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Un Trouvère futuriste à l’Opéra de Rouen

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Rouen. Théâtre des Arts. 24-IX-2021. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Il Trovatore, opéra en quatre actes (1853) sur un livret de Salvatore Cammarano d’après Antonio Garcia Guttiérez. Mise en scène, scénographie, costumes : Jean-Philippe Clarac et Olivier Deloeuil/ Le Lab. Lumières : Christophe Pitoiset. Vidéo : Benjamin Juhel, Julien Roques, Timothé Buisson. Avec : Lionel Lhote, le Comte. Jennifer Rowley, Leonora. Sylvie Brunet-Grupposo, Azucena. Yvan Gyngazov. Manrico. Grigory Shkarupa, Ferrando. Aliénor Feix, Inès. Lancelot Lamotte, Riuz. Chœur Accentus. Orchestre de l’Opéra Rouen-Normandie, direction : Pierre Bleuse.

L’Opéra de Rouen-Normandie ouvre sa saison avec Le Trouvère de dans la mise en scène futuriste de Clarac-Deloeuil centrée sur le thème de la vengeance et sur la défense de la condition féminine au travers des personnages de Leonora et d’Azucena. Une relecture originale transposant l’action dans une dystopie rouennaise des années 2050.

On sait les incohérences abracadabrantesques du livret de Salvatore Cammaro, aussi accueille-t-on avec un grand plaisir, cette nouvelle production du Trouvère qui a pour le moins le mérite d’apporter un minimum de sens et de consistance au livret en recentrant l’action sur le personnage d’Azucena : figure emblématique de la sorcière transgressive incitant à la rébellion, image en creux d’une féminité idéale et inaccessible représentée par Leonora. Foin du Moyen-âge et de ses querelles de clan sur fond de vol d’enfant, la transposition temporelle replace l’action vers 2050, dans une dystopie rouennaise assez proche et inquiétante, hélas du domaine du possible : un redoutable Data Center stocke et contrôle la mémoire féminine afin d’asseoir son pouvoir totalitaire contre lequel s’élèvent, dans une lutte sans merci dont les femmes sont les premières victimes, le Trouvère devenu hacker, aidé d’une sorcière féministe, digne représentante des Witch Blocs, symbolisant aujourd’hui la vengeance des femmes humiliées par la société des hommes !

Virtuose et haute en couleurs la mise en scène s’appuie sur une scénographie, des costumes et des vidéos à l’avenant qui utilisent de nombreux effets spéciaux dans un remake de Matrix : néons blafards, écrans multiples, technologie de pointe, masques des Anonymous et jolis costumes. La vidéo omniprésente, sert à la fois de support narratif avec ses flash-backs tout en renforçant la scénographie par de superbes images évoquant la ville de Rouen (Aître Saint-Maclou, Métropole, cimetière, Kindarena…). La direction d’acteur est tirée au cordeau, parfaitement convaincante et l’engagement scénique des chanteurs jamais mis en défaut.

La distribution vocale souffre en revanche de quelques réserves du fait de son inhomogénéité. Si tire facilement son épingle du jeu dans le rôle du Comte de Luna avec son baryton verdi typique, le ténor Yvan Gyngazov campe un Manrico qui manque de couleurs et de nuances vocales (trop de forte, aigus un peu forcés). Plus décevante / Azucena) voit ses capacités vocales altérées par la patine des ans tout en conservant un joli médium, tandis que (Leonora) a son chant constamment entaché par un vibrato mal contenu. en Ferrando et en Inès ne déméritent pas. Le reste fidèle à sa réputation d’excellence.

Dans la fosse, pour son premier Trouvère peine parfois à trouver les équilibres avec les chanteurs, comme avec les pupitres, par une direction souvent un peu trop vaillante et manquant de nuances. L’, comme à son habitude rend justice à la magnifique musique de Verdi

Crédit photographique : © Marion Kerno

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Rouen. Théâtre des Arts. 24-IX-2021. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Il Trovatore, opéra en quatre actes (1853) sur un livret de Salvatore Cammarano d’après Antonio Garcia Guttiérez. Mise en scène, scénographie, costumes : Jean-Philippe Clarac et Olivier Deloeuil/ Le Lab. Lumières : Christophe Pitoiset. Vidéo : Benjamin Juhel, Julien Roques, Timothé Buisson. Avec : Lionel Lhote, le Comte. Jennifer Rowley, Leonora. Sylvie Brunet-Grupposo, Azucena. Yvan Gyngazov. Manrico. Grigory Shkarupa, Ferrando. Aliénor Feix, Inès. Lancelot Lamotte, Riuz. Chœur Accentus. Orchestre de l’Opéra Rouen-Normandie, direction : Pierre Bleuse.

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