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Turandot à l’Opéra Bastille : un rouge glacial

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Paris. Opéra Bastille. 7-XII-2021. Giacomo Puccini (1858-1924) : Turandot, drame lirico en trois actes et cinq tableaux. Mise en scène : Robert Wilson. Décors : Robert Wilson, Nicola Panzer. Costumes : Jacques Reynaud. Lumières : Robert Wilson, John Torres. Avec : Elena Pankratova, Turandot ; Liù, Guanqun Yu ; Calaf, Gwyn Hughes Jones ; Timur, Vitalij Kowaljow ; Ping, Alessio Arduini ; Pang, Jinxu Xiahou ; Pong : Matthew Newlin. Chœur et Orchestre de l’Opéra National de Paris, direction : Gustavo Dudamel

Après Madama Butterfly dès 1993 dans la même salle, récidive avec Turandot dans la mise en scène d’un opéra post-romantique se situant dans des contrées exotiques. Un renouvellement subtil et néanmoins déterminant.

Le risque de cette nouvelle production était de faire une répétition des recettes qui caractérisent le travail du metteur en scène américain, mais c’est comme à chaque fois un renouvellement subtil et néanmoins déterminant avec lequel il parvient à créer des ambiances différentes. Le travail des lumières est ici le plus important. Dans ce vaisseau qu’est l’Opéra Bastille, l’éclairage peut vite se trouver noyé par les dimensions de la cage de scène. Toutefois, avec la rigueur qui le caractérise, dessine des masses et des contours en isolant la Princesse Turandot dans un cercle rouge opposé au bleu des premiers tableaux. Puis les correspondances se font tout au long de l’opéra entre ces couleurs, avec une symbolique simple et efficace. À l’opposé du cyclorama, des réseaux enchevêtrés noirs sur fond rouge ou sur fond bleu signent les mutations des personnages. En ce qui concerne la beauté esthétique, l’œil est donc satisfait pleinement. Toutefois, certains éléments de la mise en scène sont assez irritants, notamment le fait que les ministres de la Princesse sautillent de façon ridicule, se dandinent en hochant de la tête ou bien font des bonds sur place (une référence à leur nom ? Ou bien pour assumer une veine grotesque en contraste avec l’aspect dramatique de l’œuvre ?). De la même manière, les chœurs sont traités comme des ensembles informes, mal différenciés et mal dirigés, alors qu’ils constituent une part importante de la partition. Enfin, l’aspect des costumes des guerriers ne semble pas corrélé à une quelconque réalité historique et ne paraissent satisfaire qu’un intérêt pour le pittoresque ; quelques moments ridicules (tout comme le passage d’une oie dans le ciel ou les allers-retours des ministres au moment des réponses de Calaf) sont heureusement fugaces.


L’opéra repose sur les épaules d’un soprano dramatique, et dans le rôle-titre possède un timbre qui tranche dans le vif. Le haut médium et l’aigu sont percutants, bien que parfois un peu courts, mais la clarté de l’émission et l’incisivité du timbre offrent un portrait attachant de Turandot. Le personnage se déplace sur un plateau ou bien se trouve en hauteur pour n’être à niveau d’homme qu’au moment où elle perd son aspect divin et sa froide candeur. Malheureusement, le ténor ne rassemble pas tous les suffrages. La voix, pas spécialement belle, est très engorgée et laborieusement émise. On doit parfois tendre l’oreille pour la percevoir et il n’y a guère de legato qui pourrait apporter satisfaction. Enfin, l’acteur est plutôt gauche, au visage particulièrement inexpressif. En revanche, Liù, interprétée par qui fait ses débuts à l’Opéra de Paris, est bien incarnée avec humanité et pleine d’attendrissement pour Calaf. Le premier air la cueille un peu froidement, mais la soprano se dévoile complètement dans son second air qui met en avant une ligne parfaitement tendue dans ses phrases. Le rôle de Timur est incarné par la basse , sonore et claire, alors que Altoum (le ténor Carlo Bosi) est un peu trop claironnant pour un Empereur qui est habituellement chanté par une voix plus caricaturale.

, qui signe là sa première direction d’un opéra depuis sa nomination en tant que directeur musical, fait un travail d’orfèvre. Attentif à ne pas laisser dépasser le volume sonore de l’Orchestre de l’Opéra national de Paris, il s’attache à créer une cohésion avec le plateau vocal.

Crédit photographique : © Charles Duprat/ Opéra National de Paris

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Paris. Opéra Bastille. 7-XII-2021. Giacomo Puccini (1858-1924) : Turandot, drame lirico en trois actes et cinq tableaux. Mise en scène : Robert Wilson. Décors : Robert Wilson, Nicola Panzer. Costumes : Jacques Reynaud. Lumières : Robert Wilson, John Torres. Avec : Elena Pankratova, Turandot ; Liù, Guanqun Yu ; Calaf, Gwyn Hughes Jones ; Timur, Vitalij Kowaljow ; Ping, Alessio Arduini ; Pang, Jinxu Xiahou ; Pong : Matthew Newlin. Chœur et Orchestre de l’Opéra National de Paris, direction : Gustavo Dudamel

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