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Avec Roméo et Juliette, John Nelson continue de faire triompher Berlioz

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Strasbourg, palais de la musique et des congrès, 7-VI-2022, Hector Berlioz (1803-1869) : Roméo et Juliette op. 17 H.79. Joyce Di Donato, mezzo-soprano ; Cyrille Dubois, ténor ; Christopher Maltman, basse ; Coro Gulbenkian (dir. Jorge Matta) ; Chœur de l’Opéra National du Rhin (dir. Alessandra Zuppardo) ; Orchestre Philharmonique de Strasbourg, direction : John Nelson

A Strasbourg, puis à la Philharmonie de Paris, Roméo et Juliette continue le cycle Berlioz sous la baguette de , avec et dans les rôles-titres.

Théophile Gautier écrivait, après la première parisienne de cette œuvre inclassable, que Berlioz créait « un genre nouveau ». C’était gentiment dire que Roméo et Juliette est un OVNI musical : ni opéra, ni cantate, ni poème symphonique, ni symphonie lyrique, le terme de « symphonie dramatique » qu’il a choisi ne veut pas dire grand-chose au niveau de la forme.

Elle ressemble plutôt à une symphonie classique alla Beethoven pour grand orchestre, mais enchâssée entre deux pans de cantate avec chœurs et solistes. Mais peu importe. Ce qui est merveilleux chez Berlioz, c’est cette liberté qu’il adopte dans les formes choisies de ses créations, cette incroyable richesse de couleurs, et cette toujours étonnante modernité d’écriture, qui a tant frappé ses contemporains, dont Wagner. Ce soir, cette liberté se trouve aussi dans la mise en place des interprètes. Deux chœurs disposés à cinq endroits différents selon le moment de leurs interventions, trois solistes placés soit devant, soit derrière l’orchestre… Cela permet sans doute une prise de son avec une spatialisation intéressante pour l’enregistrement annoncé, mais comme pour le précédent concert Berlioz, ce n’est pas sans inconvénient pour le public et les solistes.

C’est le valeureux et malheureux qui fait les frais de cette expérimentation spatio-sonore. Placé à l’extrême-fond de la scène, derrière l’orchestre (!), il a du mal à faire entendre sa voix qui a toutes les qualités sauf celle de la puissance. Il faut se concentrer pour profiter de son chant parfait, souple et agile, et de son excellente élocution. Gageons que les micros de la Warner et de Medici-TV rendront justice à ses talents, mais pour le public présent pendant la soirée, la situation est frustrante. Située au même endroit que lui, s’en sort un peu mieux, pour la simple raison que le mur orchestral qu’elle doit traverser est plus diaphane. Elle a l’intelligence de ne pas forcer sa voix, ce qui lui permet de maintenir un legato de rêve, et de chanter sa partie avec le tact et la sensibilité admirables qui sont les siennes, et que ses pages requièrent.

a la chance de profiter d’une mise en place traditionnelle devant l’orchestre, et peut projeter sa voix de façon à combler et le public, et les micros. Il donne au personnage du père Laurence la dimension prophétique impressionnante voulue par Berlioz, avec toujours une facilité, une classe et une maitrise du français superlatives. A quand Wotan, ou le Roi Artus ?

Pilier principal de ce Roméo et Juliette, l’orchestre doit assumer des moments virtuoses très délicats et très exposés, comme des constructions volumiques gigantesques. Ce soir, il le fait avec une assurance presque parfaite, au risque de quelques très rares imprécisions. Les climats sont rendus avec une grande justesse, depuis la fête chez les Capulets jusqu’au désespoir des amants mourants, en passant par les déchainements lyriques de leur passion nocturne. Le scherzetto de la Reine Mab, qui effraie tous les chef, est traversé sans embûche, avec des frémissements et tressautements étincelants. Dirigeant tout ce grand monde, y compris les deux chœurs et les deux chefs de chœur, tous très bons, (et même le public, très docile…), parvient à maintenir tous les équilibres, et à impulser cette flamme dramatique et poétique si typiquement berliozienne.

Heureux, le public fait un triomphe à tout le monde, triomphe bien mérité malgré quelques peccadilles, et John Nelson a encore ce geste touchant de soumettre la partition aux acclamations de la foule. Pour l’an prochain, on nous annonce une Carmen de Bizet, avec John Nelson, Joyce Di Donato et Michael Spyres. Espérons que cette bonne idée ne sera qu’une suspension dans cet excellent cycle Berlioz, qui unit John Nelson, la Warner et l’ sous une pluie d’étoiles. Après les Troyens, la Damnation de Faust, Roméo et Juliette et les Nuits d’été, d’autres ouvrages de Berlioz ont encore besoin de leur soutien : Béatrice et Benedict, et surtout le mal-aimé Benvenuto Cellini.

Crédit photographique : © Nicolas Roses

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Strasbourg, palais de la musique et des congrès, 7-VI-2022, Hector Berlioz (1803-1869) : Roméo et Juliette op. 17 H.79. Joyce Di Donato, mezzo-soprano ; Cyrille Dubois, ténor ; Christopher Maltman, basse ; Coro Gulbenkian (dir. Jorge Matta) ; Chœur de l’Opéra National du Rhin (dir. Alessandra Zuppardo) ; Orchestre Philharmonique de Strasbourg, direction : John Nelson

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