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Jakob Lenz de Rihm illuminé par Bieito à Mannheim

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Mannheim. Nationaltheater (Opernhaus). 11-XII-2021. Wolfgang Rihm (né en 1952) : Jakob Lenz, opéra en un acte sur un livret de Michael Fröhling d’après la nouvelle de Büchner. Mise en scène : Calixto Bieito. Décor : Anna-Sofia Kirsch. Costumes : Paula Klein. Avec Joachim Goltz (Lenz) ; Patrick Zielke (Oberlin) ; Raphael Wittmer (Kaufmann)… Nationaltheater-Orchester ; direction : Franck Ollu

L’œuvre est connue, mais musiciens et équipe scénique lui donnent une évidence inédite.

Rihm est fasciné par les figures d’artistes à la limite de la folie : en 1982, il adaptait à l’opéra La conquête du Mexique d’Antonin Artaud, en 2010 à Salzbourg, il faisait de Nietzsche le « personnage » de son Dionysos. Son premier grand succès lyrique (1978), cependant, portait le nom du poète et dramaturge Jakob Lenz, dont les mélomanes connaissent au moins, par l’intermédiaire de l’opéra de Zimmermann, l’essentiel de sa pièce Les Soldats.

On connaît la capacité de , dans ses meilleures productions, à créer des images frappantes, et ce court spectacle n’en manque pas. Dès le début, l’atmosphère créée est saisissante. Le décor d’Anna-Sofia Kirsch oppose le blanc chirurgical du sol au plafond et la fine silhouette des arbres sans feuilles qui occupent l’essentiel de la scène. Le petit orchestre n’est pas placé en fosse, mais dans cette forêt qui rappelle le cadre vosgien du drame vécu par le poète, réfugié chez le pasteur Oberlin. Ce n’est pas un effet de la pandémie, ni une manière de déguiser une version de concert en spectacle scénique, mais bien au contraire un reflet organique de la partition de Rihm, où l’orchestre plonge dans l’âme du poète : Lenz cherche la fusion avec la nature romantique, mais cette innocence, cette pureté à laquelle il aspire, est pleine de ses propres désarrois.

La grande beauté plastique du spectacle est mise au service de l’œuvre, qu’elle éclaire admirablement. Le choix d’une structure ouverte et d’une dominante de blanc peut surprendre pour une œuvre qui décrit un processus d’enfermement mental, à l’opposé du choix d’Andrea Breth à Stuttgart en 2014. La comparaison des deux spectacles est nettement à l’avantage de celui de Bieito, parce qu’il ne montre pas ce processus fatal de l’extérieur : des chanteurs, enfants et adultes, auxquels Rihm confie les voix intérieures de Lenz, Bieito fait les incarnations de ses traumatismes, notamment son amour impossible Frédérique Brion.

Pour ne rien gâter, l’équipe musicale réunie par le Nationaltheater de Mannheim offre la même évidence à l’œuvre. Les trois « vrais » rôles de la partition sont naturellement dominés par Lenz lui-même, , qui ne perd jamais la chaleur humaine de son timbre et émeut de bout en bout, mais le rôle de Kaufmann, écrit un peu à la façon du tentateur Aaron de l’opéra de Schönberg, a aussi beaucoup de relief avec . L’orchestre dirigé par réussit parfaitement sa mission de chambre d’écho des états mentaux de Lenz, jamais au premier plan, mais toujours trop riche pour qu’on l’oublie en fond sonore. Il faut espérer que ce spectacle si émouvant et si intense n’en reste pas aux quelques représentations prévues cette saison.

Crédits photographiques : © Christian Kleiner

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Mannheim. Nationaltheater (Opernhaus). 11-XII-2021. Wolfgang Rihm (né en 1952) : Jakob Lenz, opéra en un acte sur un livret de Michael Fröhling d’après la nouvelle de Büchner. Mise en scène : Calixto Bieito. Décor : Anna-Sofia Kirsch. Costumes : Paula Klein. Avec Joachim Goltz (Lenz) ; Patrick Zielke (Oberlin) ; Raphael Wittmer (Kaufmann)… Nationaltheater-Orchester ; direction : Franck Ollu

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