Georges Aperghis à l’honneur de Présences 2026 : L’écoute en alerte !
En avant-première du festival Présences de Radio France qui met Georges Aperghis à l'honneur, trois pièces du compositeur, dont deux avec électronique, sont données dans l'Espace de projection de l'Ircam au côté d'une création mondiale de sa compatriote Sofia Avramidou.

On pénètre d'emblée dans l'univers aperghien avec Pub / Reklamen et la présence de Donatienne Michel-Dansac, interprète associée à l'écriture du compositeur. Aperghis jette ici son dévolu sur les pages de publicité (crème hydratante, dentifrice, shampoing) pour jouer avec les mots et les syllabes, à la frontière du sonore et de l'intelligible. La performance de la chanteuse est à voir et à entendre, dont les circonvolutions vocales sont fantasques autant que virtuoses (elle siffle, éructe, glousse, hoquette, etc.) mais sans excès pour autant, car la distance est maître mot dans le théâtre aperghien.
Théâtral en diable est le costume, combinaison rouge et longue traine noire de la pianiste Ninon Hannecart-Ségal qui joue Dans le mur (2007) ; l'œuvre pour piano et électronique est la quatrième pièce mixte du compositeur réalisée à l'Ircam avec son RIM Sébastien Roux. La partie électronique provient d'un montage de séquences enregistrées par Nicolas Hodges et soumises aux logiciels de transformation, « toile de fond » sur laquelle réagit la pianiste comme la graffeuse sur son mur : tension du geste, violence des impacts, répétition, tourbillon et fulgurances : une jubilation sonore et rythmique qui met le clavier à feu et à flux. L'énergie déployée et la confrontation sonore captivent tout du long, corps à corps aperghien dûment entretenu par la pianiste dans une scène à haute tension.

Entre tradition et création
Dimorphose Delta / Folksong 7 est la quatrième et dernière partie d'une pièce d'envergure (50') pour voix, contrebasse et électronique. Deux visages (deux univers) s'interpénètrent et s'hybrident, celui du monde instrumental et expérimental (la contrebasse) et du chant traditionnel (voix enregistrée) dans une première partie que pilote elle-même Sofia Avramidou de sa table de mixage : écriture éruptive, aspérités et pulsion suavage sur la contrebasse (immense Nicolas Crosse) avant l'émergence du chant et la fusion des sources : le texte est co-écrit par la compositrice et le poète Stavros Stavridis et le Folksong interprété avec ce grain suave et cette voix envoûtante de la compositrice qui puisent aux racines du chant populaire grec.
Le règne animal
C'est l'ambiguïté des sources, acoustique et électronique, que recherche Aperghis dans Trompe-œil pour trompette et électronique. L'œuvre est écrite pour la trompette à deux pavillons de Marco Blaauw (membre de MusikFabrik) qui en donne la création. La partie électronique, déclenchée via une pédale par l'interprète, apporte ses couleurs et son registre, entre humour et fantasmagorie, l'idée étant de transformer les sonorités de la trompette en appels d'animaux ! Étrange et bruyante, la performance virtuose engage le souffle et le corps du trompettiste qui parle dans son tuyau, avec ce langage filtré et empêché qu'aime donner à entendre le compositeur et dont le festival Présences s'apprête à révéler toutes les facettes.
Crédit photographique : Georges Aperghis © Christophe Abramowitz ; Sofia Avramidou © Franck Ferville
Lire notre entretien :










