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Strasbourg : West Side Story en épure

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Strasbourg. Opéra national du Rhin. 31-V-2022. Leonard Bernstein (1918-1990) : West Side Story, comédie musicale en deux actes sur un livret d’Arthur Laurents et des paroles de Stephen Sondheim, d’après une idée de Jerome Robbins. Mise en scène : Barrie Kosky et Otto Pichler, reprise par Tamara Heimbrock. Chorégraphie : Otto Pichler, reprise par Silvano Marraffa. Décors : Barrie Kosky. Costumes : Thibaut Welchlin. Lumières : Franck Evin. Avec : Mike Schwitter, Tony ; Madison Nonoa, Maria ; Bart Aerts, Riff ; Amber Kennedy, Anita ; Thomas Bernier, Action ; Kit Esuruoso, Bernardo ; Maxime Pannetrat, A-Rab ; Marin Delavaud, Chino ; Léo Gabriel, Baby John ; Antoine Beauraing, Snowboy ; Zoltan Zmarzlik, Big Deal ; Shena Dickson, Diesel ; Laura Buhagiar, Anybodys ; Emmanuelle Guélin, Graziella ; Ana Karina / Enriquez Gonzalez, Velma ; Jesse Lyon, Pepe ; Valentina Del Regno ; Rosalia ; Sofia Naït, Consuelo ; Alice Pernão, Francisca ; Brett Fukuda, Estella ; Deia Cabalé, Teresita ; Noemi Coin, Margarita ; Pierre Doncq, Anxious ; Pierre-Émile Lemieux-Venne, Indio ; Hénoc Waysenson, Nibbles ; Marwik Schmitt, Luis ; Dominique Grylla, Doc ; Flavien Reppert, Lieutenant Schrank ; Logan Person, Officier Krupke / Glad Hand. Ballet de l’Opéra national du Rhin (maîtres de ballet : Claude Agrafeil et Adrien Boissonnet), Chœur de West Side Story (chef de chœur : Luciano Bibiloni), Orchestre symphonique de Mulhouse, direction : David Charles Abell.

Par son minimalisme, la mise en scène de et , créée à Berlin en 2013, va au cœur de la tragédie qu’est West Side Story. Les chorégraphies d’, les éclairages inspirés de Franck Evin et la direction experte de assurent le spectacle.

Pour tout décor, le plateau vide et noir et deux échelles latérales. Les marquages au sol évoquent un terrain de basket sauvage où s’exerce un jeune, marquant des rebonds de son ballon « les trois coups » de la soirée. Quelques rares éléments viendront meubler l’espace largement ouvert : un lit, l’étal de fruits et légumes de Doc, un escalier métallique pour la scène du balcon ou une forêt de boules à facettes qui descend des cintres pour celle du bal. Les Jets font leur entrée, vêtus de sweats à capuche. Puis ce sera au tour des Sharks, torses nus et tatouages en évidence. et Otto Pichler renoncent aux trop évidentes références au New York des années 50 (cadre du musical originel de 1957, du film de Robert Wise en 1961 et du remake de Steven Spielberg en 2021) pour nous placer dans les faubourgs de n’importe quelle métropole multiethnique et multiculturelle actuelle où la guerre des clans se perpétue. De l’histoire initiale de Roméo et Juliette de Shakespeare transposée dans West Side Story, ils font ainsi une tragédie universelle et atemporelle.

Ce minimalisme scénographique laisse au spectateur tout loisir d’y investir son propre imaginaire (tout un chacun en connaît presque par cœur le synopsis) et va être habité par plusieurs éléments. En premier lieu, les chorégraphies d’Otto Pichler, nettement inspirées par celles de Jerome Robbins à la création et impeccablement exécutées par toute la troupe et le ballet de l’Opéra national du Rhin, apportent leur formidable énergie et contribuent avec clarté à la narration. Les lumières très théâtrales de Franck Evin sculptent l’espace et mettent les accessoires ou les scènes significatifs en exergue. L’usage du plateau tournant et la direction d’acteurs intense assurent une fusion optimale du théâtre parlé, du chant et de la danse sans aucun hiatus. Une sonorisation discrète et bien équilibrée permet à chacun de se faire parfaitement entendre et comprendre. Notons que dans un souci de véracité et d’universalité, les accents de chacun en anglais ont été respectés sans systématiquement sonner américain ou latino.

Au sein d’une distribution issue pour l’essentiel de la comédie musicale, la soprano , qui incarne Maria, vient du monde de l’opéra. Ses aigus de cristal, la pulpe du médium y apportent une vocalité riche, flexible et fort touchante tout comme ses notables talents d’actrice. Rompu quant à lui aux codes du musical, personnifie un Tony presque adolescent, à la voix claire, forcément moins puissant et moins coloré que sa partenaire mais réussissant néanmoins à se mettre à son niveau avec des aigus flottants en voix de tête de la plus belle eau. Comédienne très investie, donne tout son relief au rôle d’Anita avec cette tendance très anglo-saxonne à ouvrir et tendre l’aigu. En Riff, fait forte impression par sa présence scénique et un chant d’un naturel confondant.

Mais c’est toute la nombreuse troupe qu’il convient de saluer pour son investissement, son énergie, ses talents multiples de comédiens, danseurs, chanteurs. De nombreux membres sont issus du Ballet de l’Opéra national du Rhin et réussissent la performance de parfaitement s’intégrer aux chorégraphies mais aussi aux chœurs et aux incarnations scéniques de l’ensemble, comme Marin Delavaud en Chino pour ne prendre qu’un exemple. Même les rôles parlés du Doc, du Lieutenant Schrank ou de l’Officier Krupke sont soignés, caractérisés, individualisés.

Qui mieux que pouvait assurer la direction de l’œuvre ? Ancien élève de , il fut même chargé par lui de l’édition de la partition de Mass puis de West Side Story à l’occasion de l’enregistrement discographique en 1985. Sa battue nette et très marquée soigne le rythme, les percussions et l’impeccable cohésion. Avec conviction, l’Orchestre symphonique de Mulhouse se met au diapason et, sans perdre en homogénéité malgré la complexité rythmique de la partition, parvient à donner le change dans les couleurs jazzy ou latino. Sa formation classique transparaît tout de même dans un son presque trop lisse et parfait, des cordes trop fondues et un manque d’âpreté ou de rugosité mais ne compromet jamais la cohérence d’un spectacle marquant et fêté par le public.

Crédits photographiques : (Maria), (Tony) / (Riff) et les Jets © Klara Beck

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Strasbourg. Opéra national du Rhin. 31-V-2022. Leonard Bernstein (1918-1990) : West Side Story, comédie musicale en deux actes sur un livret d’Arthur Laurents et des paroles de Stephen Sondheim, d’après une idée de Jerome Robbins. Mise en scène : Barrie Kosky et Otto Pichler, reprise par Tamara Heimbrock. Chorégraphie : Otto Pichler, reprise par Silvano Marraffa. Décors : Barrie Kosky. Costumes : Thibaut Welchlin. Lumières : Franck Evin. Avec : Mike Schwitter, Tony ; Madison Nonoa, Maria ; Bart Aerts, Riff ; Amber Kennedy, Anita ; Thomas Bernier, Action ; Kit Esuruoso, Bernardo ; Maxime Pannetrat, A-Rab ; Marin Delavaud, Chino ; Léo Gabriel, Baby John ; Antoine Beauraing, Snowboy ; Zoltan Zmarzlik, Big Deal ; Shena Dickson, Diesel ; Laura Buhagiar, Anybodys ; Emmanuelle Guélin, Graziella ; Ana Karina / Enriquez Gonzalez, Velma ; Jesse Lyon, Pepe ; Valentina Del Regno ; Rosalia ; Sofia Naït, Consuelo ; Alice Pernão, Francisca ; Brett Fukuda, Estella ; Deia Cabalé, Teresita ; Noemi Coin, Margarita ; Pierre Doncq, Anxious ; Pierre-Émile Lemieux-Venne, Indio ; Hénoc Waysenson, Nibbles ; Marwik Schmitt, Luis ; Dominique Grylla, Doc ; Flavien Reppert, Lieutenant Schrank ; Logan Person, Officier Krupke / Glad Hand. Ballet de l’Opéra national du Rhin (maîtres de ballet : Claude Agrafeil et Adrien Boissonnet), Chœur de West Side Story (chef de chœur : Luciano Bibiloni), Orchestre symphonique de Mulhouse, direction : David Charles Abell.

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