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L’histoire de la musique allemande compte parmi ses compositeurs divers personnages portant le nom de Praetorius. On fête en 2021 le double anniversaire de la naissance et de la mort du plus célèbre d’entre eux : .

Le nom de Praetorius

Praetorius est un mot latin qui textuellement veut dire Prétoire. Il évoque ainsi la profession de juge. En allemand les noms de famille sont souvent liés à un métier, aussi retrouve-t-on plusieurs compositeurs du nom de Schulze, Schultze, Schultheiss, voire Richter. La plupart adoptèrent la latinisation de leur nom comme ce fut le cas pour les Praetorius. Les musiciens de la dynastie qui ont laissé une trace au travers de compositions musicales ou d’ouvrages sur la musique sont essentiellement au nombre de quatre, trois autres étant répertoriés dans une même grande période allant des années 1530 à 1650.

Les différents Praetorius

Christoph Praetorius (c.1530-1609), né à Bunzlau en Silésie, était cantor à Lünebourg. Outre quelques pièces de musique sacrée, il a laissé notamment à la postérité un ouvrage publié à Ülzen en 1581, Erotemata renovatae musicae, consacré à la théorie musicale et à l’art vocal. Il est à noter qu’il fut l’oncle du célèbre .

Bartholomeus Praetorius (1590-1623), né à Malbork, fit ses études à l’université de Könisberg et fut employé par le roi de Suède. On garde de lui des œuvres vocales et instrumentales comme des Suites de danses.

Les quatre Praetorius suivant furent des musiciens d’église de père en fils ou frère. Jakob Praetorius l’ancien (1520-1586) est né à Magdebourg. Élève de Martin Agricola, il passe sa vie de musicien sur deux orgues à Hambourg. Il publie en 1566 une anthologie riche de plus de 200 pièces intitulée Opus musicum excellens et novum, ainsi qu’un recueil de chorals en 1554. Il est le père de .

(1560-1629), né à Hambourg, étudie la musique avec son père Jakob puis devint organiste à Erfurt avant de rejoindre son père à l’orgue de l’église Saint-Jacques et de lui succéder. C’est en 1596 qu’il se rend à la fameuse rencontre de Gröningen (Halberstadt-Allemagne) rassemblant les plus grands organistes du temps, dont Michael Praetorius et . Influencé par le style vénitien, ses œuvres en portent la marque. il y a quelques évocations des fastes de Saint-Marc en écho aux musiques de Monteverdi et des Gabrieli. Il compose des Messes, Magnificat, et des motets en latin. Ces œuvres sont savantes et comportent de 8 à 20 voix. Parallèlement, il compose de la musique pour orgue en grande quantité, dont un cycle de Magnificat ainsi que des Variations sur divers hymnes de l’église. Il s’agit là d’une musique flamboyante et gorgée de poésie, fluide comme le sera par la suite celle de Heinrich Scheidemann. Hieronymus est le père de Jakob le jeune et de Johan.

Né à Hambourg, (1586-1651) fait ses études auprès de son père et devint organiste de l’église Saint-Pierre. Il fait le voyage à Amsterdam pour suivre les enseignements de Jan Pieterzoon Sweelinck. Jakob le jeune compose des motets de vêpres, des messes, des suites de danses et de nombreux chorals avec variations pour orgue ainsi que des Préludes. Le style bavard de sa musique est proche de son contemporain Heinrich Scheidemann, organiste de l’église Saint-Catherine de Hambourg. Mort à Hambourg en 1651, 2021 représente l’année anniversaire des 370 ans de sa disparition.

(1595-1660) est le frère de Jakob le jeune. On connait de lui un ouvrage, Musicae practicae et arithmeticae generaliora praecepta, publié en 1629. Son œuvre d’orgue conservée comprend des chorals, des hymnes et des variations sur des chansons.

Un double anniversaire pour le plus grand des Praetorius

Michael Praetorius (1571-1621) est né à Creuzburg (Thuringe) le 15 février, il y a 450 ans et mort à Wolfenbüttel (Brunswick) le 15 février, il y a tout juste 400 ans. Il vécut 50 années jour pour jour. La commémoration de ce double anniversaire est l’occasion de se pencher de plus près sur ce compositeur allemand et théoricien de la musique. Il est à noter que Michael Praetorius est issue d’une autre famille que les compositeurs précédemment indiqués, leur nom « latinisé » étant finalement assez courant à l’époque.

Le père de notre musicien est pasteur luthérien, ce qui amene le jeune Michael à faire des études de théologie et de philosophie. La musique occupe une large place dans sa formation et il devient organiste à Francfort-sur-l’Oder dès 1587. Il occupe divers postes de Kappelmeister en tant que Maitre de chapelle, et d’organiste à Lünebourg, puis à la cour de Wolfenbüttel, et à Dresde à partir de 1613 au service du Prince-électeur de Saxe Jean-Georges 1er.

La rencontre de Gröningen en 1596

Le 2 août 1596, cinquante-trois organistes les plus réputés de leur temps sont réunis au château de Gröningen près d’Halberstadt (Saxe-Anhalt), titulaires de tribunes prestigieuses. Ils affluent de toute l’Allemagne pour jouer et surtout expertiser un orgue monumental, nouvellement construit par le facteur David Beck, à la demande du Duc Heinrich Julius de Braunschweig-Lünebourg, dans la chapelle du château, résidence de l’évêché. Nous possédons la liste de ces musiciens et seuls , Hieronymus Praetorius et Michael Praetorius ont laissé des œuvres écrites à la postérité. Cet orgue, l’un des plus beaux d’Allemagne, avait une soixantaine de jeux et si malheureusement sa partie sonore a disparu, on peut encore admirer son somptueux buffet richement ouvragé, transféré plus tard non loin de là, à Halberstadt. L’organiste Jean-Charles Ablitzer œuvre depuis des années pour la résurrection de cet instrument d’exception témoin du passage entre l’époque de la Renaissance et celle du baroque. Lors de ce mémorable rassemblement, on imagine combien passionnantes furent les discussions, les échanges et surtout la musique qui se partagea à ce moment précis. Michael Praetorius illustre au plus haut point la magnificence de ces artistes savants et polyvalents issus de l’art de la Renaissance.

Le Synctagma musicum

Outre ces grandes qualités de compositeur dont nous verrons quelques aspects, Michael Praetorius fut un grand théoricien de la musique. Il publie dès 1619 une vaste encyclopédie en trois volumes, en langues latine et allemande, traitant tour à tour de la musique sacrée, d’organographie (nomenclature très précise des instruments anciens et modernes avec une description particulière des orgues). Ce volume contient une quantité de gravures qui demeure une source très précieuse pour la reconstitution et la restauration d’instruments historiques. Il fut aidé dans sa tâche par son ami, le célèbre facteur d’orgue (1572-1617). Un dernier volume traite de l’art vocal. Cette encyclopédie est à rapprocher de l’Harmonie universelle du père publiée en France en 1637, et plus tard au XVIIIe siècle, L’art du facteur d’orgue de . Tous ces ouvrages sont extrêmement précieux dans la connaissance de l’art musical d’une époque et sont encore largement utilisés de nos jours.

Michael Praetorius, un maitre de la danse

Avant de se pencher sur l’art sacré de cet auteur, il est heureux de saluer sa célébrité grâce également à la musique profane, au travers de son ouvrage Terpsichore musarum publié en 1612 regroupant pas moins de trois cents danses diverses (Passamezzi, Ballets, Gaillarges et Branles) au travers des styles rustiques et des plus savants de la fin de la Renaissance. Ces danses, de 4 à 6 voix montrent un esprit imaginatif et inspiré, générant une grande jubilation. Le fameux Ballet de Terpsichore contribue à la célébrité de son auteur.

Les pièces pour orgue

Michael Praetorius fut un organiste réputé à la chapelle du château de Gröningen, puis à Wolfenbüttel, ville de résidence des ducs de Brunswick où il participa autour de 1620 à la construction d’un grand instrument dans l’église Notre-Dame, encore visible de nos jours. Il collabora aussi avec son ami facteur pour la construction d’un orgue entièrement en bois pour la chapelle du château de Hesse, plus tard transféré dans la chapelle du château de Frederiksborg au Danemark. Un orgue encore visible et jouable de nos jours, conservé dans son état d’origine et l’un des plus adapté à la musique des danses de Praetorius.

Ses compositions d’orgue pour l’église, constituées d’hymnes et de chorals, sont au nombre de dix. Les premières pièces sont traitées assez brièvement autour de thème issu du grégorien. Les chorals, eux, sont très développés sous la forme de Chorals-fantaisie. Il est l’un des premiers compositeurs à paraphraser jusqu’à 15 minutes sur la mélodie d’un choral, ensuite chanté par l’assemblée des fidèles. A titre d’exemple, Christ, unser Herr, zum Jordan kam est un chef d’œuvre d’écriture de 411 mesures, annonçant le « Stylus phantasticus » des maitres du XVIIᵉ siècle tels que Franz Tunder, Vincent Lübeck, Matthias Weckmann, Nikolaus Bruhns et Dietrich Buxtehude.

A propos de l’orgue, Michael Praetorius dit dans son encyclopédie Syntagma musicum :
« Sa sonorité si étrange, douce, subtile et délicate ne saurait en vérité être décrite ».

L’œuvre vocale : une somme colossale

Aux côtés de Hans Leo Hassler (1564-1612), compositeur à Ausbourg, Michael Praetorius est considéré comme l’un des premiers grands musiciens luthériens. Il a composé plus d’un millier de pièces vocales dont certaines font encore partie des mélodies chantées dans les recueils protestants. Il est aussi l’auteur de mélodies populaires dont le Noël Dans une étable obscure qui est l’une de ses compositions les plus connues. Le style de sa musique vocale est largement inspiré par la Renaissance italienne et plus particulièrement l’école vénitienne. Il collabore avec Heinrich Schütz à la cour de Dresde.

Il aime le grand motet à double chœur avec accompagnement de cuivres comme cela se pratiquait à Saint-Marc de Venise avec Giovanni Gabrieli. Parmi ses éditions, on note plusieurs ouvrages transmis à ses élèves dont 16 volumes de Musæ Sioniæ regroupant plus de 1200 motets, 15 volumes de Polyhymnia Caduceatrix et Panegyrica et 9 volumes de Musa Aonia. De nombreuses musiques religieuses et profanes (Motets, chorals et danses) furent transcrites pour le clavier notamment par Johann Woltz en 1617.

Michael Prætorius meurt à Wolfenbüttel, à l’âge exact de 50 ans, le 15 février de l’année 1621. Une partie de sa fortune contribue, après sa mort, à l’édification d’une fondation au profit des pauvres.

Crédits photographiques : Portrait de Michael Praetorius de 1606, image libre de droit ; Portrait de Hieronymus Praetorius, image libre de droit ; Orgue du château de Gröningen © France-orgue

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