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Macbeth Comedy Club à Bâle

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Bâle. Theater Basel. 7-II-2026. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Macbeth, opéra en 4 actes sur un livret de Francesco Maria Piave d’après Shakespeare. Mise en scène, décors et costumes: Herbert Fritsch. Lumière : Cornelius Hunziker. Avec : Iain MacNeil, baryton (Macbeth) ; Marius Aron, baryton-basse (Banquo/Médecin); Heather Engebretson, soprano (Lady Macbeth) ; Hope Nelson, mezzo-soprano (Camériste de Lady Macbeth) ; Rolf Romei, ténor (Macduff) ; Evin Ahmeti, ténor (Malcolm) ; Nathan Schludecker, baryton (Serviteur de Macbeth/ Assassin/Apparition) ; Serafin Müller, Knabenkantorei Basel (Fleanzio/Première apparition) ; Emile Schubert, Knabenkantorei Basel (Deuxième apparition). Choeur, renforts et Sinfonieorchester Basel (chef de chœur : Michael Clark), direction musicale : Dirk Kaftan.

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Verdi n'a composé que deux comédies ? Pas sûr, à en croire ce Macbeth ripoliné par .

« La vie… qu'importe ? C'est l'histoire d'un pauvre fou» : , dont l'on avait déjà remarqué, à Bâle notamment, le goût pour la comédie (Intermezzo, Le Nez, et même Salomé), prend au premier degré le constat désabusé fait par Macbeth au seuil de la mort, pas si éloigné finalement du « Le monde est une farce » de Falstaff en pleine santé.

Après le Prélude qui aura permis d'appréhender les couleurs boisées du Sinfonieorchester Basel, le rideau se lève sur l'univers polychrome d' : cette fois l'unique éclaboussure pourpre d'une sorte de castelet dont les cinq coulisses surlignées de tubes fluorescents (celles de jardin, légèrement de guingois, donnent le la de la tragédie décalée à venir) seront prodigues en apparitions et cache-cache de toutes sortes. Fritsch est de ces artistes dont les scénographies peuvent sans lasser investir une unité décorative. Le jeu d'orgues de Cornelius Hunziker, sollicité comme chez le regretté Bob Wilson, assume une part non négligeable de la fascination hypnotique dégagée par le spectacle. Le metteur en scène allemand, qui a déjà monté Macbeth au théâtre, signe aussi la garde-robe, ici d'un noir d'encre, avec des costumes sophistiqués pour tous, chœur compris. Des sorcières, nous ne voyons d'abord que les mains maléfiques avant que leur essaim de corps noirs coiffés comme des apicultrices ne vienne grouiller sur un plateau en miroir, rougeoyant lui aussi aux pieds de protagonistes s'agitant comme des marionnettes autour d'un Macbeth en clown noir, téléguidée par une Lady Macbeth en robe blanche, seule tache de lumière de la symphonie visuelle en rouge et noir imaginée par Fritsch.

On rit. A l'apparition du roi Duncan, souverain d'opérette que l'on doit sans cesse repositionner lorsque, saluant ses sujets comme la Reine d'Angleterre, sa trajectoire le fait vaciller au bord de la fosse d'orchestre… Son fils Malcolm, dont la couronne ne cesse de choir, ne vaut guère mieux, se dirigeant même au finale dans la direction opposée à celle que lui indique Macduff… Découragé par tant d'incompétence politique, le peuple, jusque là très patient, finit à terre après la chute laborieuse d'un Macbeth difficile à éliminer (les tyrans ont le cuir dur). On rit mais on n'oublie pas le message politique de cet opéra de jeunesse aux allures de premier chef-d'œuvre.


On rit aussi – qui l'eût cru ? – à chacune des apparitions de Lady Macbeth, maîtresse-femme que l'on sait, et ici très joueuse maîtresse de cérémonie. Comme dans Salomé, le spectacle doit beaucoup à la performance proprement ahurissante d'. Se mouvant comme un elfe ayant plus d'un tour dans son sac, la taille spécifique de la soprano américaine lui permet toutes les facéties : transformer son mari en colosse, se transformer en improbable Pietà quant il s'agit de le stimuler, se pendre à son cou à la façon d'un balancier d'horloge comtoise, effectuer, toujours dans ses bras, une rotation complète en plein Brindisi, ou même, balancée à bouts de bras comme une paire de draps que l'on plie par le Médecin et la Dame de compagnie, interpréter dans cette position des plus inconfortables, la quasi-totalité d'Una macchia, conclu par un contre-ré bémol non sur « un fil di voce » mais en pleine santé ! , qui sait que Verdi rêvait pour le rôle d'une cantatrice affranchie des canons du bel canto (une cantatrice « qui ne chantât pas », conseilla-t-il) a su se saisir de cette liberté laissée. Par-delà un Vieni! t'affretta! sans filtre, d'aucuns trouveront matière à discussion dans cette incarnation volontariste effectivement moins policée que celles d'illustres devancières, mais certainement pas devant une envergure vocale autorisant des aigus magnifiquement présents dans tous les ensembles. Même aux saluts, malicieusement chorégraphiés, cette Lady Macbeth ne perdra rien de son énergie.


On rit aussi devant le Macbeth mi-élisabéthain mi-samouraï, avec collerette et pourpoint, de . Physiquement grandi par sa partenaire, et gymnaste émérite, le personnage échappe à la caricature, la voix ample et stylée de ce baryton s'avérant marquante dans cette prise de rôle. Macduff solaire sur le fil de Ah, la paterna mano, , bien aguerri par le Freischütz in loco de Marthaler, assume à merveille le second degré fritschien. Remarquables également le Banquo imposant de (que l'on retrouve aussi en Médecin) et le Malcolm fantasque d'Ervin Ahmeti. De bout en bout hilarante, et d'une visibilité inédite, la Dame de compagnie de à l'instar de sa maîtresse, n'est pas loin, de vampiriser tous les regards. Malgré de micro-décalages, le chœur, bien croqué par Fritsch, a fort à faire, restant, avec l'orchestre efficacement dirigé par Dirk Kaftan (la version de 1865 avec le finale de 1847 mais sans le ballet rajouté pour Paris), un des atouts de ce Macbeth audacieusement démarqué de ses aînés.

A la fin de Una macchia, le Médecin et la Dame de compagnie, après avoir fait mine de jeter dans la fosse (d'orchestre) le cadavre de la Lady se ravisent… Après ce gag des plus savoureux, les spécialistes qui avaient prévenu les néophytes : « Macbeth est à l'origine une tragédie de Shakespeare qui commence mal, qui continue mal, et qui finit mal » se disent alors qu'ils auraient dû ajouter : « Mais vous allez rire. »

Crédit photographique: © Ingo Höhn

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Bâle. Theater Basel. 7-II-2026. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Macbeth, opéra en 4 actes sur un livret de Francesco Maria Piave d’après Shakespeare. Mise en scène, décors et costumes: Herbert Fritsch. Lumière : Cornelius Hunziker. Avec : Iain MacNeil, baryton (Macbeth) ; Marius Aron, baryton-basse (Banquo/Médecin); Heather Engebretson, soprano (Lady Macbeth) ; Hope Nelson, mezzo-soprano (Camériste de Lady Macbeth) ; Rolf Romei, ténor (Macduff) ; Evin Ahmeti, ténor (Malcolm) ; Nathan Schludecker, baryton (Serviteur de Macbeth/ Assassin/Apparition) ; Serafin Müller, Knabenkantorei Basel (Fleanzio/Première apparition) ; Emile Schubert, Knabenkantorei Basel (Deuxième apparition). Choeur, renforts et Sinfonieorchester Basel (chef de chœur : Michael Clark), direction musicale : Dirk Kaftan.

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