Grassland ; Franz Schubert (1797-1828) : Quatuor n° 14 D. 810 « La Jeune Fille et la Mort ». Quatuor de Shanghai.
17 h : Beethoven : Quatuor op. 18 n° 4 ; Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Quatuor n° 3. Quatuor Modigliani.
20 h 30 : Mozart : Quatuor n° 15 KV. 421 ; Chostakovitch : Quatuor n° 2 ; Beethoven : Quatuor n° 8 op. 59/2. Quatuor de Jérusalem.
19-I-2019
11 h : Haydn : Quatuor op. 33/5 ; Mozart : Quatuor n°21 KV. 575 ; Beethoven : Quatuor n° 12 op. 127. Quatuor Casals.
14 h 30 : Haydn : Quatuor op. 77/2 ; Beethoven : Quatuor à cordes n° 15 op. 132. Quatuor Castalian.
16 h 30 : Beethoven : Quatuor n° 16 op. 135 ; Béla Bartók (1881-1945) : Quatuor n° 3 ; Robert Schumann (1810-1856) : Quintette pour piano et cordes op. 44. Quatuor Hagen ; Kirill Gerstein, piano.

Mots-clefs de cet article
  • antoine martin

    Effectivement bcp de monde et des programmes attractifs ; j’avoue ne pas trop regretter l’absence de la seconde école de Vienne en dh de Berg . On pourrait noter l’absence de Brahms, Janacek et Dvorak mais la littérature pour quatuor est tellement riche !
    Déçu par la médiocre acoustique de la salle de concert alors que l’aphithéatre nous restitue les riches sonorités du quatuor à cordes .
    Dans les 4 concerts auxquels j’ai assisté, 2 très grands moments : le mouvement lent du 2 de Chostakovitch avec un premier violon bouleversant et le concert du quatuor Castalian .
    A dans deux ans !

    • Musicasola

      Je vois que nous sommes d’accord aussi bien sur Jérusalem que sur le merveilleux concert des Castalian ! Je n’ai pas eu de problème particulier avec l’acoustique de la grande salle (et je n’ai pas entendu le bruit blanc qu’on y entendait souvent il y a quelques années), même si je préfère naturellement aussi l’amphithéâtre.
      DA

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