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L’Encantado jouisseur et baroque de Lia Rodrigues

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Paris. Théâtre national de la danse de Chaillot, Paris. 2-XII-21. Dans le cadre du Festival d’Automne. Lia Rodrigues : Encantado. Chorégraphie : Lia Rodrigues en étroite collaboration avec 11 danseurs. Assistante à la chorégraphie : Amalia Lima. Dramaturgie : Silvia Soter. Collaboration artistique et images : Sammi Landweer. Lumières : Nicolas Boudier. Bande sonore : Extraits de chansons de scène du Peuple Guarani Mbya/Village de Kalipety do T. I. territoire indigène/Ténondé Porã, chanté et joué pendant la manifestation des indigènes à Brasilia en août 2021 pour la reconnaissance de leurs terres ancestrales en péril. Mixage : Alexandre Seabra. Dansé et créé en étroite collaboration avec Leonardo Nunes, Carolina Repetto, Valentina Fittipaldi, Andrey Da Silva, Larissa Lima, Ricardo Xavier, Joana Lima, David Abreu, Matheus Macena,Tiago Oliveira, Raquel Alexandre

Pour clôturer le Portrait qui lui était consacré par le Festival d’Automne depuis septembre, le Théâtre de Chaillot accueillait Encantado, dernière création de la chorégraphe brésilienne , qui y est artiste associée. Une envie communicative de réenchanter le monde et les corps.

Au Brésil, le terme « encantado » a plusieurs sens. S’il qualifie l’effet d’un sortilège, comme le français « enchanté », il désigne dans la culture sud-américaine des entités animées, les « encantados », qui naviguent entre ciel et terre, dunes et rochers, et en font des lieux sacrés. Ce sont ces forces mystérieuses qui ont inspiré à Encantado, une pièce qui a été créée à partir du mois de mars dans un Brésil fortement touché par la crise sanitaire. Un spectacle qui complète le riche Portrait que lui a consacré le Festival d’Automne, avec des pièces comme Nororoca ou sa participation au spectacle jeune public Les Fables à la Fontaine.

C’est un immense tapis coloré qui se déroule sous nos yeux, composé de couvertures multicolores. Sur cet immense patchwork s’installent des corps nus, qui s’entortillent dans les couvertures, formant un bestiaire fantastique aux formes indéterminées ; un carnaval des animaux qui fait surgir des images insolites et singulières. Forme après forme, image après image, c’est très beau travail plastique qui se construit sur le plateau avec ces onze interprètes, avec lesquels Lia Rodrigues accomplit une démarche de création proche de celle d’une sculptrice. Ils répondent à 200 % aux propositions de la chorégraphe, par leur corps, mais aussi par l’expressivité de leurs visages quand ils sont à découvert. Quatre de ces danseurs sont des enfants de Maré, l’école libre de danse que Lia Rodrigues a fondé en 2012 dans une favela de Rio de Janeiro.

Les 140 couvertures qui jonchent la scène ont été patiemment collectées pendant la phase de répétitions du spectacle. A partir d’un relief de sa précédente pièce, Furia, que nous avions vu en 2018 au Théâtre de Chaillot, les couvertures achetées sur les marchés forment un fil rouge entre ce spectacle et le précédent, mais aussi entre chaque interprète. Avec ces simples couvertures, la chorégraphe recrée un monde extraordinaire, exubérant, baroque et universel. On voit surgir un couple et son bébé, des courtisans fantasques aux coiffes démesurées, un homme qui mène ses chiens fauves, des hommes montrant fièrement leur nudité et des femmes déchainant leur fantaisie. Peu à peu, le spectacle devient une bacchanale débridée et sauvage. Du lancer de couverture aux rituels communautaires, la fresque vivante devient sarabande, toujours joyeuse et souriante. Ces corps nus et jouisseurs sont merveilleusement libres, s’approchant de la transe au fur et à mesure de l’intensification de la musique et de la scansion du rythme.
Portefaix monstrueux de cette accumulation de couverture, les danseurs deviennent des chamanes aux excroissances multiples et mouvantes, jusqu’à se dépouiller de leurs oripeaux et quitter la scène, nus, comme ils étaient arrivés, laissant derrière eux une mer colorée et défaite.

Crédits photographiques : © Sammi Landweer

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Paris. Théâtre national de la danse de Chaillot, Paris. 2-XII-21. Dans le cadre du Festival d’Automne. Lia Rodrigues : Encantado. Chorégraphie : Lia Rodrigues en étroite collaboration avec 11 danseurs. Assistante à la chorégraphie : Amalia Lima. Dramaturgie : Silvia Soter. Collaboration artistique et images : Sammi Landweer. Lumières : Nicolas Boudier. Bande sonore : Extraits de chansons de scène du Peuple Guarani Mbya/Village de Kalipety do T. I. territoire indigène/Ténondé Porã, chanté et joué pendant la manifestation des indigènes à Brasilia en août 2021 pour la reconnaissance de leurs terres ancestrales en péril. Mixage : Alexandre Seabra. Dansé et créé en étroite collaboration avec Leonardo Nunes, Carolina Repetto, Valentina Fittipaldi, Andrey Da Silva, Larissa Lima, Ricardo Xavier, Joana Lima, David Abreu, Matheus Macena,Tiago Oliveira, Raquel Alexandre

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