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Melanie Diener chante et enchante les Wesendonck Lieder à Strasbourg

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Strasbourg. Palais de la musique et des Congrès. 7-X-2021. Richard Wagner (1813-1883) : Siegfried Idyll, Wesendonck Lieder. Rodion Chtchedrine (né en 1932) : Carmen Suite. Orchestre Philharmonique de Strasbourg, Mélanie Diener (soprano), direction Claus Peter Flor

Dans un programme étrangement composé, l’ brille de ses plus beaux feux wagnériens en accompagnant une superlative.

Le début du concert, entièrement consacré à Wagner, est d’une grande cohérence. La Siegfried- Idyll, dans sa version pour grand orchestre à cordes, permet aux cordes magnifiques de l’OPS de s’étirer et de s’épanouir dans un son splendide, subtilement rehaussé par les interventions de quelques vents. L’orchestre de Strasbourg est évidemment à son affaire dans le grand romantisme allemand, qui est le socle de son répertoire, mais le lyrisme tendre et maitrisé de , ainsi que sa battue claire, contribuent fortement à la sérénité et au bonheur de cette interprétation.

Le sommet de la soirée était attendu dans les Wesendonck Lieder avec , et il est à une altitude très élevée. Après 25 ans d’une carrière intelligemment menée, la soprano – désormais wagnérienne – est apparue dans une santé vocale éblouissante. Tout est admirable chez elle : les aigus éclatants, les phrases longues en pianissimi susurrés, et le timbre à la fois magnétique et marmoréen qui rappelle celui d’Astrid Varnay. Son allemand est parfaitement intelligible, mais le plus impressionnant est sans doute sa capacité à ombrer ou à colorer ce timbre de voix, en fonction des climats des différents poèmes. Il peut être solaire dans Traüme sur les mots « hehre Strahlen » (rayons sublimes), mais dans le désespéré Im Treibhaus, elle réussit à faire couler les larmes dans le son même de sa voix, ce qui est une performance vocale et émotionnelle rare. Soutenue par un écrin orchestral luxueux et par un chef attentif aux moindres détails, Melanie Diener porte ces Lieder à l’acmé de leur expression poétique.

Après cette première partie wagnérienne totalement réussie, la Symphonie n° 2 de Mahler initialement programmée aurait eu toute sa place. Mais pour des raisons sanitaires (effectifs réduits de l’orchestre), le choix s’est porté sur , avec une Carmen Suite qui est une découverte pour une grande partie du public. Il s’agit d’une sorte de pot-pourri des nombreux thèmes de la Carmen de Bizet, arrangé en 1967 pour orchestre à cordes, timbales et divers groupes de percussions. S’agit-il d’un exercice de style cher aux autorités soviétiques de rendre la musique populaire et accessible? Le résultat, en tout cas, est très convaincant. Shchedrin nous propose des sons d’une variété et d’une richesse étonnantes, et les thèmes de Carmen n’en apparaissent que plus beaux. Selon les différentes parties de la suite, les citations sont enjouées, parfois même drolatiques, ou intensément tragiques. Une page très rafraichissante, où l’OPS, décidément en très grande forme, montre sa virtuosité et la palette très riche de ses couleurs sous la baguette de , toujours précis et enthousiaste. On peut se demander quel lien il y a entre Wagner et Chtchedrine et quelle est l’unité thématique de ce programme, mais peu importe : c’est un concert très réussi et passionnant de bout en bout.

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Strasbourg. Palais de la musique et des Congrès. 7-X-2021. Richard Wagner (1813-1883) : Siegfried Idyll, Wesendonck Lieder. Rodion Chtchedrine (né en 1932) : Carmen Suite. Orchestre Philharmonique de Strasbourg, Mélanie Diener (soprano), direction Claus Peter Flor

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