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Avant Paris, Peter Grimes captive au Royal Opera House de Londres

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London. Royal Opera House. 26-III-2022. Benjamin Britten (1913-1976) : Peter Grimes, opéra en un prologue et 3 actes sur un livret de Montagu Slater, d’après un poème de George Crabbe. Mise en scène : Deborah Warner. Décors : Michael Levine. Costumes : Luis F. Carvalho. Lumières : Peter Mumford. Dramaturgie : Kim Brandstrup. Avec : Allan Clayton, Peter Clayton ; Maria Bengtsson, Ellen Orford ; Bryn Terfel, Captain Balsrode ; John Tomlinson, Swallow ; Jacques Imbrailo, Ned Keene ; Catherine Wyn-Rogers, Aunties ; Rosie Aldridge, Mrs Sedley ; John Graham-Hall, Bob Boles ; Jennifer France, First Niece ; Alexandra Lowe, Second Niece ; James Gilchrist, Reverent Horace Adams ; Stephen Richardson, Hobson ; Cruz Fitz, The Boy. Royal Opera Chorus (Chef de Choeur : William Spaulding). Orchestra of the Royal Opera House, direction : Richard Hetherington

Après Madrid et avant Paris en janvier 2023, la production de Peter Grimes de Deborah Warner arrive à Londres et porte avec justesse un drame décuplé par l’orchestre et le chant, à commencer par celui d’.


Vienne présentait en février un Peter Grimes de stars sans parvenir à porter le drame de Britten et Slater ni par la scène ni par le son. Munich s’y essayait en mars avec des artistes plus adaptés, mais c’est bien à Londres qu’il faut écouter Britten, là où chacun parle et chante un anglais dont la précision de chaque mot renforce profondément le théâtre.

Créée triomphalement au Teatro Real de Madrid la saison passée, la production de Deborah Warner accoste au Royal Opera House de Covent Garden en 2022, avant d’être présentée à Paris et Rome dans les prochaines saisons, on l’espère avec encore une grande partie de l’équipe musicale en place au Royaume-Uni. La proposition est simple : elle intègre l’action dans le présent, avec un petit port moderne en béton défini d’un trait fin dans les décors extrêmement flatteurs de Michael Levine et les costumes de Luis F. Carvalho. Les lumières n’entrainent jamais trop le drame dans l’ombre, mais lui laissent au contraire régulièrement la possibilité de s’exposer sous des lumières blafardes, ou plus chaudes lorsqu’elles sont d’intérieur, comme à l’excellente scène du bar.

La population, déployée par un des grands soirs préparé par William Spaulding, est celle d’un village de pêcheur où tous se connaissent et où les ragots passent de bouche en bouche. Les nièces s’offrent trop facilement, avec les risques que cela comporte. L’alcool est présent, mais le plus important reste le poisson, notamment pour Peter Grimes, au caractère ici pas particulièrement violent, mais bourru et surtout incapable de rester chez lui, même lors des tempêtes. Alors, ses apprentis meurent et malgré la protection de la maîtresse Ellen Orford, la catastrophe se déroule une fois de plus sous nos yeux, puissante et captivante.

La fosse a bénéficié de la préparation de Sir , mais le Covid-19 l’a rattrapé la veille de notre représentation, alors le directeur de la musique de Covent Garden, Richard Hetherington, le remplace. Peut-être le grand chef aurait-il parfois mieux géré l’impulsion sur l’instant ou la sous-tension de certaines scènes, comme au début de l’acte III. Pour le reste, Hetherington combine les éléments avec rigueur et exactitude, parvient à exalter plusieurs interludes et de nombreux moments, également largement transportés par l’orchestre et ses individualités, notamment dans les solos du premier violon et du premier alto. Les figurants, danseurs et seconds rôles du plateau développent la même énergie, notamment le Neb Keene très nerveux de Jacques Imbrailo, ou l’Hobson engagé de Stephen Richardson, quand sans chanter, le tout jeune Cruz Fitz tient un enfant magnifique à toutes ses scènes.


Quasi intégralement anglaise, la distribution traite le chant comme du théâtre et s’attèle à toujours porter très clairement le texte, à l’opposé d’une tentative de démonstration lyrique comme à Vienne. Ainsi, même le Balsrode de , déjà présent sur la scène autrichienne, en ressort encore grandi, tant il est maintenant impressionnant pour la moindre phrase, jamais trop porté dans le pathos, même à la dernière, lorsqu’il impose à Grimes de partir loin et de se saborder. présente un Reverent souvent en écart avec la religion, tandis que de ses soixante-sept ans, John Graham-Hall offre encore toute sa superbe au court rôle de Bob Boles. Avec huit ans de plus, marque par la noirceur de ses graves un Swallow soucieux dès le prologue.

La distribution féminine est du même niveau, tant grâce au charme espiègle des deux nièces, et , qu’avec l’Aunties mielleuse de ou la Mrs Sedley pincée de la mezzo . La soprano suédoise propose une Ellen Orford très touchante par une ligne de chant pure, sans jamais jouer l’exagération des sentiments. Elle s’accorde alors parfaitement avec le ténor du rôle-titre, . Il semble maintenant important que la carrière du chanteur prenne un nouvel envol sur les scènes internationales, tant cette prestation vocale lui semble facile et naturelle. Sans jamais forcer ni éprouver de tension, celui qui était déjà un magnifique David (Der Meistersinger) sur cette scène quelques années plus tôt tient à présent un Peter Grimes simple mais émouvant, prisonnier dans les filets d’un monde trop complexe et trop fragile. Sublime !

Crédits Photographiques : ROH 2022 © Yasuko Kageyama

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London. Royal Opera House. 26-III-2022. Benjamin Britten (1913-1976) : Peter Grimes, opéra en un prologue et 3 actes sur un livret de Montagu Slater, d’après un poème de George Crabbe. Mise en scène : Deborah Warner. Décors : Michael Levine. Costumes : Luis F. Carvalho. Lumières : Peter Mumford. Dramaturgie : Kim Brandstrup. Avec : Allan Clayton, Peter Clayton ; Maria Bengtsson, Ellen Orford ; Bryn Terfel, Captain Balsrode ; John Tomlinson, Swallow ; Jacques Imbrailo, Ned Keene ; Catherine Wyn-Rogers, Aunties ; Rosie Aldridge, Mrs Sedley ; John Graham-Hall, Bob Boles ; Jennifer France, First Niece ; Alexandra Lowe, Second Niece ; James Gilchrist, Reverent Horace Adams ; Stephen Richardson, Hobson ; Cruz Fitz, The Boy. Royal Opera Chorus (Chef de Choeur : William Spaulding). Orchestra of the Royal Opera House, direction : Richard Hetherington

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