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Ô mon bel inconnu de Hahn et Guitry enfin au disque

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Reynaldo Hahn (1874-1947) : Ô mon bel inconnu, comédie musicale en trois actes sur un livret de Sacha Guitry. Véronique Gens, soprano (Antoinette) ; Olivia Doray, soprano (Marie-Anne) ; Éléonore Pancrazi (Félicie) ; Thomas Dolié, baryton (Prosper Aubertin) ; Yoann Dubruque, baryton (Claude) ; Carl Ghazarossian, ténor (Jean-Paul / Hilarion Lallumette) ; Jean-Christophe Lanièce, baryton (M. Victor / Un Garçon de magasin) ; Orchestre national Avignon-Provence, direction : Samuel Jean. 1 CD Bru Zane. Enregistré à l’Auditorium Grand Avignon Le Pontet en septembre 2019. Notice de présentation en français et anglais. Durée : 60:49

 

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Petit chef-d’œuvre situé entre l’opérette et la comédie musicale, Ô mon bel inconnu de et Sacha Guitry recrée toute la légèreté des années folles, tout en confortant les bonnes valeurs bourgeoises de son époque. À découvrir absolument.

Qui connaissait encore l’histoire du « bel inconnu » Prosper Aubertin, chapelier de son état qui, pour mettre un peu de piment dans sa vie sentimentale, fait passer la petite annonce qui va lui permettre à la fois de redécouvrir sa femme, de marier sa fille et de se débarrasser de sa bonne ? Les amoureux de la comédie musicale française des années 1920-30, soucieux de se familiariser avec ce petit bijou de , devaient jusqu’à présent se contenter de quelques vieilles gravures d’époque. Simone Simon, Guy Ferrant et même Arletty ont en effet pu graver des extraits de l’œuvre qu’ils avaient créée en 1933, la dernière se payant même le luxe de chanter le duo Félicie/M. Victor « Qu’est-ce qu’il faut pour être heureux ? » en compagnie du compositeur en personne. Tout un style, toute une époque ! Plus récemment, Felicity Lott, Susan Graham et Julie Fuchs (chez DG) nous ont également régalés dans différents récitals discographiques de quelques extraits – « C’est très vilain d’être infidèle », le trio « Ô mon bel inconnu » – qui n’ont fait, depuis, qu’attiser notre curiosité.

L’œuvre, à cheval entre l’opérette à la française et la comédie musicale à l’anglo-saxonne, pourra peut-être déconcerter certains par son étrange hybridité. Le langage relativement leste de la pièce de Guitry (on y entend des vocables ou expressions comme « gueuler », « s’engueuler », « je m’en fous », sans compter quelques allusions franchement grivoises) n’est assurément pas familier de nos scènes lyriques et relève davantage du théâtre de boulevard. Le subtil mélange de chanté et de parlé qui caractérise la mise en musique de Hahn, pour fascinant qu’il est, risque également de désarçonner les auditeurs férus d’opérette traditionnelle qui pourraient s’attendre à des traits mélodiques plus dessinés.

Et pourtant quel régal ! Le livret de Guitry, spirituel en diable, brille par la fraîcheur et le comique de son sujet, mais également par la structure habile de son intrigue, sans oublier les nombreux jeux de mots ou autres jolies trouvailles langagières ; le duo de l’ABC – immortalisé au disque par ses créateurs – n’en est qu’un exemple. Dommage que seul le texte écrit de la pièce soit fourni, et qu’il ne soit pas possible d’entendre un aussi brillant dialogue. À quand une mise en scène et une captation DVD ? La musique de Hahn sait quand il le faut trouver des mélodies envoûtantes, notamment pour les parties orchestrales, savamment et subtilement instrumentées.

Les chanteurs réunis autour de cet enregistrement savent tous rendre justice à la fois au texte et à la musique. Peu étonnant d’ailleurs que certains, et en tête, soient également spécialistes de musique baroque française. Ils sont en tout cas exemplaires dans leur incarnation du couple Aubertin. Dolié sait trouver dans son rôle de père de famille excédé et irascible des accents à la fois tendres et menaçants, et Gens apporte à son personnage tout le mélange de légèreté et de gravité qui convient. Le timbre de la jeune soprano possède quelques accointances avec celui de Gens, ce qui est tout à fait bienvenu pour incarner le personnage de Marie-Anne, la fille du couple. Sans chercher à imiter la gouaille d’Arletty, trouve elle aussi les couleurs qui conviennent au personnage de la bonne, Félicie. Chez les jeunes et moins jeunes soupirants (Claude, Jean-Paul, M. Victor), on appréciera le subtil dosage de parlé et chanté, ainsi que les qualités de diction des chanteurs , et , tous impayables dans le rôle qui leur est dévolu.

Très belle prestation de l’Orchestre National Avignon-Provence, placé sous la baguette experte de , pour qui l’opérette et la comédie musicale n’ont plus de secrets. Et un grand bravo pour l’exceptionnelle qualité des livres-disques du label Bru Zane, lesquels ajoutent au plaisir de l’écoute celui de la lecture.

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Reynaldo Hahn (1874-1947) : Ô mon bel inconnu, comédie musicale en trois actes sur un livret de Sacha Guitry. Véronique Gens, soprano (Antoinette) ; Olivia Doray, soprano (Marie-Anne) ; Éléonore Pancrazi (Félicie) ; Thomas Dolié, baryton (Prosper Aubertin) ; Yoann Dubruque, baryton (Claude) ; Carl Ghazarossian, ténor (Jean-Paul / Hilarion Lallumette) ; Jean-Christophe Lanièce, baryton (M. Victor / Un Garçon de magasin) ; Orchestre national Avignon-Provence, direction : Samuel Jean. 1 CD Bru Zane. Enregistré à l’Auditorium Grand Avignon Le Pontet en septembre 2019. Notice de présentation en français et anglais. Durée : 60:49

 
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