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Madame Butterfly bouleverse Bastille

La Scène, Opéra, Opéras

Paris, Opéra Bastille. 14.II.2014. Giacomo Puccini (1858-1924) : Madame Butterfly, opéra en trois actes de sur un livret de Luigi Illica et Giuseppe Giacosa. Mise en scène et lumières : Robert Wilson ; costumes : Frida Parmeggiani ; chorégraphie : Suzushi Hanayagi. Avec Svetla Vassileva, Cio-Cio San ; Cornelia Oncioiu, Suzuki ; Teodor Ilincăi, F.B Pinkerton ; Gabriele Viviani, Sharpless ; Carlo Bosi, Goro ; Florian Sempey, Yamadori ; Marianne Crébassa, Kate Pinkerton ; Scott Wilde, lo Zio Bonzo. Choeurs et Orchestre de l’Opéra national de Paris (chef de choeur : Alessandro di Stefano), direction : Daniele Callegari

Veillée de Suzuki et ButterflyC’est la production de 1993 -date à laquelle Madame Butterfly a fait son entrée dans le répertoire de l’Opéra de Paris- qui nous avons redécouvert lors de cette première très applaudie, et force est de constater que plus de vingt ans après, la mise en scène sobre et épurée du célèbre n’a pas pris une ride.

Les superbes costumes de Frida Parmeggiani et de subtiles jeux de lumières (diverses nuances de bleu allant jusqu’au blanc éblouissant) constituent l’essentiel du décor, mais on aurait tort de croire que cette apparente simplicité rime avec simplification. On est bien loin du sang et des éclats de Tosca, nulle place ici pour une mise en scène grandiloquente ou une passion exubérante : l’héroïne elle-même n’ose dire ces mots d’amour de peur d’en mourir. Ce à quoi l’inconsistant (et inconstant) Pinkerton répond « Sottises, on ne meurt pas d’amour ! ». Voilà le véritable nœud, et plutôt que de mettre en exergue l’image un peu lisse d’une jeune fille candide et naïve, le metteur en scène a su au contraire souligner la violence de ce drame intérieur, en témoigne l’apparition furieuse et rougeoyante de l’Oncle Bonzo venant renier celle qui a traîtreusement abandonné le culte de ses ancêtres pour se convertir au « Dieu des Américains ».

Bien que certains aient murmuré « que le metteur en scène ne s’était pas beaucoup foulé » (certes, le plateau est pour ainsi dire, vide, à l’exception d’un grand écran et de quelques chemins menant à une maison aux cloisons invisibles -mais n’est-ce pas révélateur de ce monde d’illusions où vivait la jeune fille?) la puissance visuelle s’avère non seulement au rendez-vous (« less is more » pourrait-on dire) mais en plus, elle tend à sublimer la musique sans jamais l’alourdir.

Madame Butterfly et Pinkerton
Cette réussite sur le plan esthétique s’accompagne d’une très belle distribution au niveau vocal. Si l’immense plateau de Bastille n’offre guère une arrière scène des plus flatteuses pour la voix (alors que paradoxalement, les interventions du chœur hors-champ sont des plus réussies) tous tirent relativement bien leur épingle du jeu lorsqu’ils sont sur le devant.

Parmi les rôles on aura remarqué l’excellent Consul américain Sharpless incarné par le baryton dont la voix à la fois souple et puissante a eu tendance à éclipser celle de , assez tendue dans les aigus, durant le premier acte. La Suzuki de , protectrice et dévouée, est apparue tout à fait convaincante, seul petit bémol, sa position fréquente en fond de scène ne nous a pas permis de goûter son joli timbre de mezzo avant le célèbre trio Sharpless-Pinkerton-Suzuki de l’acte III.
Le ténor interprétant F.B Pinkerton (certainement pas le personnage le plus attachant de la littérature !) a néanmoins su lui insuffler un peu d’humanité dans son dernier air (« Addio, fiorito asil ») qui fut aussi touchant qu’irréprochable vocalement.

Mais à l’évidence, celle qui a hypnotisé tous les regards, c’est qui nous a offert hier soir une Madame Butterfly bouleversante. Grande habituée des rôles pucciniens, elle possède à la fois la présence scénique, la puissance vocale et dramatique (on l’a vu dans Tosca) ; mais là où ce rôle apparaît comme l’un des plus exigeants du répertoire, c’est qu’il demande également un timbre de soprano léger, une grâce aérienne dans les aigus, et ce durant tout le premier acte. De la jeune fille candide à la femme meurtrie, nombreuses sont les facettes psychologiques et vocales de Cio-Cio San : c’est avec un brio incomparable et beaucoup d’intelligence que a su les restituer.

Une très belle production, soutenue avec élégance par la direction sobre et précise de .

Crédit photographique © Opéra National de Paris / Elisa Haberer

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