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Arnaud Marzorati et Stéphanie d’Oustrac : Merd’ v’la les pauvres !

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Anonymes : Dies irae ; Merd’ v’la l’hiver ! ; Complainte de Fualdès (sur l’Air du Maréchal de Saxe) ; Soliloque du chanteur ambulant ; Complainte du XVIème siècle ; La Péronnelle. Aristide Bruant (1851-1925) : V’la l’choléra. Vincent Scotto (1874-1952) : La Vipère du trottoir. Francis Popy (1874-1928) : Spleen-Valse hésitation. Emil Waldteufel (1837-1915) : Amour et Printemps. Gustave Goublier (1856-1926) : Filles d’ouvrier. Jean Varney (1868-1904) : La Sérénade du pavé. Paul Bernard (1825-1879) : Ça fait peur aux oiseaux. Ducreux et Beretta : Complainte de Paillasse. César Cui (1835-1918) : Les Petiots. Gaston Gabaroche (1884-1961) : Les Nocturnes. Stéphanie d’Oustrac, mezzo-soprano ; Les Lunaisiens, direction : Arnaud Marzorati. 1 CD Alpha. Enregistré au Moulin à café à Saint-Omer du 22 au 29 juin 2020. Notice en français et anglais. Durée : 58:52

 

poursuivent leur voyage historico-politique dans la chanson française. Après les fastes napoléoniens, voici les miséreux et sans-grades. Merd’ v’la l’hiver est un disque roboratif qui tombe à point nommé dans la France d’aujourd’hui.

Etonnante coïncidence, à l’automne 2022, entre les mots chantés du dernier disque conçu par pour sa clique de Lunaisiens et les mots prononcés par certaine Ministre de la Transition énergétique pour qualifier la pauvreté de certains de nos contemporains. Adieu les pauvres : bienvenue aux « personnes en situation de sobriété subie » ! Merd’ v’la l’hiver est le contrepoint réaliste de cette novlangue déconnectée. Pas de novlangue, donc, dans ce disque à l’intitulé sans équivoque (Merd’ v’la l’hiver, donc) plaqué sur le visage en pleine face d’un clochard bien terrestre, et qui ose reléguer sa vedette en or massif (Stéphanie d’Oustrac) au dos du disque dans le cadre étroit d’une minuscule vignette.

Merd’ v’la l’hiver!, premier titre, ouvre Merd’ v’la l’hiver, le disque, comme il ouvrait Les Soliloques du pauvre de Gabriel Randon de Saint-Amand, dit Jehan-Rictus, poète-chansonnier de son état au sortir d’une enfance malmenée par une mère Poil de Carotte, qu’il tacla dans son unique roman (Fil de fer) Marquise de Saint-Scolopendre de Tripapan-Ribon-Ribette. Avant de céder aux sirènes nationalistes de 14-18, puis aux sirènes monarchistes de l’Action française, avant d’exercer ses talents dans des cabarets montmartrois (Quat’z’arts, Chat noir), Jehan-Rictus (il tenait au trait d’union de son patronyme de scène) avait sombré dans une extrême précarité. Enfant (non reconnu par ses parents) devenu clochard de la Cour des Miracles de la fin du XIXᵉ, il avait aussi fréquenté la bohème anarchiste et les cercles littéraires (de Heredia, Apollinaire, Max Jacob, Francis Carco…). Cette plongée dans la cloche lui avait permis le succès, en 1897, de ces Soliloques du pauvre au plus près du verbe de la rue.

Un verbe que l’on retrouve dans toutes les compositions du disque conviées dans le sillage de Jehan-Rictus : des compositions qui, comme le dit , ont le devoir de capter, en quelques mesures introductives, l’oreille du passant, qu’il soit discographique ou non. Merd’ v’la l’hiver commence tambour battant (au sens propre) avec un Dies irae anonyme percutant et ne lâche plus son auditeur embarqué pour une festive danse des morts sociale où les noms qui chantent (Bruant, Scotto, Cui…) font jeu égal avec les anonymes. Quelques instrumentaux (Popy, Waldteufel…) d’une mélancolie désillusionnée viennent apposer leur baume sur les plaies béantes ouvertes par la crudité d’un verbe qui ne s’effarouche pas devant un chat s’appelant un chat.

Du violon à l’orgue de barbarie, l’instrumentarium, forcément économe, mais glorifié par une empathique prise de son, est utilisé avec une science des effets délicate et spectaculaire. L’intérêt est sans cesse relancé entre le galvanisant talent de bateleur militant d’Arnaud Marzoratti, les interventions subtiles et pures d’Audomaria, ensemble vocal féminin de Saint-Omer (du terriblement sautillant V’la choléra à cette Péronnelle que Malicorne révéla dans les années 70), et, enfin, les métamorphoses canailles de la grande Stéphanie d’Oustrac en nouvelle Fréhel dans des chansons dont, comme dans son actuel Amant de Saint-Jean, elle ne fait bien évidemment qu’une gourmande bouchée. Des chansons qui n’auraient pas dépareillé le répertoire classieux d’une interprète qui, elle non plus, n’a jamais été déconnectée de la chanson populaire: Barbara.

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Anonymes : Dies irae ; Merd’ v’la l’hiver ! ; Complainte de Fualdès (sur l’Air du Maréchal de Saxe) ; Soliloque du chanteur ambulant ; Complainte du XVIème siècle ; La Péronnelle. Aristide Bruant (1851-1925) : V’la l’choléra. Vincent Scotto (1874-1952) : La Vipère du trottoir. Francis Popy (1874-1928) : Spleen-Valse hésitation. Emil Waldteufel (1837-1915) : Amour et Printemps. Gustave Goublier (1856-1926) : Filles d’ouvrier. Jean Varney (1868-1904) : La Sérénade du pavé. Paul Bernard (1825-1879) : Ça fait peur aux oiseaux. Ducreux et Beretta : Complainte de Paillasse. César Cui (1835-1918) : Les Petiots. Gaston Gabaroche (1884-1961) : Les Nocturnes. Stéphanie d’Oustrac, mezzo-soprano ; Les Lunaisiens, direction : Arnaud Marzorati. 1 CD Alpha. Enregistré au Moulin à café à Saint-Omer du 22 au 29 juin 2020. Notice en français et anglais. Durée : 58:52

 
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