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Marina Rebeka, éblouissante Thaïs à la Scala

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Milan. Teatro alla Scala. 2-III-2022. Jules Massenet (1842-1912) : Thaïs, opéra en trois actes (1894) sur un livret de Louis Gallet d’après Anatole France. Mise en scène : Olivier Py. Décors et costumes : Pierre André Weitz. Lumières : Bertrand Killy. Chorégraphie : Ivo Bauchiero. Avec : Thaïs, Marina Rebeka ; Athanäel, Lucas Meachem ; Nicias, Giovanni Sala ; Crobyle, Catherine Sala ; Myrtale, Anna-Doris Capitelli ; Albine, Valentina Plujnikova ; Charmeuse, Nicole Wacker ; Palémon, Insung Sim ; Serviteur, Jorge Martinez. Chœur et Orchestre du Teatro alla Scala, direction : Lorenzo Viotti.

Après 80 ans d’absence, Thaïs de Massenet fait son grand retour à la Scala de Milan avec cette nouvelle production portée par la voix de , dans une mise en scène d’ qui fait pour l’occasion ses débuts sur la scène scaligère.

Déjà remarquée à l’Opéra de Monte Carlo pour sa prise de rôle dans Thaïs, la soprano confirme de manière éblouissante à Milan, sous la houlette sulfureuse d’. Il faut bien avouer que dans cette histoire qui mêle érotisme et religiosité le metteur en scène trouve un terrain qu’il affectionne. Dès l’Ouverture, la jeune femme nue qui s’enroule lascivement autour de la croix devant le regard concupiscent du fou de Dieu donne le ton d’une lecture chargée de contrastes, passionnante de bout en bout, qui retrace avec brio, exubérance et érudition (références à Dante, à la Tentation de Saint Antoine de Félicien Rops et au retable d’Issenheim de Mathias Grünewald) les douloureuses étapes du parcours de Thaïs et d’Athanaël vers le Ciel pour l’une et vers l’Enfer pour l’autre. La scénographie très démonstrative de est à cet égard assez démonstrative depuis la soupe populaire où se réunissent les cénobites, la maison de Nicias en forme de cabaret de strip tease où officie Thaïs, une cour de brique figurant le désert, quelques arbres stylisés pour l’oasis jusqu’à un lit en métal blanc isolé sur une scène nue pour l’agonie finale de l’héroïne accédant à la sainteté. Les costumes sont à l’avenant, depuis les tristes tenues grises contemporaines jusqu’aux atours les plus osées et emplumés, magnifiquement colorés, renforcés par force des strass et maquillages outranciers…Seules les chorégraphies d’Ivo Bauchiero peinent à convaincre totalement, heureusement sauvées par la musique magistralement conduite par Lorenzo Viotti.

Dans la fosse, c’est une histoire de famille qui se perpétue : Lorenzo succédant à Marcello. C’est en effet en assistant à une représentation vénitienne de Thaïs en 2004 dans la mise en scène de Pier Luigi Pizzi dirigée par son père Marcello Viotti que le jeune Lorenzo eut sa révélation opératique ! Déjà impressionnant, ici même, par la maitrise de sa direction dans Manon du même Massenet, Lorenzo Viotti confirme ce soir ses affinités avec la musique française par la délicatesse et l’élégance de sa direction, par le relief de son phrasé chargé de nuances comme par la souplesse de son geste et la transparence de la texture orchestrale qui exalte toute la sensualité et le mysticisme de l’œuvre (dont la célèbre Méditation qui revient comme un leitmotiv) dans un flot musical continu en parfait équilibre avec les chanteurs au sein d’une orchestration luxuriante (cordes, vents, harpe) parfaitement rendue par une phalange milanaise superlative.

Le casting vocal se caractérise par sa mauvaise diction du français qui paraitrait totalement incompréhensible sans les sur-titrages, mais cela est hélas habituel et de moindre mal, face à l’époustouflante prestation vocale et scénique de Marina Rebeka dans le rôle-titre. On ne sait qu’admirer le plus de l’engagement théâtral sans faille qui retrace une à une toutes les étapes de cette conversion douloureusement acquise depuis l’insouciance, le doute, la ferveur puis l’exaltation d’une foi mystique, ou de la voix qui sait se plier aux moindres inclinations de l’âme. Le timbre est somptueux, d’une exquise rondeur, les pianissimi et le legato sublimes, les aigus vaillants et lumineux, l’ambitus large et la ligne d’une souplesse à faire damner les saints qui trouvera son accomplissement dans l’air du miroir et dans le Final, extatique à vous tirer les larmes ! Face à elle , remplaçant Ludovic Tézier initialement prévu, fait un peu pâle figure, manquant quelque peu de charisme, d’autorité et de puissance avec un baryton trop clair pour exprimer un personnage marqué du sceau de l’ambiguïté. Le Nicias de , bien chantant se montre très convaincant, à l’instar de (Crosbyle) et (Myrtale) en meneuses de revue. Insung Sim (Palémon), Valentina Pluzhnikova (Albine) et Federica Guida (La Charmeuse) complètent cette distribution de qualité. Le Chœur du Teatro alla Scala ne dépare pas dans ce concert de louanges parachevant le succès mérité de cette nouvelle production scaligère.

Crédit photographique : © Brescia / Amisano – Teatro alla Scala

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Milan. Teatro alla Scala. 2-III-2022. Jules Massenet (1842-1912) : Thaïs, opéra en trois actes (1894) sur un livret de Louis Gallet d’après Anatole France. Mise en scène : Olivier Py. Décors et costumes : Pierre André Weitz. Lumières : Bertrand Killy. Chorégraphie : Ivo Bauchiero. Avec : Thaïs, Marina Rebeka ; Athanäel, Lucas Meachem ; Nicias, Giovanni Sala ; Crobyle, Catherine Sala ; Myrtale, Anna-Doris Capitelli ; Albine, Valentina Plujnikova ; Charmeuse, Nicole Wacker ; Palémon, Insung Sim ; Serviteur, Jorge Martinez. Chœur et Orchestre du Teatro alla Scala, direction : Lorenzo Viotti.

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