Les clefs pour une analyse historicisée de la musique baroque française
C’est un recueil précieux et très minutieux que nous offrent les quatre autrices de l’ouvrage scientifique La musique baroque en France, clefs pour une analyse historicisée.
Ce n’est pas moins de dix ans d’écriture qu’ont consacré les musicologues Raphaëlle Legrand, Françoise Depersin, Marie Demeilliez et Théodora Psychoyou à cette étude pointue. Très loin d’approcher le sujet selon une vision globale, ce travail peut au contraire s’apparenter à un manuel théorique pour les experts de la musique baroque en France, que ce soient ses interprètes ou les chercheurs spécialisés de cette époque. Le sous-titre « clefs pour une analyse historicisée » aurait ainsi pu en être le titre principal. Même si la structure du texte en cinq chapitres est d’une clarté évidente, le langage et la pensée très complexes ne participent pas à une lecture aisée, l’introduction pouvant s’avérer presque une barrière infranchissable malgré les attraits des chapitres qui suivent.
Sur un périmètre d’étude large de 150 ans, du Compendium musicae de Descartes (1618) au Dictionnaire de musique de Rousseau (1768), l’idée principale est de penser la musique du passé selon une approche émique, c’est-à-dire en s’interrogeant sur la façon dont la musique a été pensée au moment de sa conception. L’exercice n’est pas si simple avec une terminologie commune à notre époque qui tend à une approche étique (penser la musique du passé avec les outils du présent), mais le lexique conjoint révèle finalement des définitions et des usages différents, voire discordants. Les autrices se sont donc attachées à l’interroger par les textes écrits de l’époque pour en dégager des outils analytiques utiles pour observer les partitions de la même époque et de la même aire géographique, la France. C’est ce qu’elles appellent « les liens tissés entre les mots et les choses ».
La démonstration est réalisée méthodiquement et minutieusement, d’abord par des clefs de lecture des partitions (Chapitre 1 : « Noter, lire, solfier ») pour se tourner vers les traités de composition afin de cerner la pensée de l’intervalle et de l’accord (Chapitre 2 : « Écrire »), passant ainsi du descriptif au prescriptif. Le troisième chapitre (« Mode, ton, modulation ») permet d’apprécier l’œuvre musicale à plus large échelle, le quatrième chapitre s’inscrivant de la même manière pour appréhender son organisation formelle (« Le dessein ») à travers la métaphore oratoire, soit la musique comme discours. Les questions esthétiques clôturent ce travail avec le cinquième chapitre (« Le gout »).
Ce décryptage est mené par des exemples concrets, rendant la démonstration plus parlante. Certains lecteurs découvriront l’arrivée de la note si, du tempo ou l’invention du chronomètre, ainsi que l’usage des barres de mesures lié à l’image globale à détenir de la polyphonie, tandis que d’autres y acquerront de nouvelles notions comme la lecture par hexacordes, les spécificités françaises du bémol et du bécarre, ou encore le contrepoint simple et figuré.
Riche, complexe, mais hautement précieux pour notre compréhension de la musique baroque française.

















