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À Berne, l’Or du Rhin liquéfié

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Berne. BühnenBern. 12-XII-2021. Richard Wagner (1813-1883) : Das Rheingold, prologue en 4 scènes sur un livret du compositeur. Mise en scène : Ewelina Marciniak. Décors : Mirek Kaczmarek. Costumes : Julia Kornacka. Lumières : Bernhard Bieri. Chorégraphie : Dominika Knapik. Dramaturgie : Miron Hakenbeck. Avec : Josef Wagner, Wotan ; Christel Loetzsch, Fricka ; Masabane Cecilia Rangwanasha, Freia ; Gerardo Carciacano, Donner ; Filipe Manu, Froh ; Marco Jentzsch, Loge ; Veronika Dünser, Erda ; Robin Adams, Alberich ; Michał Prószyński, Mime ; Christian Valle, Fasolt ; Mattheus França, Fafner ; Giada Borelli, Woglinde ; Evgenia Asanova, Wellgunde ; Sarah Mehnert, Flosshilde. Luigi Imperato, Timo Andermatten, Zoe Serafina Wiedmer, Defne Karademir, Sheang-Li Pung, Ilaria Rabagliati, Sina Friedli, (danse). Berner Symphonieorchester, direction : Nicholas Carter

Poursuivant sa politique ambitieuse de présenter de grands opéras, la nouvelle direction de l’Opéra de Berne offre Das Rheingold de Richard Wagner, premier volet du Ring des Nibelungen qui devrait se prolonger jusqu’à la saison 2025.

Il y aurait beaucoup de choses à dire sur cette production au même titre qu’il n’y aurait absolument rien à en dire. En dire du positif d’abord avec une distribution vocale de très bon niveau avec des membres de la troupe de l’Opéra de Berne totalement à la hauteur de l’enjeu magistral de cette œuvre. Encadrés et soutenus par un en forme sous la baguette décidément excellente de son chef Nicholas Carter, les voix nouvellement arrivées à Berne ne déméritent nullement face aux invités plus prestigieux qui les entourent.
En particulier, sont à relever les deux géants Fasolt () et Fafner () qui, outre leur stature imposante (pas besoin d’artifices scéniques pour les personnifier) se montrent vocalement imposants. La voix admirablement bien projetée et extrêmement claire du ténor (Mime) offre un espace d’une grande beauté dans le monde glauque et brutal de cette production. De (Froh), on apprécie l’élégance vocale. Du côté des dames, moins mises en valeur, on aime la clarté de timbres des filles du Rhin Giada Borelli (Woglinde), (Wellgunde) et (Flosshilde), tout comme Masabane Cecilia Rangwanasha (Freia), incompréhensiblement attifée de cheveux verts et vêtue d’un affreux training bleu-roi aux rayures rouges !

Parmi les chanteurs invités, le baryton (Alberich) domine le plateau. Ancien membre de la troupe de l’Opéra de Berne pendant plus de quinze ans, il empoigne son rôle avec une intensité vocale et scénique remarquable. Le registre de basse de Josef Wagner (Wotan) est d’une grande beauté mais son personnage manque d’envergure et de la noblesse qu’on peut attendre du dieu des dieux. Le ténor (Loge) s’acquitte honnêtement de son rôle sans pour autant brûler les planches. Si le baryton Gerardo Garciacano (Donner) est apparu en moins bonne forme que ses collègues, la soprano Christel Loetzsch (Fricka), remplaçant Claude Eichenberger souffrante, s’intègre bien dans l’ensemble même avec une voix parfois trop sage. Enfin, on a aimé l’étrangeté touchante de la voix de (Erda).

Malheureusement, la mise en scène, tout comme la direction d’acteurs, déçoivent. On comprend mal que pour diriger une œuvre aussi complexe que le Ring des Nibelungen on fasse appel à la performeuse qui, jusqu’ici n’a jamais mis en scène un seul opéra. Semblant totalement dépassée par l’importance du sujet, elle se contente de réunir les protagonistes et de les faire chanter face au public, sur une scène vide d’accessoires. Peut-être dans l’espoir que les mots du livret de Wagner et sa musique feraient le reste. Pourtant, tout avait bien commencé. Pendant l’ouverture, des danseurs agitant lentement un film de plastique transparent éclairé par des lumières jaunâtres rasantes donnent l’illusion d’une mer aux reflets dorés du plus bel effet. L’apparition des trois gardiennes du trésor, toutes de blanc vêtues promettent des tableaux d’où sortirait une poésie scénique. L’effet est de courte durée, cette scène et les suivantes sont bientôt perturbées par l’irruption de danseurs aux gestes saccadés se jetant et glissant sur la scène avant de disparaître sur les côtés. Sans aucune caractérisation des personnages, bien malin celui qui s’il ne domine pas la langue allemande ou n’est pas familier de l’intrigue wagnérienne comprendra les enjeux qui séparent les protagonistes. Ils déambulent sur une scène où trône un grand lit. On s’y assied, on discourt. On enlève le lit. On chante debout pendant un bon quart d’heure. On s’assied par terre. On se relève. On amène une grande table. On y coince quelques personnages qui, après quelques mouvements synchronisés, semblent s’y endormir. On enlève la table en même temps que sortent les personnages. On amène une chaise pour Wotan. Il chante. Il se relève. On pousse la chaise sur les bords du décor. Toutes ces actions sont accompagnées de l’entrée et de la sortie de danseurs sans qu’on devine ce qu’ils sont censés représenter. Enfin, après deux heures et demie de ce manège lassant, le décor unique fait d’un grand rideau rigide entourant toute la surface de la scène s’ouvre pour qu’on découvre lentement l’image de la mer teintée de reflets dorés. Rideau.

On a liquéfié l’Or du Rhin. Déjà, on se pose la question de savoir si ira au bout de son expérience wagnérienne. Si oui, il faudra qu’elle revoie très sérieusement son projet parce qu’il est difficile d’imaginer une suite aussi indigente pour ce Ring.

Crédit photographique : © Rob Lewis

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Berne. BühnenBern. 12-XII-2021. Richard Wagner (1813-1883) : Das Rheingold, prologue en 4 scènes sur un livret du compositeur. Mise en scène : Ewelina Marciniak. Décors : Mirek Kaczmarek. Costumes : Julia Kornacka. Lumières : Bernhard Bieri. Chorégraphie : Dominika Knapik. Dramaturgie : Miron Hakenbeck. Avec : Josef Wagner, Wotan ; Christel Loetzsch, Fricka ; Masabane Cecilia Rangwanasha, Freia ; Gerardo Carciacano, Donner ; Filipe Manu, Froh ; Marco Jentzsch, Loge ; Veronika Dünser, Erda ; Robin Adams, Alberich ; Michał Prószyński, Mime ; Christian Valle, Fasolt ; Mattheus França, Fafner ; Giada Borelli, Woglinde ; Evgenia Asanova, Wellgunde ; Sarah Mehnert, Flosshilde. Luigi Imperato, Timo Andermatten, Zoe Serafina Wiedmer, Defne Karademir, Sheang-Li Pung, Ilaria Rabagliati, Sina Friedli, (danse). Berner Symphonieorchester, direction : Nicholas Carter

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