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César Franck, un bicentenaire d’importance

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, l’un des plus grands compositeurs de l’histoire de la musique, fête ses 200 ans en cette fin d’année 2022. A cette occasion, de nombreux évènements ont ponctué cet anniversaire par des rencontres, concerts, livres ou autres enregistrements discographiques. C’est le moment d’apporter un premier bilan de cette commémoration et d’évoquer quelques points marquants qui nous rapprochent un peu plus de l’homme et de son œuvre.

Né à Liège, en Belgique, dans l’ancien Hôtel de Grady le 10 décembre 1822, le jeune César-Auguste est baptisé dans l’église toute proche de ce quartier. Après des débuts fulgurants pour ses études musicales dans sa ville natale, c’est vers l’âge de douze ans qu’il quitte la Belgique pour s’installer à Paris. Il y restera jusqu’à sa mort en novembre 1890. Tout a été dit ou presque sur cette figure emblématique de la musique, et c’est le moment de faire le point sur la place réelle qui est la sienne en ce XIXe siècle grouillant d’horizons nouveaux.

En cette année du bicentenaire, de nombreux musiciens ont pris un vif intérêt à jouer la musique de , dans tous les domaines explorés par le compositeur. A Liège, s’est tenu à l’automne un congrès sur le musicien, réunissant spécialistes et mélomanes avertis, avec des conférences illustrées de photos et de textes musicaux parmi les plus illustres spécialistes reconnus de Franck : Joris Verdin, Philippe Vendrix, Henri Van Hulst (Société musicologique belge). Plusieurs jeunes étudiants en musicologie, de diverses nationalités ont présenté le fruit de leurs recherches sur divers aspects de l’œuvre de Franck (Sonate, Les Béatitudes…). L’édition des œuvres de Franck a été traitée par Christiane Strucken-Paland, présidente par ailleurs de l’active Société Internationale César Franck basée en Allemagne (elle s’occupe d’éditer l’œuvre d’orgue urtext pour Barenreiter). Une édition critique de l’œuvre d’orgue est également parue chez Lyrebird Music. La difficulté de ce colloque, au niveau des interventions, résidaient dans le fait que la moitié des conférences était en anglais, suivant la nationalité des intervenants (américaine, allemande et anglaise) sans proposer de traductions. Certains intervenants belges ou français tel Joris Verdin (sur l’œuvre pour orgue et harmonium) se sont même exprimés en anglais.

Grâce aux ouvrages parus en cette année, on aura pu découvrir quelques documents inédits, des lettres en particulier qui permettent d’aprfondir encore notre connaissance de la personnalité du compositeur. Les disques apportent aussi leur part de nouveautés avec de nouvelles approches et l’arrivée de transcriptions du plus grand intérêt. L’organiste Georges Guillard a récemment proposé une adaptation de la Grande pièce symphonique pour orgue et orchestre par Olivier Penin et l’orchestre Colonne dirigé par Marc Korovitch, créée en cette fin d’année en la basilique Saint Clotilde à Paris, où Franck fut organiste. Certaines œuvres orchestrales ont bénéficié elles aussi d’une transcription pour l’orgue comme les Variations symphoniques.


Au-delà des traces musicales encore très fortes dans bien des domaines, le nom de César Franck est bien présent dans notre environnement. De nombreuses rues dans diverses villes en Belgique et en France portent son patronyme et même trois collèges l’honorent. A Paris, un monument à la gloire du maître a été érigé dans le square Samuel-Rousseau, face à la basilique Sainte-Clotilde. De plus, certaines idées reçues sur l’artiste se sont estompées peu à peu : cette réputation d’un homme doux, effacé et que l’on a nommé « Pater Seraphicus » semble dépassé tant on a pu constater au contraire par de récentes études le caractère marqué du musicien.

Au grand orgue de la basilique Saint-Clotilde, il devient le premier titulaire lorsque Aristide Cavaillé-Coll livre un instrument neuf en 1859. Franck aimait son orgue qu’il décrivait comme un orchestre. Neuf de ses grandes pièces lui furent consacrées et trois pour le nouvel orgue du palais du Trocadéro. Depuis ce temps-là, beaucoup de choses ont changé, la perte du Trocadéro et l’évolution importante de l’orgue de Sainte-Clotilde. Par chance, la console de César Franck a pu être sauvée (ensemble des claviers et des tirages de jeux). Après une histoire mouvementée, elle est désormais exposée au musée Vleeshuis d’Anvers et a été présentée cette année au Grand curtius museum de Liège, ville natale du compositeur.

La postérité retient de nombreuses compositions dont les influences sont déterminantes dans le domaine de la musique de chambre. Inspiré par de grandes figures de l’histoire de la musique, Franck reprend tel Beethoven, l’idée de la forme cyclique, l’une des bases du symphonisme. Le rappel des thèmes à la fin des mouvements est caractéristique, de même que l’écriture en canon dont les exemples sont nombreux (Sonate pour violon et piano). Le catalogue de ses œuvres est vaste, couvrant de nombreux domaines dans la musique vocale (Oratorios, Opéras, Messe et Motets), pour piano (série des Préludes), pour orgue (Douze grandes pièces et plusieurs recueils pour harmonium) et pour orchestre (Poèmes symphoniques, Variations et Symphonie). La musique de chambre complète ce catalogue prestigieux (Trios, Quatuor à cordes, Quintette, Sonate).

On se réjouit de cette année où la mémoire de celui qui occupe une place de choix dans l’histoire de la musique a été d’aussi belle façon commémorée. Autour de sa date anniversaire du 10 décembre, d’importantes rencontres ont été organisées à Paris, en province : le Festival Franck à Poitiers d’octobre à décembre (3 concerts, 2 conférences et 3 master classes) ; un colloque international Franck à Londres en décembre ; et le « jubilé de la naissance » du Pater Seraphicus à Ste Clotilde du 9 au 11 décembre (exposition, concerts). En Belgique bien entendu, l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège a proposé un très riche programme de célébrations, avec un prélude dès le mois de septembre 2021, puis la création de Hulda, le seul opéra de maturité achevé du compositeur, et en clôture de l’année, son somptueux oratorio Les Béatitudes.

Suite à un accident de la circulation en mai 1890 où César Franck est blessé au côté, il ne se remet pas vraiment, souffrant d’un emphysème. Il écrit ses dernières œuvres, les trois chorals pour orgue qui demeurent son testament musical. Les dernières mesures du troisième choral sont écrites seulement un peu plus d’un mois avant son décès, le 8 novembre 1890, causé par une pleurésie. Il est grandement émouvant d’écouter ce choral et notamment ses dernières mesures dramatiques, décrivant par des accords arpégés insistants un dernier attachement à la vie avant une sombre note grave de pédale imageant la mort, à l’image de Bach dans la fugue inachevée de l’Art de la fugue, ou de Wagner avec la Mort d’Isolde dans son opéra Tristan.

Image libre de droit : César Franck à l’orgue de Sainte-Clothilde ; Gravure de Victor Henri Weller 

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