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Platée au Palais Garnier : verte fraîcheur d’été

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Paris. Palais Garnier. 17-VI-2022. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Platée, comédie lyrique (ballet bouffon) en un prologue et trois actes. Mise en scène, costumes : Laurent Pelly. Décors : Chantal Thomas. Chorégraphie : Laura Scozzi. Avec : Lawrence Brownlee, Platée ; Jean Teitgen, Jupiter ; Julie Fuchs, Thalie, la Folie ; Marc Mauillon, Momus, Adriana Bignagni Lesca, Junon ; Mathias Vidal, Thespis. Choeurs de l’Opéra National de Paris, chef des choeurs : Ching-Lien Wu. Orchestre des Musiciens du Louvre, direction : Marc Minkowski

Quelle production incroyable de Platée que celle de l’Opéra National de Paris ! C’est à chaque reprise que l’on peut mesurer la chance d’avoir un spectacle d’une facture aussi parfaite, tant au niveau de la mise en scène que des effets visuels. Tout fonctionne parfaitement bien, malgré les changements de distribution.

En effet, de la dernière reprise en 2015, il n’y a plus que (dans le rôle de la Folie et de Thalie). La ligne directrice de l’histoire de cette production est écrite par le tandem / , dans le partage d’une jouissance de la scène et d’une élégance narquoise qui reflètent une certaine idée de l’esprit français.

La direction musicale de est toujours parfaitement alerte, attentive à chacun des pupitres, avec une certaine sécheresse au niveau des cordes et de nouvelles nuances (ainsi, la reprise de l’ouverture à la fin de du premier acte est toute furieuse). Le chef arrive à créer une connivence entre la fosse et la scène et sa connaissance ultime de cette partition ne le fait pas choisir la facilité pour autant, créant toujours des effets inattendus (l’orage qui clôt la première partie ou bien les languides danses du deuxième acte).

L’équipe scénographique et dramaturgique démontre encore s’il le fallait la parfaite justesse du propos de l’opéra-bouffe. Tantôt suscitant rire ou pitié, l’alternance entre les airs et les danses aurait pu faire craindre une rupture dans la narration. Cela n’est pas le cas : chacun des danseurs, des figurants, des chanteurs sont pleinement dans leur rôle, sans essoufflement, dans des enchaînements de style qui n’ont pris aucune ride. La très belle cohérence des choix chorégraphiques font passer Rameau pour le plus ingénieux des compositeurs et démontrent sa modernité. Enfin, les clins d’œil rendent le spectateur complice, voire complaisant, de la farce qui se joue au détriment de la naïve et érotomane Platée au moyen de l’intelligence du spectateur qui est convoquée par surprise par une mise en scène toujours inventive.

est principalement connu pour ses rôles rossiniens où il excelle habituellement et il fait ses premiers pas dans le répertoire ramélien. Entendre une voix claire, lumineuse, facile dans ce rôle n’est pas coutumier, le spectateur étant habitué à une certaine philologie du haute-contre à la Jélyotte. Mais la proposition est convaincante et très fouillée. Que ce soit la prononciation, aboutie quand on connaît la nationalité américaine du chanteur (les quelques bizarreries pouvant même ajouter à la loufoquerie de Platée), la drôlerie gauche et pataude dans ses déplacements et les mimiques sans lourdeur convainquent de façon étonnante car il aurait été bien difficile de prédire à quel point cette prise de rôle allait été aussi joliment ficelée. On comprend l’émotion du ténor aux saluts.

revient dans l’ensemble constitué de Thalie et de la Folie. L’actrice est toujours aussi brillante que par le passé, mais la voix possède un vibrato un rien indolent et lâche qui rend certaines notes dans le haut médium plutôt ternes. Cependant, le brio et l’abattage en font toujours une digne titulaire du rôle. Très attendu dans Thespis, fait face à une tessiture trop aigüe avec laquelle il ne parvient pas à négocier. Des vocalises imprécises mêlées aux notes extrêmes de la tessiture ratées déçoivent à la hauteur de la qualité de cet artiste qui est habituellement impeccable. En contrepoint, en Momus a cette clarté d’émission vocale qui lui est très personnelle et lui permet une déclamation intelligible. est somptueux, tant dans la brillance des vocalises que par le timbre bien installé. Enfin, Jupiter est incarné par , qui manque peut être de la duplicité du dieu moqueur en restant parfois trop sérieux, mais sonore comme on l’attend du dieu du tonnerre. Une qualité que l’on a peu avec la Junon fantomatique d’.

Une prise de rôle d’une fraîcheur incroyable dans une œuvre d’un compositeur qui ose tout et dans une production d’ores et déjà entrée dans la légende. Vite, dans les bocages !

Crédit photographique : © Guergana Damianova/ Opéra National de Paris

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Paris. Palais Garnier. 17-VI-2022. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Platée, comédie lyrique (ballet bouffon) en un prologue et trois actes. Mise en scène, costumes : Laurent Pelly. Décors : Chantal Thomas. Chorégraphie : Laura Scozzi. Avec : Lawrence Brownlee, Platée ; Jean Teitgen, Jupiter ; Julie Fuchs, Thalie, la Folie ; Marc Mauillon, Momus, Adriana Bignagni Lesca, Junon ; Mathias Vidal, Thespis. Choeurs de l’Opéra National de Paris, chef des choeurs : Ching-Lien Wu. Orchestre des Musiciens du Louvre, direction : Marc Minkowski

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