Livestream, Musique d'ensemble

Sous le signe de la terre avec l’Ensemble Intercontemporain

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Paris. Cité de la Musique-Philharmonie. Grande salle Pierre Boulez. 31-III-2021. Olga Neuwirth (née en 1968) : coronAtion II : Naufraghi del mondo che hanno ancora un cuore – cinque isole della fatica, pour flûte, clarinette, piano, violon et alto ; Aureliano Cattaneo (né en 1974) : Deserti pour ensemble ; Stefano Gervasoni (né en 1962) : Eufaunique, version intégrale pour ensemble. Musiciens de l’Ensemble Intercontemporain : Sophie Cherrier, flûte, Martin Adámek, clarinette, Dimitri Vassilakis, piano, Hae-Sun Kang, violon, John Stulz, alto. Direction : Matthias Pintscher
Concert sans public diffusé sur le site Philharmonie Live

Deuxième volet d’un diptyque « écologique » proposé par l’, le concert intitulé « La terre, ensemble » cerne de plus près la situation pandémique et les bouleversements de notre monde. Les trois œuvres à l’affiche s’en font l’écho dont la bien nommée coronAtion II d’.


CoronAtion
est un nouveau cycle conçu par la compositrice au sortir du premier confinement. Il compte déjà trois pièces dont nous entendons la deuxième en création française : Naufraghi del mondo che hanno ancora un cuore – cinque isole della fatica (Naufragés du monde qui ont encore un cœur – cinq îles de labeur). Reprenant l’image de l’archipel (on se souvient de ses « Encantadas » de 2015), avec en tête le projet d’un court scénario, Neuwirth conçoit une mise en espace du dispositif instrumental (valorisée par un système de tubes lumineux au sol) où le piano est au centre du plateau, « comme un navire échoué », indique la compositrice ; les quatre autres solistes (violon, alto, clarinette et flûte) sont répartis dans la salle et éloignés les uns des autres dans le strict respect des « mesures barrière ». Ils sont, nous dit Neuwirth, comme « un archipel de résonance à distance », dans l’impossibilité, malgré l’énergie déployée dans des solos éruptifs, d’établir la communication. Ils vont alors se rapprocher et converger lentement vers le piano… et dans l’euphorie des retrouvailles, amorcer un tango aussi frénétique qu’improbable. Il faut préciser que la pièce a été commandée par Daniel Barenboim !


Deserti
pour ensemble d’ est une œuvre forte portée par un imaginaire hors norme. Le titre fait référence à un madrigal de Luca Marenzio, lui-même inspiré d’un vers de Pétrarque : solo e pensoso i piu deserti campi (« Seul, pensif, j’arpente les champs déserts »). Des pages éruptives et pulsées qui sollicitent le ressort de la percussion résonnante alternent avec des instants plus statiques sondant les profondeurs et la richesse du spectre sonore : du chaos aux étoiles, pourrait-on dire pour paraphraser Messiaen et du son pur à la distorsion pour rendre compte d’une écriture risquée et microtonale qui ménage en son centre un superbe solo de contrebasse écrit sur mesure pour l’intrépide Nicolas Crosse. La beauté formelle de l’œuvre n’a d’égale que l’incandescence des sonorités que prodiguent nos musiciens sous le geste habité de .

Eufaunique de , programmé dans sa version intégrale, est le sixième volet du projet Genesis (les sept jours de la création) lancé en 2017 pour célébrer les quarante ans de l’EIC. Au presto, qui correspond à la séparation des êtres humains et des animaux en une cohabitation joyeuse et harmonieuse, le compositeur a ajouté un largo desolato, vision plutôt pessimiste d’un « paradis perdu » où l’homme est devenu chasseur et dominateur : le registre est clair et la matière vibratile dans une première partie joueuse et imprévisible, dominée par le hauthois « pastoral ». Il devient « oboe da caccia » (emblème du chasseur), tirant vers le grave de son registre, dans le largo desolato troué de silences inquiétants et de mouvements rotatoires non moins rassurants. Les couleurs, l’espace poétique déployé et l’imaginaire sonore éblouissent dans ces pages somptueuses superbement restituées par les musiciens pour qui l’œuvre a été écrite.

Crédit photographique : © EIC / Luc Hossepied

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Paris. Cité de la Musique-Philharmonie. Grande salle Pierre Boulez. 31-III-2021. Olga Neuwirth (née en 1968) : coronAtion II : Naufraghi del mondo che hanno ancora un cuore – cinque isole della fatica, pour flûte, clarinette, piano, violon et alto ; Aureliano Cattaneo (né en 1974) : Deserti pour ensemble ; Stefano Gervasoni (né en 1962) : Eufaunique, version intégrale pour ensemble. Musiciens de l’Ensemble Intercontemporain : Sophie Cherrier, flûte, Martin Adámek, clarinette, Dimitri Vassilakis, piano, Hae-Sun Kang, violon, John Stulz, alto. Direction : Matthias Pintscher
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