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Pour ses 25 ans, Toulouse les Orgues tient le cap contre vents et marées

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Toulouse. Couvent des Jacobins. 9-X-2021. Résonance. Ensemble Supersonus : Wolf Janscha, guimbarde ; Angela Ambrosini, nyckelharpa ; Anna-Liisa Eller, kannel ; Eva-Maria Rusche, clavecin et orgue ; Anna-Maria Hefele, chant diphonique
Cathédrale Saint-Étienne. 9-X-2021. L’orgue et l’oiseau. Catalina Vicens, orgue et organetto. Pierre Hamon, flûtes. Jean Boucault et Johnny Rasse, chanteurs d’oiseaux

Sous la direction artistique d’Yves Rechsteiner, le festival Toulouse les Orgues fait la part belle aux créations artistiques originales et aux rencontres inattendues.

Cette vingt-sixième édition intègre dans sa programmation la finale du Concours International d’Orgue de Toulouse, qui n’avait pas eu lieu depuis 2017. Cet événement permet de découvrir des jeunes organistes venus du monde entier dans un programme libre sur l’instrument de leur choix. Nouveauté de cette année, trois catégories sont proposées : orgues baroques, orgues symphoniques et orgues du XXe siècle, pour trois prix distincts. Un jury international a distingué les trois lauréats suivants : Quentin du Verdier (France) dans un programme classique français à l’orgue de Saint-Pierre des Chartreux, Gabriele Agrimonti (Italie) dans des transcriptions symphoniques à l’orgue de Saint-Sernin, et Adam Tabajdi (Hongrie) dans un programme XXe siècle à l’orgue du couvent des Dominicains. Une fois encore, ce concours a prouvé le niveau exceptionnellement élevé de toute une nouvelle génération d’organistes.

Instruments insolites au couvent des Jacobins

C’est à un voyage sonore très original que nous convie l’, dans un programme qui louvoie entre musiques anciennes et musiques ethniques, en passant par la création contemporaine. Associés au clavecin et à l’orgue positif, on y découvre le kannel (sorte de psaltérion traditionnel estonien), la nickelharpa (instrument à archet traditionnel suédois) et la guimbarde. Mais la principale originalité de cet ensemble est de faire appel à la chanteuse Anna-Maria Hefele, spécialiste du chant diphonique. Cette technique vocale, qui permet l’émission d’un chant à plusieurs voix par une seule personne en amplifiant les harmoniques naturelles de la voix, se retrouve dans de nombreuses traditions musicales du monde, particulièrement en Haute-Asie (Mongolie), en Inde et en Afrique du Sud. Cette superposition d’un son fondamental avec ses harmoniques aiguës n’est pas sans rappeler le jeu des tuyaux d’orgue, et le titre de « Résonance » donné à ce programme prend alors tout son sens. L’ s’approprie le répertoire baroque (Biber, Rameau, Falconieri, Frescobaldi, Haendel…) dans des transcriptions pour son instrumentarium, où le violon est remplacé par la nyckelharpa d’Angela Ambrosini, et où le kannel d’Anna-Liisa Eller s’associe à l’orgue pour l’accompagnement ou se substitue au clavecin pour des solos très virtuoses. L’intervention du chant diphonique ajoute des couleurs inédites à ce programme et renforce son caractère intemporel, jusqu’à lui donner des allures de musique de transe. Les traditions musicales scandinaves se superposent aux influences indiennes et africaines pour emmener l’auditeur bien loin de ses références habituelles. On se laisse emporter dans un monde quasi chamanique, sans s’étonner que des rythmes de jazz se mêlent aux mélodies traditionnelles, comme dans le bis sur les Folies d’Espagne. Un moment hors du temps sous les voûtes de la salle capitulaire des Jacobins.

Flûtes, orgue et chants d’oiseaux

Encore une idée originale d’Yves Rechsteiner : inviter des « chanteurs d’oiseaux » à mêler leurs chants à l’orgue de et aux flûtes de . L’orgue et l’oiseau ont quelques connivences : on peut penser aux jeux de rossignol imitant les trilles des oiseaux grâce à des tuyaux renversés dans un récipient d’eau, ou aux petits orgues mécaniques appelés serinettes, que l’on dit propres à enseigner le chant aux serins… Et ne dit-on pas d’un buffet d’orgue accroché au-dessus du vide comme celui de la cathédrale Saint-Étienne qu’il est construit « en nid d’hirondelle » ? Pour ce programme, l’oiseau est la figure centrale d’un voyage poétique où l’improvisation relie les musiques médiévales et celles des traditions amérindiennes. Johnny Rasse et Jean Boucault, les « chanteurs d’oiseaux » (mais ne devrait-on pas plutôt les appeler « siffleurs » ?) ont développé un art d’imitation par l’observation dans la nature, et ont à leur répertoire plus de 500 chants d’oiseaux réalisés sans aucun instrument.

Le concert s’ouvre par des extraits du Codex Faenza au grand orgue, cependant que l’on entend des oiseaux qui semblent cachés sous les hautes voûtes de la cathédrale. On découvre ensuite l’incroyable variété de flûtes jouées par , grand spécialiste de l’instrumentarium médiéval mais aussi des flûtes traditionnelles de l’Amérique précolombienne. Des flûtes de toutes tailles qui viennent dialoguer avec l’organetto de , petit orgue portatif dont le son présente beaucoup d’analogie avec celui des flûtes à bec. L’organiste fabrique elle-même le vent de son instrument grâce aux soufflets à main, ce qui donne à l’organetto un son très vivant, presque physiologique. Et au milieu de ce dialogue arrivent les chants d’oiseaux, comme une invitation au voyage. À côté des diverses flûtes amérindiennes, Pierre Hamon utilise également de fascinants vases siffleurs en terre cuite remplis d’eau. Entre rites initiatiques et parades de séduction, les musiciens mettent en scène avec humour de véritables combats ornithologiques à grand renfort d’ailes en plumes et de percussions. Une rencontre musicale déroutante et onirique.

Crédits photographiques : © Christian Glaenzer ; Jean-Marc Aspe

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Toulouse. Couvent des Jacobins. 9-X-2021. Résonance. Ensemble Supersonus : Wolf Janscha, guimbarde ; Angela Ambrosini, nyckelharpa ; Anna-Liisa Eller, kannel ; Eva-Maria Rusche, clavecin et orgue ; Anna-Maria Hefele, chant diphonique
Cathédrale Saint-Étienne. 9-X-2021. L’orgue et l’oiseau. Catalina Vicens, orgue et organetto. Pierre Hamon, flûtes. Jean Boucault et Johnny Rasse, chanteurs d’oiseaux

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