Neeme Järvi reprend l’OSR pour le Deutsches Requiem
Une semaine après la conclusion à Paris de la tournée de Jonathan Nott, l'Orchestre de la Suisse Romande retrouve au Victoria Hall de Genève son ancien directeur musical Neeme Järvi, pour un Requiem allemand de Brahms.
Grand œuvre de Johannes Brahms pour chœur et orchestre, Ein Deutsches Requiem, op.45 permet de revoir devant l'OSR son directeur musical de 2012 à 2015. À 88 ans à présent et même bientôt 89, le chef estonien n'a rien perdu de ses qualités de direction, ni de son habituelle décontraction et de sa façon de faire des choix surprenants, comme de proposer un bis après cette unique œuvre religieuse au programme du concert.
Joué deux soirs dans la grande salle du Victoria Hall de Genève, avec une cinquantaine de choristes du Zürcher Sing-Akademiechœur dans les gradins juste derrière l'orchestre et le grand orgue mis à contribution, le Requiem allemand débute d'un tempo rapide, tout de suite adouci à l'entrée du chœur pour introduire « Selig sind, die da Leid tragen ». Plus connu pour ses enregistrements d'ouvrages russes et d'Europe du Nord, Neeme Järvi n'en reste pas moins un grand connaisseur de Brahms. Pour démonstration, nous pourrons rappeler que pour remplacer au pied levé Dohnanyi devant les Berliner Philharmoniker en 2012, il avait totalement modifié le programme et intégré à la dernière minute un grand nombre d'ouvertures du compositeur allemand.
Exactement de la même manière que la première partie, l'introduction symphonique de Denn alles Fleisch file elle aussi à un tempo rarement entendu, là encore ralenti dès l'entrée en jeu du chœur, solaire autant que serein pour emporter les quelques passages forte. L'OSR profite de connaître parfaitement l'acoustique des lieux pour délivrer des sonorités très maîtrisées, desquelles se démarquent déjà les flûtes, le contrebasson, et bientôt le cor solo. Herr, lehre doch mich est l'occasion de faire apparaître le baryton-basse Tassis Christoyannis. Et si l'on pouvait se demander comment ce chanteur parfois enclin à trop appuyer les contrastes pourrait aborder sa partie, on retrouve ici surtout ses grandes qualités de conteur. Dans un style qui n'est pas sans rappeler Thomas Hampson par la façon de prononcer très précisément le texte, comme dans un oratorio, le chanteur éclaire particulièrement la deuxième moitié de cette partie, encore parfois accélérée par Neeme Järvi.
Plus rapide que sous les autres battues, le choral suivant met presque en difficulté certains instrumentistes dans la mise en place, comme si le chef voulait passer vite à l'unique apparition de la soprano. Et si l'on utilise « apparition », c'est parce que, pour la première fois, alors que nous avons dû assister à une quarantaine de représentations de l'œuvre, la chanteuse n'était pas présente dès le début. Julie Fuchs n'arrive qu'au moment de chanter, heureusement cela ne déclenche aucun applaudissement ce qui permet de maintenir le caractère spirituel de la représentation. Mais si l'OSR reprend avec légèreté ce passage, lumineux grâce à la petite harmonie, la chanteuse aurait sans doute proposé un chant plus concerné et plus religieux si elle s'était davantage imprégnée de l'atmosphère du concert. Ici plutôt démonstrative, la voix de Julie Fuchs met en lumière de beaux aigus en même temps qu'une ligne parfois en manque de fluidité et de pureté.
La fin de l'œuvre permet de libérer les forces de l'ensemble symphonique et choral dans les fortissimos de la 6ème partie, qui remet également en avant un Tassis Christoyanis toujours aussi impliqué. En conclusion, Selig sind die Toten (Heureux sont les morts) achève l'interprétation avec la même spontanéité, en plus de nous faire réentendre la harpe, très cristalline.
Aux saluts, Neeme Järvi revient sous les applaudissements en estimant que ça n'a pas crié assez « bravo », alors il tend l'oreille pour mieux dynamiser et faire rire une partie du public. Puis se permettant toujours ce qu'il veut, il se remet sur le podium afin d'offrir un bis après le grand ouvrage. En l'occurrence, celui-ci se montre très cohérent par son style viennois comme son thème principal, déjà proche de la messe des morts de Brahms, puisqu'il s'agît de l'Ave verum corpus en ré majeur K. 618 de Mozart, qui offre un dernier moment de grâce au chœur de la Zürcher Sing-Akademie. Espérons que de nombreuses formations penseront à inviter le maestro estonien pour fêter ses 90 ans en 2027.















