La demande d’asile du geste à la parole par Nicolas Barry
Le metteur en scène et chorégraphe Nicolas Barry poursuit son travail sur le rêve de la vie humaine avec la pièce La demande d’asile. Un spectacle de théâtre dansé pour deux interprètes, sur la difficulté de la démarche d’intégration à la société française pour un(e) migrant(e).

En fond de l’espace un grand rideau sur lequel est brodé une sorte de planisphère coloré sans frontière. Dessus coule une rivière arc-en-ciel et s’affiche le mot déportation. Il s’ouvre en son centre et les deux interprètes sont déjà en mouvement. Sophie Billon semble mimer une prise de notes sur un clavier imaginaire. Nangaline Gomis agite ses bras comme pour se défendre de la situation. Ce moment est celui d’un interrogatoire organisé par l’OFPRA Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides pour toute demande d’asile sur le territoire français.
Le dialogue peut alors commencer. Un débit de paroles très mécanique et répété. Un flot de questions sur le parcours de la demandeuse d’asile : santé, enfants, itinéraire et cette question incessante « pourquoi se réfugier ici ? ». « Parce que » répond Nangaline Gomis. Les gestes de chacune sont rapides, répétés. Ils nous font intelligemment ressentir la mécanique en place pour ces interrogatoires administratifs auxquels doivent faire face les demandeurs d’asile.
Rien n’est laissé au hasard. Et le dialogue l’exprime très clairement. La demandeuse d’asile a préparé ses réponses, son récit. Les questions sont toujours les mêmes quelque soit la demande. Les gestes aussi semblent avoir été pensés et mis en place. Mais au fil de ces rapports de force, l’équilibre de l’interrogée semble vaciller. Il ne faut pas qu’elle tombe. Nicolas Barry a choisi de faire stopper par moment l’action. Dans des grimaces grotesques de rire ou cri sans son, bouches grandes ouvertes les interprètes font glisser l’action. Et les spectateurs groupés sur des gradins bas sur trois côtés de l’espace ne peuvent que mieux entendre la violence administrative de ces situations.
Ces moments de comédie à la musicalité bien réglée donnent un véritable sens à ce choix d’expression de théâtre dansé. Le geste n’est en rien un pléonasme du mot. Passé ce temps de rapport de force verbal et gestuel, les deux remarquables danseuses vont pouvoir installer un moment de rencontre. Les mouvements vont cesser pour mieux faire entendre la variation du texte et la difficulté de compréhension entre ces deux personnages exprimée par Nangaline Gomis (la demandeuse d’asile) à l’adresse de Sophie Billon (l’agente de l’OFPRA) : « on ne parle pas des gens qu’on aime avec des gens comme toi ». Et pourtant le spectateur découvrira une subtile coda à la pièce.
L’économie des mots et la puissance des gestes font de ce spectacle un véritable manifeste pour l’ouverture d’esprit et des frontières bien plus que certains grands manifestes.
Crédits photographiques : © Guillaume Belvèze
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