Nivine Kallas et Khouloud Yassine, du Liban à la Bastille
Focus sur la danse venue du Liban au Théâtre de la Bastille dans le cadre de la Saison Méditerranée. Nivine Kallas et Khouloud Yassine sont deux voix féminines et singulières, à la fois puissantes et conceptuelles.
Dans son nouveau solo, baptisé SaHO, et proposé en première partie de soirée au Théâtre de la Bastille, la chorégraphe libanaise Nivine Kallas se laisse traverser par le son du tambour et des percussions orientales qui s’élève du haut-parleur. Quand elle se lève, ses mains frémissantes, aux doigts légèrement écartés, bougent à 100 à l’heure. Sans paroles, elle devient elle-même un instrument à travers son corps expressif et engagé. À intervalles réguliers, elle dessine à l’aide d’un ruban adhésif rouge des formes géométriques sur le cyclo du fond de scène : un trait vertical, qui devient une croix, puis une fenêtre, un peu plus tard, une maison dans laquelle elle s’inclut. Une manière de dire l’empêchement de parler la langue arabe qu’elle vécut dans son enfance.
Dans la salle du bas, c’est l’impressionnante présence en scène de Khouloud Yassine, corps massif et ancré qui d’abord rampe avec méthode puis se tient debout, ferme et solide dans Drill Baby Drill. Pour ce solo qui revêt lui aussi une dimension conceptuelle avec ses découpes cinématographiques et son abstraction acérée, Khouloud Yassine se transforme en déesse aux bracelets de grelots ou en danseuse aux réminiscences orientales. Entre ces séquences dansées, elle se pose avec force dans son pantalon doré et son haut moulant noir, dans une projection démultipliée d’elle-même. Suprême provocation, le titre Drill Baby Drill s’explique alors que se déverse, démesurément déformée, la voix trainante de Donald Trump incitant à l’exploitation pétrolière.









