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Madama Butterfly s’éteint dans un bel écrin à Châteauvallon

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Toulon. Châteauvallon. 28-VI-2026. Giacomo Puccini (1858-1924) : Madama Butterfly, opéra en deux actes sur un livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica, d’après la pièce éponyme de David Belasco. Mise en scène : Florent Siaud. Scénographie et costumes : Philippe Miesch. Lumières : Nicoals Descoteaux. Vidéo : Eric Magniengui. Avec : Sunyoung Seo, soprano (Cio-Cio-San) ; Edgaras Monvtidas, ténor (B.F. Pinkerton) ; Irina Sherazadishvili, mezzo-soprano (Suzuki) ; Csaba Kotlar, baryton (Sharpless) ; Yoann Le Lan, ténor (Goro) ; Jiwon Song, ténor (Yamadori) ; Matthieu Toulouse, basse (L’Oncle Bonze) ; Kaarin Cecilia Phelps, mezzo-soprano (Kate Pinkerton) ; Jean-François Baron, baryton (le Commissaire impérial) ; Juan Antonio Nogueira, baryton-basse (Yakusidé) ; Patrick Sabatier, basse (l’Officier de l’état civil) ; Rosemonde Bruno La Rotonda, mezzo-soprano (la Mère de Cio-Cio San) ; Gabrielle Charles, soprano (la Tante) ; Céline Le Bot, soprano (la Cousine). Chœur (chef de chœur : Christophe Bernollin) et Orchestre de l’Opéra de Toulon, direction : Victorien Vanoosten

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Bien qu’avant tout une affaire de scénographie et d’interprétation musicale, la Madama Butterfly commandée à pour le plein-air de Châteauvallon clôt en beauté la saison de l’Opéra de Toulon.

Châteauvallon inspire les metteurs en scène. Après Silvia Paoli pour Cav/Pag, et Emmanuelle Bastet pour Norma, a su trouver pour Madama Butterfly, l’écrin propice au calvaire de la « geisha » de Puccini. Après avoir sué sang et eau (canicule oblige) comme Sharpless lorsqu’il gravit la colline qui donne accès à la demeure de Cio-Cio-san, le spectateur découvre le plateau du célèbre amphithéâtre planté d’une forêt de pointes de bois blanc à travers les fûts de laquelle dialogueront le jour et la nuit. Certaines ont poussé sur des chariots manipulés à vue et en silence afin d’élargir ou de rétrécir un espace de jeu meublé d’une unique table basse, sous le regard prometteur d’un disque lunaire dont la circularité offre un beau contrepoint avec la verticalité de ce dispositif élaboré (selon la note d’intention) à partir de la métaphore du papillon épinglé évoquée à l’Acte I. Une très esthétique ordonnance, perturbée dès l’Acte II par d’énigmatiques carcasses de bateaux renversées, où , bien secondé par la grande élégance des costumes de Philippe Miesch et la séduction (quoiqu’un brin sous-employées) des lumières de Nicolas Descoteaux, n’a plus qu’à dérouler le scénario des Madame Butterfly d’antan (c’est à dire d’avant la géniale relecture de Jorge Lavelli en 1978) dans une vision bellement traditionnelle (entendre : manquant de quelques images fortes), qui fera le bonheur sans mélange des mélomanes fatigués par les metteurs en scène trop inventifs.

La direction en cinémascope de compte pour beaucoup dans la réussite de cette nouvelle Butterfly. Après un fugato initial ayant un peu de mal à tailler dans le vif du sujet, on adoube le geste ample, généreux et passionné du jeune chef, qui, toujours suspendu aux lèvres de ses interprètes, et réactif quand les cordes n’écoutent pas assez l’héroïne dont ils sont censés accompagner le chemin de croix, sait donner aussi le premier rôle aux timbales et à la grosse caisse : dès le début on sait qu’il autorisera tout son impact au long crescendo des premières après « Va, Va, te lo commando » et au coup de massue final de la seconde, pas loin d’en remontrer aux meilleures prises de son de la discographie. Le chœur toulonnais enthousiasme, même lorsqu’il s’agit de faire surgir de la nuit dans le dos des spectateurs, du haut de l’amphithéâtre, lorsque cigales et grenouilles se sont enfin tues, un chœur à bouches fermées d’une prodigieuse beauté.

Dès sa prise de rôle en Butterfly, avait bouleversé. Son visage expressif, son timbre puissant sans excès, et surtout sa constante attention au mot caractérisent une incarnation majeure. Prudente sur son entrée sans contre-ré bémol, elle gravit ensuite des sommets avec chacun de ses partenaires. Sur le grand duo du I avec son bourreau (Edgaras Montvidas tellement parfait dans ce virilisme infatué d’un autre temps qu’o tempora, o mores, il vient saluer en se cachant avec humour derrière un pan de sa veste), comme avec Sharpless (le très altier Csaba Kotlár, aussi bouleversé que le spectateur par l’électrisant « Ah ! Morta ! » quasi parlé). La voix chaude et sombre d’ confère à Suzuki une présence qui indique dès les premières notes l’attentive partenaire qu’elle sera jusqu’au bout. L’élégance vocale de Yoann Le Lan donne du galon au cauteleux Goro, régulièrement distribué à un ténor dit « de caractère ». Le Bonze de Mathieu Toulouse manque d’un soupçon de projection, reproche qui ne pourra être adressé au Commissaire (vraiment impérial) de . À l’instar de la Kate de Kaarin Cecila Phelps et du Yamadori de , le reste de la distribution ne donne que des satisfactions.

L’Intermezzo reste le plus fort de la réalisation. La longue attente du bien-aimé montre une Butterfly environnée de lucioles et d’oiseaux, dans une demeure qui prend l’eau : un onirisme bienvenu même si en-deçà du plein effet qu’il aurait pu produire si flux et reflux vidéographié avait déferlé sur l’entièreté du bel espace en gradins dessiné par Philippe Miesch. Avec cette scène, où Florent Siaud a osé donner libre cours à sa personnalité, le spectacle, souvent convenu (à l’instar de l’enfant, trop âgé, trop présent, trop planté là), finit par faire l’unanimité au moment du seppuku, griffé par le triumvirat de choc (rouge, noir, blanc) du jeu d’orgues. À la pleine hauteur de cet opéra au pouvoir lacrymal inentamable.

Crédit photographique : © Aurélien Kirschner

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Toulon. Châteauvallon. 28-VI-2026. Giacomo Puccini (1858-1924) : Madama Butterfly, opéra en deux actes sur un livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica, d’après la pièce éponyme de David Belasco. Mise en scène : Florent Siaud. Scénographie et costumes : Philippe Miesch. Lumières : Nicoals Descoteaux. Vidéo : Eric Magniengui. Avec : Sunyoung Seo, soprano (Cio-Cio-San) ; Edgaras Monvtidas, ténor (B.F. Pinkerton) ; Irina Sherazadishvili, mezzo-soprano (Suzuki) ; Csaba Kotlar, baryton (Sharpless) ; Yoann Le Lan, ténor (Goro) ; Jiwon Song, ténor (Yamadori) ; Matthieu Toulouse, basse (L’Oncle Bonze) ; Kaarin Cecilia Phelps, mezzo-soprano (Kate Pinkerton) ; Jean-François Baron, baryton (le Commissaire impérial) ; Juan Antonio Nogueira, baryton-basse (Yakusidé) ; Patrick Sabatier, basse (l’Officier de l’état civil) ; Rosemonde Bruno La Rotonda, mezzo-soprano (la Mère de Cio-Cio San) ; Gabrielle Charles, soprano (la Tante) ; Céline Le Bot, soprano (la Cousine). Chœur (chef de chœur : Christophe Bernollin) et Orchestre de l’Opéra de Toulon, direction : Victorien Vanoosten

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