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L’esprit de résistance du Ballet national d’Ukraine à Paris

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Théâtre des Champs-Elysées, Paris. 21-XII-2022. Dans le cadre de Transcendanses. Ballet national d’Ukraine : Giselle. Chorégraphie : Marius Petipa, d’après Jules Perrot et Jean Coralli. Musique : Adolphe Adam. Décors et costumes originaux : Tetiana Bruni. Nouveau design costumes : Malva Verbytska de la maison Malva Florea. Maitre de ballet : Kostyantin Sergieiev.
Orchestre Prométhée, direction : Dmytro Morozov
Avec Natalia Matsak, Giselle ; Sergii Kryvokon, Albrecht les solistes et le corps de ballet de l’Opéra national d’Ukraine

Quinze jours de répit bienvenus pour les danseurs du Ballet national d’Ukraine qui se produisent pour la première fois hors de leur pays depuis l’invasion russe. C’est avec Giselle, ballet romantique français, qu’ils ont choisi de montrer au public du Théâtre des Champs-Elysées leur esprit de résistance et leur courage.

Le couple d’Étoiles formé par et assure la première distribution de cette série de représentations de Giselle au Théâtre des Champs-Élysées pour les fêtes. Mari et femme dans la vie, les deux solistes sont venus avec leur enfant, comme plusieurs des autres danseurs de la compagnie présents à Paris. Ils ont eu à peine quelques heures pour se remettre de l’épuisant voyage perturbé par une tempête de neige, qui les a conduits en car de Kiev à Cracovie, en Pologne, où ils ont pu prendre un avion pour la France. Vony Sarfati, la productrice de Transcendanses qui les avaient invités depuis deux ans, a tout fait pour que la compagnie arrive à Paris cet hiver, malgré les
difficultés matérielles qui avaient conduit à un changement de programme.

C’est la première fois que le Ballet national d’Ukraine se produit à l’étranger depuis l’invasion de l’Ukraine par les troupes russes. Une bouffée d’oxygène pour ces danseurs qui ont perdu des camarades au front, doivent subir quotidiennement les coupures d’eau ou d’électricité, interrompre une répétition ou une représentation pour se réfugier dans un abri en cas d’attaque de drones ou d’envoi de missiles sur la capitale ukrainienne. Malgré la guerre, le public continue à se presser à l’Opéra national de Kiev les vendredi, samedi et dimanche en matinée pour applaudir danseurs, chanteurs et musiciens qui font ainsi preuve de résilience et d’esprit de résistance.

Le rideau du Théâtre des Champs-Elysées se lève sur le décor champêtre de Giselle, le ballet de d’après Jules Perrot et Jean Coralli, sur une musique composée par . Dans le rôle-titre, la danseuse est une magnifique ballerine au lever de jambe spectaculaire et au caractère affirmé qui a fait toute sa carrière au Ballet national d’Ukraine. À ses côtés dans le rôle du Prince Albrecht, , nommé Étoile l’an dernier mais dans la compagnie depuis 2010, est un danseur noble et élancé, qui manque un peu de présence dans le premier acte, mais se déploie pleinement dans le second acte.

Si la pantomime un peu molle du premier acte n’aide pas à caractériser les personnages masculins et à rendre la narration dynamique, en particulier en ce qui concerne Hilarion, dansé par Kostiantyn Porzharnytskyi, les seconds rôles féminins, comme Bertha, la mère de Giselle, dansée par Kseniia Ivanenko ou Bathilde, par Iryna Borysova, sont mieux campés par des danseuses expressives et expérimentées. Le pas de deux des vendangeurs met aussi davantage en valeur sa partie féminine, avec une Katarina Kurchenko nette et souriante, que les passages plus gauche (épaulements, port de bras) de Tymofiy Bykovets, danseur assez puissant malgré tout. Le corps de ballet et notamment les amis de Giselle sont un joli contrepoint à ce duo de solistes.

L’ assure dans la fosse l’interprétation musicale de l’œuvre d’, sous la baguette du chef ukrainien . Ils ont dû en quelques jours régler la partition et s’accorder avec un ballet pour lequel ils n’avaient jamais joué.

Le décor du deuxième acte, parfaitement romantique, à l’allemande, évoquant la légende originelle relatée par Henrich Heine dans De l’Allemagne, est plus réussi que celui, aux couleurs vives, du premier acte.

Dans le rôle de Myrtha, Kateryna Kurchenko mène ses Willis d’une main de maître et le corps de ballet est tiré au cordeau, absolument impeccable dans cette première partie de l’acte deux. La très brune Giselle surgit des coulisses au-dessus de sa tombe, côté jardin, semblant reprendre progressivement le contrôle d’elle-même. Natalia Matsak est plus impressionnante dans les mouvements lents que dans les passages rapides, où ses grands membres semblent la ralentir. Mais c’est une splendide ballerine ! Albrecht est non moins impressionnant, alliant élévation et légèreté, avec une interprétation éthérée qui sied au contexte. Ce deuxième acte est d’une très belle tenue et a visiblement fait l’objet de toute l’attention de la compagnie dans les ultimes répétitions. Pour que le premier acte se hisse complètement au niveau de cette soirée, on ne saurait que conseiller aux répétiteurs du Ballet national d’Ukraine de soigner davantage le rythme et les détails (pantomime, lumières) de l’acte introductif.

Crédits photographiques : @ Ksenia Photoart et Ballet national d’Ukraine

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Théâtre des Champs-Elysées, Paris. 21-XII-2022. Dans le cadre de Transcendanses. Ballet national d’Ukraine : Giselle. Chorégraphie : Marius Petipa, d’après Jules Perrot et Jean Coralli. Musique : Adolphe Adam. Décors et costumes originaux : Tetiana Bruni. Nouveau design costumes : Malva Verbytska de la maison Malva Florea. Maitre de ballet : Kostyantin Sergieiev.
Orchestre Prométhée, direction : Dmytro Morozov
Avec Natalia Matsak, Giselle ; Sergii Kryvokon, Albrecht les solistes et le corps de ballet de l’Opéra national d’Ukraine

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