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Der Zwerg : Zemlinsky au Panthéon des compositeurs

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Alexander von Zemlinsky (1871-1942) : Der Zwerg (Le Nain), conte tragique en un acte sur un livret de George Klaren, d’après la nouvelle L’Anniversaire de l’Infante d’Oscar Wilde. Mise en scène : Tobias Kratzer. Décors et costumes : Rainer Sellmaier. Lumières : Stefan Woinke. Avec : David Butt Philip, ténor (le Nain) ; Mick Morris Mehnert (rôle muet, le Nain) ; Elena Tsallagova, soprano (Donna Clara) ; Emily Magee, soprano (Ghita) ; Philipp Jekal, baryton (Don Estoban) ; Flurina Stucki, soprano (Première Servante) ; Amber Fasquelle, mezzo-soprano (Deuxième Servante) ; Maiju Vaahtoluoto, contralto (Troisième Servante) ; So Young Park, soprano (Première Fille) ; Kristina Häger, soprano (Deuxième Fille) ; Chœur du Deutsche Oper (chef de chœur : Jeremy Bines) ; Orchestre du Deutsche Oper Berlin ; direction : Donald Runnicles. 1 DVD Naxos. Filmé au Deutsche Oper les 27 et 30 mars 2019. Sous-titres : allemand, anglais, français, japonais, coréen. Notice bilingue (anglais/allemand). Durée : 95:00

 

Le temps de Zemlinsky serait-il venu ? Avec Le Nain (1922), , en avocat d’une cause encore à défendre, a brillamment répondu avec cette production captée en 2019 au Deutsche Oper Berlin. 

« …ce qu’il y a de plus comique, une caricature, – petit, sans menton, les yeux protubérants » : ainsi la future Madame Mahler décrit-elle , avant de devenir son élève puis son amante. Le compositeur ne se remettra jamais de cette passion de quelques mois avec Alma Schindler, condamnée par la suite à hanter la plupart de ses œuvres. Au premier chef, ce Nain providentiel, adapté, par Georg Klaren de L’Anniversaire de l’Infante d’Oscar Wilde, conte « pour enfants » sur la différence et la beauté, qui offrait à Zemlinsky tous les éléments nécessaires à la matérialisation de son désir de composer sur « la tragédie de l’homme laid ».

Tout cela innerve la lecture de : la radiographie d’une passion amoureuse au sein d’une société inconséquente Le metteur en scène introduit cet intense opéra d’1h30 par un Prologue confié à Schoenberg, premier défenseur de la cause Zemlinskyenne.

Dans un intérieur cossu, deux pianistes jouent à la fois sa brève Musique d’accompagnement pour une scène cinématographique et la relation tumultueuse Alexander/Alma. La toilette rouge de la jeune femme est l’unique touche de couleur d’un décor minutieusement tracé à la pointe sèche du cinéma muet. Le rideau retombe dix minutes plus loin sur cette pièce troublante dont le sous-titre (imminence du danger-peur-catastrophe) sonne déjà le tocsin du drame à venir.

D’Alma à l’Infante, du compositeur de 1,56m au Nain, il n’y a qu’un pas. L’amoureuse insaisissable se décèle dans l’Infante insouciante jouant avec le cadeau le plus intrigant de sa fête-anniversaire : un nain chanteur que Tobias Kratzer imagine en compositeur chargé de la bande-son des réjouissances (on comprend, à la rébellion des instrumentistes, que cette musique, à l’instar de celle, en son temps, de Zemlinsky, ne fait pas l’unanimité). Pour accentuer la force virtuose de cette mise en abyme, le metteur en scène a l’idée audacieuse d’inviter au premier plan un véritable nain (Mick Morris Mehnert, bouleversant) d’abord doublé en bord de scène, comme il arrive parfois lorsqu’un chanteur est malade, par un véritable ténor (, brûlant). Kratzer joue jusqu’au vertige de tous les allers et retours possibles entre les deux hommes, de l’image intérieure à l’image renvoyée (sujet d’actualité pour tous), jusqu’à la brutalité de la révélation finale surgie d’un immense miroir noir descendu des cintres pour masquer le décor jusqu’alors éblouissant de blancheur d’une salle de concert moderne avec buffet d’orgue et bustes de compositeurs. Le blanc chez Kratzer mériterait déjà une étude (sa Force du destin à Francfort) tout comme cette propension à briser les instruments de musique (son impressionnant Guillaume Tell à Lyon) en mise en garde d’une victoire de l’obscurantisme sur la Culture.

Le chœur caricature à l’envi cette société se séparant de son téléphone sous la seule contrainte, se souciant de la musique comme d’une guigne. Dans le sillage de James Conlon (autre soutien majeur), impose l’éclat luxuriant d’un style longtemps toisé. Egarée avec sa gomme à mâcher et son ballon mauve entre deux hommes qui n’en sont qu’un, la caméléonesque (Mélisande, Calisto,…) incarne jusqu’au bout les écervelées, même pas ébranlée lorsqu’elle constate que son « jouet est cassé ». D’un panier grouillant de superficialité bête et méchante (trois horripilantes servantes croquées jusqu’au ridicule, parfaitement distribuées), s’extirpe la Ghita d’, Dame de compagnie sommée de faire le « sale boulot » et seule autorisée à une part d’humanité. Le Majordome de ne démérite pas davantage face à une partition exigeante pour tous. C’est à lui, après l’avoir ouvert, que revient le privilège de conclure l’opéra, en venant apposer, sur le puissant dernier accord, le point final de ce spectacle choc : le buste d’un nouveau compositeur nommé .

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Alexander von Zemlinsky (1871-1942) : Der Zwerg (Le Nain), conte tragique en un acte sur un livret de George Klaren, d’après la nouvelle L’Anniversaire de l’Infante d’Oscar Wilde. Mise en scène : Tobias Kratzer. Décors et costumes : Rainer Sellmaier. Lumières : Stefan Woinke. Avec : David Butt Philip, ténor (le Nain) ; Mick Morris Mehnert (rôle muet, le Nain) ; Elena Tsallagova, soprano (Donna Clara) ; Emily Magee, soprano (Ghita) ; Philipp Jekal, baryton (Don Estoban) ; Flurina Stucki, soprano (Première Servante) ; Amber Fasquelle, mezzo-soprano (Deuxième Servante) ; Maiju Vaahtoluoto, contralto (Troisième Servante) ; So Young Park, soprano (Première Fille) ; Kristina Häger, soprano (Deuxième Fille) ; Chœur du Deutsche Oper (chef de chœur : Jeremy Bines) ; Orchestre du Deutsche Oper Berlin ; direction : Donald Runnicles. 1 DVD Naxos. Filmé au Deutsche Oper les 27 et 30 mars 2019. Sous-titres : allemand, anglais, français, japonais, coréen. Notice bilingue (anglais/allemand). Durée : 95:00

 
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