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Juditha Triumphans à Stuttgart, un rituel vain par Silvia Costa

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Stuttgart. Opernhaus. 12-III-2022. Antonio Vivaldi (1678-1741) : Juditha Triumphans, oratorio sur un livret de Iacopo Cassetti. Mise en scène et décor : Silvia Costa ; costumes : Laura Dondoli. Avec Rachael Wilson (Juditha) ; Stine Marie Fischer (Holofernes) ; Diana Haller (Vagaus) ; Gaia Petrone (Abra) ; Linsey Coppens (Ozias). Chœur de l’Opéra de Stuttgart ; Staatsorchester Stuttgart ; direction : Benjamin Bayl

Pour Juditha Triumphans de Vivaldi, une belle distribution et un orchestre préparés avec soin tentent d’exister malgré la scène.


Le spectacle est signé , mais on l’oublierait presque, tant il fait penser à chaque instant à la manière de Romeo Castellucci avec lequel elle a longtemps collaboré – ce dernier a certes signé beaucoup de spectacles marquants, à l’opéra et plus souvent au théâtre ; quand ça ne va pas, l’accumulation de symboles, sans structure et sans élan, tient lieu de théâtre. C’est hélas le cas ici ; une interview dans le programme tient lieu de pesante note d’intention, pas toujours sans pertinence, mais sans beaucoup de résultat. Analyser cette œuvre guerrière mais confiée exclusivement à des voix féminines sous l’angle du genre, ce n’est pas une interprétation, c’est une évidence, reste à en tirer parti ; de même, l’idée d’une communauté unique qui ne se sépare en groupes adverses qu’au cours de l’opéra est pour le moins intrigante, mais la différenciation annoncée ne se produit pas, si bien qu’à l’exception de , qui dépasse ses consœurs d’une tête et qui, en Holopherne, joue une forme de raideur militaire, un instant d’inattention suffit pour ne plus savoir qui chante.

La soirée se résume ainsi à une longue série de rituels en blanc et rouge, accomplis par les solistes ou par des membres du chœur, sans que ne se dégagent jamais des personnages avec des émotions et un sens à leur action. Rien n’obligeait à respecter la structure narrative de l’œuvre, mais encore fallait-il substituer à cette cohérence donnée une autre cohérence qui lui aurait été propre – c’est d’autant moins le cas qu’elle reste à ce point dans la dépendance du style Castellucci. Il faut donc tenter d’oublier les actions adventices pour se concentrer sur la musique : heureusement, elle trouve des interprètes à la hauteur sous la direction de , chef néerlandais formé au continuo dans de nombreux ensembles baroques prestigieux et habitué de la direction d’opéra. Ici il dirige un orchestre sur instruments modernes, mais avec un style et une vivacité parfaitement idoines, avec une richesse de couleurs et d’atmosphères qui ne laisse rien à désirer.

La distribution est dominée par deux membres de la troupe maison : le timbre acéré de fait de Judith un personnage fort, au charisme évident ; à ses côtés, Holopherne, dont le livret ne fait pas un barbare sans cœur, est , qui en a l’élégance vocale, avec ce timbre d’alto non sans douceur et une diction toujours très parlante. La qualité de la préparation musicale du spectacle – commencée à vrai dire avant la pandémie et reprise pour une première en janvier dernier – est tout aussi visible chez les autres chanteuses de la soirée, notamment et , suivants respectivement d’Holopherne et de Judith.

Crédits photographiques : Martin Sigmund

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Stuttgart. Opernhaus. 12-III-2022. Antonio Vivaldi (1678-1741) : Juditha Triumphans, oratorio sur un livret de Iacopo Cassetti. Mise en scène et décor : Silvia Costa ; costumes : Laura Dondoli. Avec Rachael Wilson (Juditha) ; Stine Marie Fischer (Holofernes) ; Diana Haller (Vagaus) ; Gaia Petrone (Abra) ; Linsey Coppens (Ozias). Chœur de l’Opéra de Stuttgart ; Staatsorchester Stuttgart ; direction : Benjamin Bayl

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