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Philippe Jaroussky dirige l’ensemble Artaserse dans un oratorio d’Alessandro Scarlatti

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Montpellier. Opéra Berlioz/Le Corum. 25-V-2021. Alessandro Scarlatti (1660-1725) : Il primo omicidio, oratorio en deux parties. Bruno de Sa, Abel ; Filippo Mineccia, Caïn ; Inga Kalna, Eve ; Kresimir Spicer, Adam ; Yannis François, Lucifer ; Paul-Antoine Bénost-Djian, la voix de Dieu. Ensemble Artaserse, direction : Philippe Jaroussky

Le contre-ténor passe à la baguette pour diriger à Montpellier Il primo omicidio, oratorio en deux parties d’. L’, qu’il a co-fondé en 2002, lui donne ainsi l’occasion de passer de l’autre côté du miroir.

Créé à Venise en 1707, cet oratorio fait appel à un effectif de six solistes pour raconter un des évènements les plus dramatiques de l’histoire biblique : l’affrontement entre Caïn et Abel, les deux fils d’Adam et Eve. On a là l’argument idéal pour un drame religieux en musique, généralement représenté dans les palais romains ou vénitiens. On se souvient de la tentative de transposition théâtrale qu’en a faite Romeo Castellucci sous la direction de René Jacobs au Palais Garnier en 2019. L’écriture musicale de Scarlatti Père dépeint avec réalisme le caractère de chaque personnage : Adam est triste et résigné, Eve empreinte de douceur maternelle, Caïn est agressif et tourmenté, le berger Abel est naïf et angélique. Quant à Dieu et Lucifer, leurs voix se manifestent aux hommes sous des attributs musicaux attendus, majestueuse pour l’une et redoutable pour l’autre.

Pour ce premier projet en tant que chef d’orchestre, Philippe Jaroussky a réuni une distribution vocale somptueuse, mêlant jeunes talents et chanteurs plus confirmés. Dans le rôle d’Adam, le ténor Kresimir Spicer nous offre une projection vocale exemplaire et habitée. La soprano Inga Kalna, dans le rôle d’Eve, est particulièrement émouvante dans les pianissimi. Entendu à Gaveau la semaine dernière, l’impressionnant sopraniste aux aigus très sûrs, donne à Abel une puissance sensible et de superbes nuances . Le contre-ténor est magnifique de complexité tourmentée dans le rôle de Caïn, accompagné par le basson pour souligner la noirceur de son âme. La voix de Dieu, interprétée par le jeune contre-ténor Paul-Antoine Bénos-Djian, fait preuve d’une belle présence. Seul le baryton Yannis François manque un peu de puissance dans le rôle de Lucifer, que l’on attendrait plus terrifiant. Après le duo entre Caïn et Abel qui conclut la première partie, la deuxième partie nous offre des airs admirables. Abel, tout en délicatesse, délivre d’incroyables notes tenues dans l’aigu. Puis vient le coup fatal porté par Caïn, suivi de la colère de Dieu, accompagnée par l’orgue qui se fait concertant au dessus des cordes. L’air de repentir de Caïn est l’occasion de pianissimi remarquables. Après l’annonce de la rédemption à venir, l’œuvre s’achève sur un duo joyeux entre Adam et Eve, qui célèbre le salut de l’humanité.

L’orchestre, aux pupitres de cordes étoffés, offre une très riche palette de couleurs. La symphonie d’introduction, menée par l’excellent premier violon de , prend la forme d’un concerto pour violon. Les accents guerriers qui accompagnent l’arrivée de Lucifer sont particulièrement bien rendus, et l’accompagnement col legno impressionne. On se rappellera que le violon est l’autre instrument de Philippe Jaroussky. Le continuo est lui aussi remarquable, avec une mention spéciale pour le théorbe de Michele Pasotti qui fait preuve d’une belle présence dans l’accompagnement des récitatifs. Sous la direction sensible de Philippe Jaroussky, l’orchestre chante et se transcende.

Un seul petit regret pour cette soirée exceptionnelle de reprise des spectacles à Montpellier : l’absence des sur-titrages. On a beau connaître l’histoire, et malgré l’excellente diction des chanteurs, une traduction en français eut été la bienvenue. Signalons qu’une captation de cette production (dans une distribution quelque peu différente) a été réalisée sans public en mars dernier à l’Opéra-Comédie et sera diffusée sur la chaine Mezzo à partir du 27 mai.

Crédits photographiques : © Marc Ginot

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Montpellier. Opéra Berlioz/Le Corum. 25-V-2021. Alessandro Scarlatti (1660-1725) : Il primo omicidio, oratorio en deux parties. Bruno de Sa, Abel ; Filippo Mineccia, Caïn ; Inga Kalna, Eve ; Kresimir Spicer, Adam ; Yannis François, Lucifer ; Paul-Antoine Bénost-Djian, la voix de Dieu. Ensemble Artaserse, direction : Philippe Jaroussky

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