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Le Saint-Saëns berliozien de François-Xavier Roth ouvre le Festival de Besançon

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Besançon. Théâtre Ledoux. 11-IX-2021. Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Phaëton. Concerto pour violoncelle n° 2. Symphonie n° 3 « avec orgue ». Victor-Julien Laferrière, violoncelle. Les Siècles, direction : François-Xavier Roth

Après l’édition limitée de 2020, l’aïeul des festivals français revient vers ses fondamentaux : les grands concerts d’orchestre. 2021, centenaire de la mort de , permet à de dévoiler la modernité du compositeur.


La veille, Jean-François Verdier, à la tête de son Orchestre Victor Hugo avait proposé quelques Planètes de Holst (plus inspiré par la guerre de Mars que par la paix de Vénus), de conséquents extraits de la remarquable Symphonie « Bleu » de Guillaume Saint-James (que la phalange devait créer en avril 2020) mais il avait lancé les festivités du traditionnel concert gratuit d’ouverture (intitulé cette année Planète Bleue) donné en plein air sous la Citadelle, avec la séduisante Princesse jaune de  et la Rêverie du soir de sa Suite algérienne : une judicieuse bande-annonce du concert des Siècles.

Il est des opéras, des concerts qui peuvent changer les idées reçues. L’académisme supposé de Saint-Saëns, compositeur à cheval sur deux siècles, risque de voler enfin en éclats. Un objectif (Saint-Saëns 2021) que la lecture sur « instruments historiques appropriés » des Siècles pose dès Phaëton, le deuxième des quatre poèmes symphoniques du compositeur. S’adaptant aux dispositions de la création au Théâtre du Châtelet en 1873 par Saint-Saëns lui-même, qui le dirigera également en 1913 pour l’inauguration du Théâtre des Champs-Élysées (au côté de Debussy qui dirigeait La Mer), tapi au cœur d’une houle de cordes immersives (avec violoncelles et altos enserrés par des violons occupant jardin et cour), le chef peut déployer la toile de son interprétation arachnéenne : des cuivres abrasifs, une harpe parfaitement audible, une petite harmonie d’une volubilité toute berliozienne. Les neuf minutes flamboyantes de Phaëton saluent le parcours incandescent du Fils du Soleil comme la modernité d’une partition qui ne cesse d’avancer.

Une modernité confirmée par l’interprétation brûlante et haletante de du très difficile Concerto pour violoncelle n° 2. Vingt minutes d’une ahurissante densité, véritable réserve de chausse-trappes. Rien ne semble cependant devoir arrêter la jeunesse en marche, ni les échappées abruptes vers la justesse périlleuse de la corde aiguë, ni la densité bouillonnante du discours. Une maîtrise qui pourrait presque paraître surhumaine si elle n’était pas totalement habitée, comme le bis en solo sous le regard de : il s’agit forcément d’un extrait d’une Suite de Bach (la n° 4), même si la sonorité de viole de gambe qui sourd de l’instrument, lui aussi « approprié historiquement », évoque étonnamment le son et l’âme d’un Marin Marais ou d’un Sainte-Colombe.


Moulinets volatiles de mains semblant toujours vouloir s’échapper d’un corps tenté par l’échappée belle, surlignages soudains autant que galvanisants des grands effets, la direction nerveuse de François-Xavier Roth semble vouloir faire des quatre mouvements soudés deux par deux de la tant aimée Symphonie n° 3, le pendant de la Symphonie Fantastique du grand Hector (dont Roth vient de magnifier Les Troyens au cours d’un concert historique qui n’a même pas été enregistré). La Symphonie « avec orgue » est forcément une affaire de famille qui remet sur le métier, après l’enregistrement de 2010, les doigts de Daniel Roth : au cœur du premier mouvement, le fils se penche vers le père, rejouant à l’envers le passage de relais de l’enfance. L’orgie de couleurs, très analytique, du Finale, pas très éloignée de certain Songe d’une nuit de sabbat, compense la relative frustration ressentie dans le Théâtre Ledoux qui n’offre qu’une spatialisation limitée à l’ampleur des tuyaux de l’orgue.

concluent avec la Bacchanale de Samson et Dalila : la température monte encore d’un cran avec la prophétie d’une certaine Salomé straussienne envoyée par cette feria orchestrale pour tous les pupitres d’une phalange dont le chef, en plus de révéler une nouvelle fois, comme il l’a montré récemment avec Le Timbre d’argent, sa parfaite adéquation au compositeur français, aura, en une soirée, émis le plus troublant des doutes : et si Camille Saint-Saëns était l’héritier caché d’Hector Berlioz ?

Crédits photographiques © Yves Petit

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Besançon. Théâtre Ledoux. 11-IX-2021. Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Phaëton. Concerto pour violoncelle n° 2. Symphonie n° 3 « avec orgue ». Victor-Julien Laferrière, violoncelle. Les Siècles, direction : François-Xavier Roth

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