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Baptiste Trotignon, l’air de rien

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Baptiste Trotignon (né en 1974) : L’air de rien ; Anima ; Hiatus et Turbulences. Baptiste Trotignon, piano ; Orchestre Victor Hugo Franche-Comté, direction : Jean-François Verdier. 1 CD Alpha. Enregistré à l’Auditorium Jacques Kreisler du CRR de Besançon en juillet 2021. Notice en français, anglais et allemand. Durée : 55:29

 

Quand un pianiste de jazz se laisse tenter par la fréquentation des grandes formations symphoniques, cela peut mener à Anima. Cette deuxième parution de l’Orchestre Victor Hugo sous étiquette Alpha entérine ce troublant glissement de genre.

La photo de la couverture du disque montre un compositeur à nu, soi-même, le bras tendu vers le miroir de sa propre identité. C’est bien de traversée du miroir dont il s’agit. vient du jazz. C’est en pianiste de jazz qu’on l’a découvert dans le beau film d’Alain Corneau Le Nouveau Monde (1995). Vingt-sept ans plus tard, , après moult collaborations (Brad Mehldau, Ibrahim Maalouf, Christophe Miossec, Kate Lindsey…), se décide à franchir le rubicon symphonique. Un passage de gué initié avec Différent Spaces, son concerto de piano créé en 2012 par Nicholas Angelich et l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine sous la direction de Paul Daniel. Il trouve aujourd’hui un autre allié de choix en la personne de , tout sauf un perdreau de l’année en la matière : l’on a salué dans nos pages le beau disque où son Orchestre Victor Hugo a révélé l’inspiration de la Symphonie « Bleu » de Guillaume Saint-James, autre jazzman français tenté lui aussi par le mixité musicale.

Anima, le disque, s’ouvre avec les trois mouvements de L’air de rien (2018), dont les quatorze minutes sont les seules où l’on entendra quelques fragrances jazzy. La partie de piano, tenue par le compositeur, s’autorise des improvisations à la Keith Jarrett sur une trame symphonique au contraire très écrite. Conclue sur sur un malicieux tango, la pièce chatoie mais semble sonner le glas d’un adieu au genre.

Anima, l’œuvre, affiche une toute autre ambition. L’impression d’un adieu au jazz se voit confirmée par son thème introductif, qui convoque rien moins que la Neuvième Symphonie de Mahler. Anima, basé sur les travaux de Jung quant à « la représentation féminine au sein de l’imaginaire de l’homme », permet au compositeur de questionner les capacités créatrices de son propre imaginaire « masculin-féminin ». Au « viril » Mahler fait écho le « féminin » Copland au fil d’ un Andante tranquillo habité par le condensé de douceur mélodique de son thème principal. De nombreuses autres influences irriguent les six mouvements d’Anima. Sculptée sans déficit d’imagination, la trame orchestrale taille la part du lion aux cordes tout en offrant à l’ensemble de l’Orchestre Victor Hugo de quoi faire jaillir, trente minutes durant, une opulente palette de couleurs.

Le disque se referme sur Hiatus et Turbulences. Un premier geste symphonique (2017), irrigué du bonheur de composer. On sent, dès la fébrilité d’un premier mouvement bâti sur une note répétée, une jubilation friande de clins d’œil à l’adresse de glorieux aînés : les deux premiers mouvements butent sur une autre Neuvième (Beethoven) avant que le troisième ne se lance dans un motorisme à la Prokofiev.

Trotignon cite Bacon : « Je n’ai jamais réussi, à cause de ça je continue, autrement je ne peindrais plus, j’espère toujours que quelque chose va m’arriver. » En attendant, l’air de rien, Anima trace sur la toile de Baptiste Trotignon un bien séduisant portrait symphonique.

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Baptiste Trotignon (né en 1974) : L’air de rien ; Anima ; Hiatus et Turbulences. Baptiste Trotignon, piano ; Orchestre Victor Hugo Franche-Comté, direction : Jean-François Verdier. 1 CD Alpha. Enregistré à l’Auditorium Jacques Kreisler du CRR de Besançon en juillet 2021. Notice en français, anglais et allemand. Durée : 55:29

 
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