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Des Noces de Figaro de morne routine à Stuttgart

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Stuttgart. Opernhaus. 8-IX-2022. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Le Nozze di Figaro, opéra en 4 actes sur un livret de Lorenzo da Ponte d’après Beaumarchais. Mise en scène : Christiane Pohle ; décor : Natascha von Steiger ; costumes : Sara Kittelmann. Johannes Kammler (le comte) ; Jacquelyn Wagner (la comtesse) ; Josefin Feiler (Susanna) ; Michael Nagl (Figaro) ; Shannon Keegan (Cherubino) ; Maria Theresa Ullrich (Marcellina) ; Jasper Leever (Bartolo) ; Heinz Göhrig (Basilio) ; Alberto Robert (Don Curzio) ; Natasha Te Rupe Wilson (Barbarina) ; Andrew Bogard (Antonio) ; Staatsorchester Stuttgart ; direction : Karsten Januschke

La mise en scène manque de force, mais c’est surtout une direction apathique et peu soucieuse des chanteurs qui plombe la soirée.


À l’opéra, la vraie routine n’existe plus, celle du temps où on jouait tous les soirs des titres différents, et où le programme était décidé un mois à l’avance en fonction de la disponibilité des chanteurs de la troupe. Les maisons d’opéra ont aujourd’hui à cœur de préserver un certain niveau même pour les reprises les plus éculées ; cela ne suffit pour autant pas à éviter l’érosion des spectacles entre les premières séries et les reprises.

Les Noces de Figaro mises en scène par ne datent que de 2019, et le spectacle paraît pourtant déjà usé. C’est dans le monde d’Ikea qu’elle situe sa mise en scène, ce monde d’appartements témoins en apparence réalistes, où un couple qui s’installe peut s’imaginer l’environnement matériel de sa vie future. Elle meuble donc la scène avec une série de possibles chambres à coucher sur des estrades mobiles, et leurs déplacements rythment tout le spectacle – seul l’acte III montrent quatre de ces cellules simplement alignées en front de scène. Ce dispositif voyant et complexe concentre l’attention des spectateurs, mais il ne dit pas grand-chose au-delà de la déclaration de principe ; pour le reste, Pohle s’en tient à une direction d’acteurs somme toute classique, se dispensant systématiquement de toute recréation des jeux de scène attendus, le cache-cache avec Chérubin et le comte à l’acte I par exemple. Ce n’est naturellement pas interdit, mais dans une direction d’acteurs par ailleurs peu imaginative, un tel décalage paraît simplement un maniérisme.


Si la soirée se traîne autant, c’est pourtant autant à l’interprétation musicale qu’on le doit, et d’abord à la direction sans esprit et sans flamme de . Le quintette des rôles principaux pourrait offrir, avec un chef capable d’emmener ses troupes, une grande soirée mozartienne, et on se prend à vérifier périodiquement que non, décidément, l’ennui qu’on éprouve n’est pas de leur fait – ce qui manque n’est pas un travail sur le rôle, sinon dans les récitatifs sur la fluidité textuelle, c’est un soutien qui les mettrait en avant et ferait valoir tous leurs efforts de caractérisation. On devine donc un très bon couple aristocratique ( et ), des serviteurs efficaces et un jeune Cherubino prometteur, mais l’ivresse sonore et théâtrale nous est constamment refusée par la direction qui, dès l’ouverture, semble naviguer à vue. Seul , 34 ans de troupe à Stuttgart, tire son épingle du jeu en Basilio, et n’en paraît que plus vivant : une vraie voix de ténor bouffe et un personnage irrésistible.

Crédits photographiques : © Martin Sigmund (distribution antérieure)

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Stuttgart. Opernhaus. 8-IX-2022. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Le Nozze di Figaro, opéra en 4 actes sur un livret de Lorenzo da Ponte d’après Beaumarchais. Mise en scène : Christiane Pohle ; décor : Natascha von Steiger ; costumes : Sara Kittelmann. Johannes Kammler (le comte) ; Jacquelyn Wagner (la comtesse) ; Josefin Feiler (Susanna) ; Michael Nagl (Figaro) ; Shannon Keegan (Cherubino) ; Maria Theresa Ullrich (Marcellina) ; Jasper Leever (Bartolo) ; Heinz Göhrig (Basilio) ; Alberto Robert (Don Curzio) ; Natasha Te Rupe Wilson (Barbarina) ; Andrew Bogard (Antonio) ; Staatsorchester Stuttgart ; direction : Karsten Januschke

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