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Un Peter Grimes en cale sèche à l’Opéra de Munich

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Munich. Nationaltheater. 10-III-2022. Benjamin Britten (1913-1976) : Peter Grimes, opéra sur un livret de Montagu Slater d’après George Crabbe. Mise en scène : Stefan Herheim ; décor : Silke Bauer ; costumes : Esther Bialas. Avec : Stuart Skelton (Peter Grimes) ; Rachel Willis-Sørensen (Ellen Orford) ; Iain Paterson (Balstrode) ; Claudia Mahnke (Auntie) ; Lindsay Ohse, Emily Pogorelc (Nieces) ; Thomas Ebenstein (Bob Boles) ; Brindley Sherratt (Swallow) ; Jennifer Johnston (Mrs. Sedley) ; Robert Murray (Rev. Horace Adams) ; Konstantin Krimmel (Ned Keene) ; Daniel Noyola (Hobson). Chœur de l’Opéra national de Bavière ; Orchestre national de Bavière ; direction : Edward Gardner

Un protagoniste diminué, une mise en scène plate et une direction trop poussée ne servent pas le drame marin de Britten.

, pour ses débuts à Munich, n’a pas pris beaucoup de risques. La surcharge symbolique et interprétative de son Parsifal de Bayreuth (en 2008) est désormais bien loin avec le terne décor qui semble sorti tout droit des années 1980 et qui aurait pu servir à une mise en scène de Gilbert Deflo. Il évolue certes au fil du spectacle, s’ouvrant et se fermant au gré des besoins, mais jamais de manière signifiante, sans jamais créer des espaces de jeu habités. Tout, visiblement, repose pour Herheim sur la direction d’acteurs, mais celle-ci est envahissante et peu nuancée, au ras du livret. Il entend visiblement donner le plus de place possible au chœur, dont les moindres déplacements prennent un temps infini. Certes, donner au village toute sa place serait dans la logique de l’œuvre, mais cette foule reste constamment anonyme, sans émotions, au lieu d’être un véritable personnage de l’action, comme l’œuvre l’y invite. Quant à la direction des solistes, elle n’est pas plus subtile, le moment où Ellen Orford semble, du haut du trou du souffleur, prête à se jeter dans la fosse d’orchestre figurant ici la mer étant franchement gênant.

La direction d’ partage hélas certains des défauts de la mise en scène, en optant pour une approche uniquement dramatique, d’ailleurs réellement impressionnante. Les « interludes marins » en prennent un relief singulier, avec une tension, des couleurs crues, une violence qu’on n’a pas d’habitude d’y entendre, a fortiori quand ils sont donnés en concert. Mais c’est une vision réductrice de la partition, qui ne prend pas en compte les moments plus contemplatifs, quand Grimes chante la Grande ourse et les Pléiades par exemple, ou la scène du dimanche matin. Même les moments de gaîté à l’auberge sont d’une constante nervosité, si bien que l’ensemble paraît monotone à force d’être constamment forcé.

La distribution, elle, est handicapée par la méforme visible de , cruelle au premier acte, plus maîtrisée ensuite : un Grimes obligé ainsi de tout passer en force, sans marge de manœuvre pour proposer des nuances et donner une épaisseur à son personnage, déséquilibre toute la soirée. en Balstrode, rôle à vrai dire un peu ingrat, reste en retrait, mais apporte la chaleur humaine et des moments de poésie dont la soirée a bien besoin. Fort heureusement, elle n’est pas la seule à donner un peu de relief à son rôle : les nombreux petits rôles sont remarquablement distribués, à commencer par Hobson et Swallow (Daniel Noyola et Brindley Sherratt), mais aussi le trio féminin de l’auberge (, Lindsay Ohse, ), hélas lourdement caricaturé par . Britten, rare à l’Opéra de Bavière, mérite bien mieux.

Crédits photographiques © Wilfried Hösl

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Munich. Nationaltheater. 10-III-2022. Benjamin Britten (1913-1976) : Peter Grimes, opéra sur un livret de Montagu Slater d’après George Crabbe. Mise en scène : Stefan Herheim ; décor : Silke Bauer ; costumes : Esther Bialas. Avec : Stuart Skelton (Peter Grimes) ; Rachel Willis-Sørensen (Ellen Orford) ; Iain Paterson (Balstrode) ; Claudia Mahnke (Auntie) ; Lindsay Ohse, Emily Pogorelc (Nieces) ; Thomas Ebenstein (Bob Boles) ; Brindley Sherratt (Swallow) ; Jennifer Johnston (Mrs. Sedley) ; Robert Murray (Rev. Horace Adams) ; Konstantin Krimmel (Ned Keene) ; Daniel Noyola (Hobson). Chœur de l’Opéra national de Bavière ; Orchestre national de Bavière ; direction : Edward Gardner

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