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Le Timbre d’argent de Saint-Saëns enfin au disque

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Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Le Timbre d’argent, drame lyrique en quatre actes sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré. Hélène Guilmette, soprano (Hélène) ; Jodie Devos, soprano (Rosa) ; Edgaras Montvidas, ténor (Conrad) ; Yu Shao, ténor (Bénédict) ; Tassis Christoyannis, baryton (Spiridion) ; Jean-Yves Ravoux, ténor (Patrick) ; Matthieu Chapuis, ténor (un mendiant) ; Chœur de chambre Accentus ; Les Siècles, direction : François-Xavier Roth. 2 CD Bru Zane. Enregistrés au Studio de la Philharmonie de Paris les 26 et 27 juin 2017. Notice de présentation en français et anglais. Durée totale : 2:27:29

 

Distribution de choix pour cet opéra totalement inédit de Saint-Saëns. Toutes les conditions sont réunies pour faire de cette résurrection une réussite incontestable.

Timbre d'argentLe Timbre d’argent est à la fois la première œuvre lyrique de , et paradoxalement la dernière. Composé dans les années 1860, créé en 1877, l’ouvrage ne connut sa version définitive qu’en 1914. C’est précisément cette mouture de l’opéra qui fait l’objet du présent enregistrement. Les passionnants articles que renferme l’élégant livre-disque du label Bru Zane retracent d’ailleurs toute la complexité de la genèse et des multiples avatars d’une œuvre à l’histoire scénique et textuelle particulièrement compliquée, qui explique sans doute l’invraisemblable désaffection dont elle a fait l’objet pendant plus d’un siècle. Car l’opéra, en tant que tel, ne manque pas de beautés et de qualités musicales, autant dans la fluidité d’une forme de discours musical continu que dans la présence de numéros au contour mélodique fortement défini : la chanson napolitaine de Spiridion, l’air d’Hélène « Le bonheur est chose légère » autrefois immortalisé par Ninon Vallin, le ravissant « Demande à l’oiseau qui s’éveille » de Bénédict, sont autant de pièces vocales au lyrisme enivrant, qui risquent bien de rester gravées dans toutes les mémoires. Chœurs, ensembles, pièces orchestrales sont troussées avec maestria, et aucune faiblesse ne vient altérer la qualité générale de l’ensemble. Le fait qu’on compte dans la partition de nombreuses influences de Berlioz, Massenet, Gounod ou même Wagner n’enlève rien au charme de l’ouvrage, bien au contraire. L’intrigue elle-même semble un étrange composite flirtant avec le mythe de Faust et celui de Pygmalion et Galathée. Le fait de confier le personnage central de Fiametta à une danseuse pourrait rappeler également La Muette de Portici d’Auber, un des bienfaiteurs de Saint-Saëns. Par ailleurs, autant par la trame fantastique qui sous-tend l’intrigue que par la présence d’un personnage à métamorphoses – un baryton apparaissant à chaque acte sous les traits d’un nouveau personnage… –, Le Timbre d’argent pourrait tout aussi bien évoquer Les Contes d’Hoffmann, opéra lui aussi dû à la plume des librettistes Barbier et Carré. Nous le redisons, l’oubli dans lequel est tombé cet opéra est inexplicable.

L’enregistrement proposé ici est le reflet des représentations données à l’Opéra-Comique en juin 2017. Nous y étions. Sans doute le studio ne flatte-t-il pas le timbre relativement ingrat du ténor , dont les imperfections liées à la prononciation du français ressortent au disque de manière sans doute plus saillante que dans la salle. L’artiste parvient néanmoins à projeter de son personnage romantique en diable un portrait véritablement torturé, ce qui reste évidemment l’essentiel dans le contexte d’un tel opéra. À ses côtés, le jeune ténor fait valoir dans son rôle de ténor de demi-caractère une diction quasiment exemplaire, au service d’une très fine musicalité. Qualités que partage également le baryton , formidable d’autorité vocale et dramatique dans sa galerie de portraits. Bouquet d’éloges également pour les deux sopranos de la distribution, autant pour le naturel et la spontanéité d’ que pour la fraicheur de timbre de . Quand on aura dit que le chœur n’est autre que l’ensemble , et que l’orchestre est celui des Siècles sous la baguette de son chef attitré , on aura compris que tous les éléments sont réunis pour proposer de cet inédit d’un des plus grands compositeurs français une interprétation absolument idéale. Qu’on se le dise, d’autres opéras de Saint-Saëns sont en attente de leur premier enregistrement mondial.

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Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Le Timbre d’argent, drame lyrique en quatre actes sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré. Hélène Guilmette, soprano (Hélène) ; Jodie Devos, soprano (Rosa) ; Edgaras Montvidas, ténor (Conrad) ; Yu Shao, ténor (Bénédict) ; Tassis Christoyannis, baryton (Spiridion) ; Jean-Yves Ravoux, ténor (Patrick) ; Matthieu Chapuis, ténor (un mendiant) ; Chœur de chambre Accentus ; Les Siècles, direction : François-Xavier Roth. 2 CD Bru Zane. Enregistrés au Studio de la Philharmonie de Paris les 26 et 27 juin 2017. Notice de présentation en français et anglais. Durée totale : 2:27:29

 
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