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Une truculente Périchole au Théâtre des Champs-Elysées

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Paris. Théâtre des Champs-Elysées. 14-XI-2022. Jacques Offenbach (1819-1880) : La Périchole, opéra bouffe en trois actes (1874) sur un livret de Henry Meilhac et Ludovic Halévy. Mise en scène et costumes de Laurent Pelly. Scénographie : Chantal Thomas. Lumières : Michel Le Borgne. Avec : Marina Viotti, La Périchole ; Stanilas de Barbeyrac, Piquillo ; Alexandre Duhamel, Don Andres ; Rodolphe Briand, Comte Miguel Panatellas ; Lionel Lhote, Don Pedro ; Chloé Briot, Guadalena / Manuelita ; Alix Le Saux, Berginella / Ninetta ; Eléonore Pancrazi, Mastrilla / Brambilla ; Nathalie Pérez, Frasquinella. Chœur de l’Opéra National de Bordeaux. Les Musiciens du Louvre, direction : Marc Minkowski

Après La Vie parisienne l’an passé, c’est au tour de La Périchole du même Jacques Offenbach de se produire sur la scène du Théâtre des Champs-Elysées, portée par et , deux spécialistes du genre.

La Périchole n’avait plus arpenté la scène de l’avenue Montaigne depuis 1984 dans la mise en scène de Jérôme Savary, c’est dire combien cette nouvelle production était attendue, après celle des Tréteaux lyriques en janvier et celle de l’Opéra-Comique en mai, d’autant plus que confiée à un duo très aguerri : qui a déjà monté plus d’une douzaine d’œuvres d’Offenbach dont il connait sur le bout des doigts toutes les facettes et qui a réalisé le premier enregistrement sur instruments historiques de ce même opéra bouffe (version 1874) pour le label Bru Zane en 2019. Abondance de biens ne nuit pas puisque cette nouvelle mouture s’appuie également sur une distribution de jeunes chanteurs recrutés dans la jeune et convaincante école du chant français et que la mezzo (remplaçant Marianne Crebassa) effectue ses débuts dans le rôle-titre. On ne s’étonnera pas qu’avec une telle affiche théâtre et musique se conjuguent en une belle réussite.

Laurent Pelly choisit judicieusement de transposer dans notre monde contemporain l’histoire des amours tourmentées de la Périchole et de Piquillo dont il fait un couple de chanteurs de rue. Avec une actualisation des dialogues parlés due à Agathe Mélinand, il en renforce l’actualité et acutise la farce dans une lecture percutante qui gomme quelque peu l’aspect parodique du grand opéra français mais en souligne la critique sociale et politique. Un beau travail de mise en scène décliné en trois tableaux principaux par la scénographie de Chantal Thomas : le bar des trois cousines, truculente roulotte où le riquiqui, moteur de l’intrigue, coule à flots ; l’élégant salon du Vice-Roi (on admire le jeu de mots !) dernier vestige d’un temps révolu, dernier souvenir du grand opéra français avec un grotesque ballet supportant la critique sociale, elle-même figurée par les beaux costumes contrastés de Laurent Pelly et les jeux de miroir et de lumière très réussis de ; la prison enfin, constituée d’une cage grillagée qui symbolise l’ autocratie du Vice-Roi en soulignant l’aspect politique du livret largement clamé au III dans l’air : « Roi, pas plus haut qu’une botte… ». Tout cela baignant dans une gaité libertine et jubilatoire, sans vulgarité, rondement menée par des acteurs-chanteurs, tous plus irrésistibles les uns que les autres.

Dans la fosse, le ton est donné dès l’ouverture initiale, nerveuse et pleine d’allant, conduite par un Marc Minkowski très affuté et des Musiciens du Louvre réactifs et complices. On note d’emblée la sonorité ronde des cordes (violon solo) et la virtuosité des bois réunis dans une symbiose vivifiante. La direction engagée du chef donne beaucoup de relief et de couleurs au phrasé, parfaitement équilibrée, riche en nuances rythmiques et dynamiques, qui passe avec aisance de la joie la plus débridée à la tendresse la plus émouvante, suivant au plus près le déroulement de la farce à laquelle Marc Minkowski et ses musiciens n’hésitent pas d’ailleurs à participer activement.

La distribution vocale est homogène et de haute tenue théâtralement et musicalement, arguant d’une impeccable diction, d’un engagement scénique irréprochable, d’une prosodie parfaitement limpide et d’un parler fleuri joliment apparié aux vers de mirliton du livret. Vocalement, pour sa prise de rôle, en Périchole brule les planches avec sa gouaille, ses allures à la fois sensuelles et pudiques, son timbre rond et corsé, sa voix bien projetée. Face à elle campe un Piquillo attachant et un peu benêt, avec un chant puissant parfois quelque peu haché. , convaincant de bout en bout prête au Vice-Roi son timbre profond et ses attitudes libidineuses d’érotomane accompli, inénarrable dans le trio : « Je suis le joli geôlier ». Les seconds rôles : , et Eléonore Pancrazi en pétillantes trois cousines, tout comme le duo de courtisans obséquieux (Rodolphe Briand et Lionel Lhote) ou encore les notaires intempérants ( et ) sans oublier en courtisane délurée et l’excellent Chœur de l’Opéra national de Bordeaux complètent avec bonheur cette distribution qui échappe à toute critique.

En bref, une superbe production qui comme le riquiqui des trois cousines se déguste sans modération !

Crédit photographique : © Vincent Pontet

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Paris. Théâtre des Champs-Elysées. 14-XI-2022. Jacques Offenbach (1819-1880) : La Périchole, opéra bouffe en trois actes (1874) sur un livret de Henry Meilhac et Ludovic Halévy. Mise en scène et costumes de Laurent Pelly. Scénographie : Chantal Thomas. Lumières : Michel Le Borgne. Avec : Marina Viotti, La Périchole ; Stanilas de Barbeyrac, Piquillo ; Alexandre Duhamel, Don Andres ; Rodolphe Briand, Comte Miguel Panatellas ; Lionel Lhote, Don Pedro ; Chloé Briot, Guadalena / Manuelita ; Alix Le Saux, Berginella / Ninetta ; Eléonore Pancrazi, Mastrilla / Brambilla ; Nathalie Pérez, Frasquinella. Chœur de l’Opéra National de Bordeaux. Les Musiciens du Louvre, direction : Marc Minkowski

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