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Le Ballet de Lorraine fête le centenaire des Ballets Suédois

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Opéra national de Lorraine, Nancy. 18/V/22. CCN Ballet de Lorraine : Pas assez suédois !
Fugitive Archives. Conception & chorégraphie : Latifa Laâbissi. Assistante à la chorégraphie : Olga Dukhovnaya. Conception & réalisation scénographie : Nadia Lauro. Lumières : Éric Wurtz. Conception costumes : Nadia Lauro (d’après les archives des Ballets Suédois). Réalisation costumes : atelier Costumes du CCN – Ballet de Lorraine. Création son : Manuel Coursin
Mesdames et Messieurs. Chorégraphie, scénographie et recherche musique : Petter Jacobsson et Thomas Caley. Aide à la conception sonore : Aria de la Celle. Lumières : Éric Wurtz. Création costumes : Birgit Neppl. Fabrication costumes : atelier Costumes du CCN – Ballet de Lorraine avec Birgit Neppl
Danses Crues, d’après Nuit de Saint Jean de Jean Börlin (1920). Chorégraphie : Dominique Brun. Assistante à la chorégraphie : Marie Orts. Scénographie : Odile Blanchard. Réalisation : Atelier Devineau. Musique : David Christoffel. Lumières : Éric Wurtz. Conception costumes : Marie Labarelle. Réalisation costumes : Werkstattkollektiv. Réalisation des sabots en feutre : Elisabeth Berthon
Érosion. À partir de L’homme et son désir, pièce des Ballets Suédois (1921) Chorégraphie : Volmir Cordeiro. Création son et arrangements musicaux : Aria de la Celle. Scénographie : Hervé Cherblanc. Lumières : Éric Wurtz

Dans Pas assez Suédois ! le invite dans une soirée foisonnante des chorégraphes contemporains à s’emparer du répertoire des , fondés par il y a plus de cent ans.

Fugitives archives, qui ouvre cet hommage aux , est un étrange ballet où de mystérieuses jeunes filles en robes à damier sur des mini crinolines, des costumes recréés par la scénographe à partir de la photo des écolières dans le ballet Le marchand d’oiseaux, de Jean Borlin, évoluent pieds et genoux en dedans comme des cygnes égarés. L’univers fantastique de Fugitives archives fait penser au jeu d’échecs géant d’Alice au pays des merveilles, de Lewis Caroll. Expressionniste dans ses inspirations (on pense à Valeska Gert), s’amusant de la frontalité, demande aux danseuses de surjouer la gaucherie et l’innocence, telles des oies blanches désossées et désarticulées. Très originale dans son écriture, c’est une proposition à laquelle les danseuses semblent souscrire avec joie. On y trouve un lien avec le butô, qu’a longtemps pratiqué , les visages et les mains des danseuses étant passé au blanc.

Mesdames et Messieurs, de et , c’est le vaudeville à la sauce Village people. Ce ballet de garçons est inspiré des figures excentriques des cabarets des années folles, matinée du San Francisco des années 80. Un astucieux système de plaques de plexiglass et la projection d’ombres chinoises permettent de recréer sur le plateau la frénésie des chassés croisés du cinéma burlesque, tel qu’il avait été mis en scène par Francis Picabia dans Cinésketch, au cours une soirée de gala au Théâtre des Champs-Elysées le 31 décembre 1924. Près de cent ans après, les personnages sont toujours aussi typés : le militaire, le policier, l’homme au haut de forme, que l’on avait aussi rencontré dans Relâche, recréé par le Ballet de Lorraine en 2014. Tous courent dans tous les sens, dans une effervescence un peu vaine…


Beaucoup plus exigeant conceptuellement, le travail de dans Danses crues s’appuie sur un véritable travail de recherche historique, notamment d’archives filmées et du film L’inhumaine de Marcel L’Herbier, avec des extraits de la chorégraphie Nuit de Saint-Jean de . Dans un cercle de lumière, les danseurs explorent avec sobriété et rigueur les formes de la ronde, que les Suédois formaient traditionnellement à la Saint-Jean. Elle superpose aux danseurs habillés de blanc des images extraites de films ou de documentaires, comme cet homme dévalant une pente avec une balle de foin ou ces rondes en noir et blanc sous le soleil de minuit. y a ajouté la voix de Marguerite Duras décrivant les mains négatives, ces mains peintes dans les grottes préhistoriques. Une allusion aux mains qui ne pouvaient pas se toucher pendant la pandémie de Covid-19. Le résultat est très pur, très austère, exécutant une chorégraphie d’apparence simple, mais qui joue sur d’infimes et difficiles changements de rythmes.

Retour des créatures avec Érosion, la pièce de Vomir Cordeiro, ancien danseur de Lia Rodrigues, notamment, qui pratique une danse tonique et colorée. Il s’inspire du ballet L’homme et son désir composé par Paul Claudel à Rio de Janeiro, en 1917, un rêve de Brésil dans lequel devait danser Nijinsky, qui avait fasciné l’écrivain dans L’Après-midi d’un faune. Au milieu de la forêt brésilienne, où règnent les esprits et la nature sauvage, les corps laissent libre cours à leurs désirs. voulait dénoncer l’écocide en cours au Brésil, mais peine à tisser des liens entre ces aspirations politiques et la chorégraphie. Dommage également que la musique originale de Darius Milhaud n’ait pu être utilisée.

Cette soirée foisonnante donne à voir des inspirations variées et s’appuie sur une compagnie de danseurs toujours aussi étonnants et adaptables aux écritures des chorégraphes invités. Une belle manière de faire revivre l’héritage des Ballets Suédois, dont les archives sont aujourd’hui conservées au Musée de la danse de Stockholm.

Crédits photogaphiques : © Laurent Philippe

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Opéra national de Lorraine, Nancy. 18/V/22. CCN Ballet de Lorraine : Pas assez suédois !
Fugitive Archives. Conception & chorégraphie : Latifa Laâbissi. Assistante à la chorégraphie : Olga Dukhovnaya. Conception & réalisation scénographie : Nadia Lauro. Lumières : Éric Wurtz. Conception costumes : Nadia Lauro (d’après les archives des Ballets Suédois). Réalisation costumes : atelier Costumes du CCN – Ballet de Lorraine. Création son : Manuel Coursin
Mesdames et Messieurs. Chorégraphie, scénographie et recherche musique : Petter Jacobsson et Thomas Caley. Aide à la conception sonore : Aria de la Celle. Lumières : Éric Wurtz. Création costumes : Birgit Neppl. Fabrication costumes : atelier Costumes du CCN – Ballet de Lorraine avec Birgit Neppl
Danses Crues, d’après Nuit de Saint Jean de Jean Börlin (1920). Chorégraphie : Dominique Brun. Assistante à la chorégraphie : Marie Orts. Scénographie : Odile Blanchard. Réalisation : Atelier Devineau. Musique : David Christoffel. Lumières : Éric Wurtz. Conception costumes : Marie Labarelle. Réalisation costumes : Werkstattkollektiv. Réalisation des sabots en feutre : Elisabeth Berthon
Érosion. À partir de L’homme et son désir, pièce des Ballets Suédois (1921) Chorégraphie : Volmir Cordeiro. Création son et arrangements musicaux : Aria de la Celle. Scénographie : Hervé Cherblanc. Lumières : Éric Wurtz

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